‹ MélangesChapitre 147 sur 269 · XXVII. CHAVANNES. — PESTALOZZI · texte numérisé non relu

XXVII. CHAVANNES. — PESTALOZZI

la fois, nous a paru ingénieux et tout à fait conforme à Tesprit de la méthode qui préside aux autres parties de l'enseignement; car c'est encore, à ce qu'il nous semble, une vue très importante du système d'instruction de Pestalozzi, que d'avoir senti combien il est avantageux d'occuper tous les enfants d'une même classe dans le même instant; et surtout d'avoir trouvé le moyen de s'assurer qu'ils s'occupent réellement de l'objet qu'on leur propose ; ce seul point bien constaté donne à l'institution dans laquelle il se rencontre une supériorité immense sur toute autre qui a négligé un pareil avantage. En effet, si, dans toutes nos écoles publiques, on obtient si peu de résultats satisfaisants, c'est en grande partie parce que, sur un nombre quelconque d'enfants que Ton instruit ensemble, il n'y a presque jamais que celui auquel l'instituteur s'adresse qui donne quelque attention à ses leçons, tandis que tous les autres sont livrés à la dissipation ou à Tindolence, si naturelle à leur âge ; et ce n'est ni la faute des l'élèves, ni même, à proprement parler, celle des instituteurs , mais celle des mauvaises méthodes. Rendez l'attention possible en la rendant facile et agréable, trouvez le moyen d'exciter insensiblement les facultés intellectuelles de l'enfant, en n'exigeant qu'un exercice modéré de ses facultés physiques, bannissez, autant qu'il est possible, la contrainte et le dégoût, et vous serez étonné des succès que vous obtiendrez par cette voie.

Dans quelque genre que ce soit, la véritable habileté ne consiste pas à atteindre quelquefois le but, mais à ne le manquer que rarement ; or, si l'on juge sur ce principe la plupart de nos écoles publiques, ou, sur cent élèves appliqués aux mêmes objets d'études, il y en a peut-être plus de quati'e-vingts qui n'en sortent que très médiocrement instruits des sciences qu'ils devraient y apprendre , on se convaincra qu'apparemment nos méthodes d'enseignement sont fort imparfaites; et si, comme on ne saurait en douter d'après une foule de témoignages authentiques ot respectables, Pestalozzi obtient chaque jour des résultats tout contraires, il faut en conclure que nécessaire-

ment sa méthode a une supériorité réelle et incontestable sur les méthodes ordinaires.

Cet homme respectable, en créant sa méthode, qui consiste proprement dans le Manuel des mères et dans ce qu'il appelle l'instruction intuitive du rapport des nombres et des formes, n'avait d'abord eu pour but que de donner, dans Téducation domestique de l'enfance, une base à Tinstruction publique ; il ne s'était proposé que de préparer en quelque sorte les enfants à profiter avec plus do succès de l'enseignement qu'ils recevraient dans les écoles où ils étaient destinés à entrer plus tard. La nécessité où il se trouva de rassembler une certaine quantité d'élèves pour pratiquer par lui-même le mode d'instruction qu'il avait imaginé, et pour tenter les nombreuses expériences qui étaient nécessaires au développement de son système, a fait voir que ce système pouvait s'appliquer avec encore plus de succès à des instituts ou pensionnats publics, et agrandit ainsi la sphère du bien qu'il est destiné à produire. En faisant donc connaître l'institut de Pestalozzi tel qu'il existe aujourd'hui, nous achèverons de donner à nos lecteurs une idée plus complète de sa méthode et des avantages qui en résultent sous quelques rapports dont nous n'avons pas encore eu occasion de parler.

On a vu précédemment que rélablisscment formé d'abord à Berlhoud par Pestalozzi est maintenant divisé en deux instituts, dont l'un est fixé à Buchsée et l'autre à Vverdun ; mais tous deux sont dirifi:os par les mêmosprincipos et suivant les mêmes vues, à quelques nuances près qui résultent de la différence des localités. A la tête de l'un et de l'autre sont des hommes qu'un amour ardent de riiumaiiité et le zèle le plus pur pour le progrî's des lumières a dès longtemps attachés au fondateur de ces utiles établissements, qui, ayant d'abord été occupés du projet de perfectionner ou de créer même les moyens propres à répandre linstruclion dans les classes pauvres, saisirent avidement l'occasion que Pestalozzi leur offrait de réaliser leurs vuesphilanthropiques et se dévouèrent avec lui aux travaux de

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