‹ MélangesChapitre 15 sur 269 · II. CORAY. — ISOCRATE · texte numérisé non relu

II. CORAY. — ISOCRATE

lorsqu'aprës la mort du plus sage des Athéniens, il ne craignit pas de porter publiquement le deuil de Socrate, reprochant ainsi aux juges et aux infâmes calomniateurs d'un grand homme leur lâcheté et leur conduite ignominieuse.

S'il faut convenir, au reste, qulsocrate ne parvint point à cette sublime hauteur de talent que Platon semblait avoir présagée, du moins ne saurait-on nier qu'il perfectionna singulièrement et le style et les idées; que dans tous ses écrits les sentiments les plus nobles et les plus généreux sont revêtus d'expressions également justes et heureuses, et qu'il a peutêtre plus qu'aucun autre écrivain Tart d'employer toujours le terme propre, et la phrase la plus correcte et la plus claire; ses défauts, que je n'ai point prétendu dissimuler, sont donc évidemment ceux de l'époque où il a vécu et des circonstances personnelles qui ont influé sur son talent; mais ses qualités, et il en a beaucoup de très-précieuses, lui appartiennent exclusivement : aussi a-t-il, au jugement des critiques les plus éclairés, cette gloire singulière que les plus illustres orateurs qui sont venus après lui, sans en excepter Démosthène lui-même, ont été ses disciples ou ses élèves; et Gicéron, qui semble avoir modelé, en quelque sorte, ses phrases et ses périodes sur celles dlsocrate, lui rend le témoignage honorable que c'est de son école que sortit la foule des princes de l'éloquence grecque, comme autrefois l'élite des héros de l'armée des Grecs était sortie du cheval de Troie.

Telle est donc l'idée exacte et fondée sur les documents les plus authentiques que M. Goray nous donne, dans son discours préliminaire, du genre de mérite de l'auteur dont il nous oflre une édition complète et traitée avec un extrême soin. L'écrivain qui fut universellement reconnu pour réunir à l'intérêt des pensées morales et philosophiques le double mérite d'une rare justesse et d'une singulière correction dans l'expression, lui a paru le plus propre à être mis dans les mains de la jeunesse qui se livre à l'étude du grec, et c'est pour cette raison qu'il y a joint un commentaire que nous ne craindrons pas de mettre fort au**

dessus de tout ce qui a été fait en ce genre depuis fort longtemps, en France, si nous en exceptons le travail du même savant sur Héliodore et sur Théophraste. Toutes les difficultés du texte y sont signalées et éclaircies, sans tout ce vain luxe d'érudition qui, prodigué hors de propos, est plus propre à fatiguer l'esprit qu'à Téclairer. Mais M. Coray, qui assurément est aussi riche, et beaucoup plus riche en ce genre, qu'un grand nombre de commentateurs, s'est sagement borné à ne faire de remarques que celles qui pouvaient servir directement à la parfaite intelligence de son auteur; et la partie de son commentaire qui a pour objet la critique du texte est encore traitée de manière que la plupart du temps il y a une instruction réelle et importante à puiser dans les discussions auxquelles cette critique donne lieu, et dans Texposition des motifs qui le déterminent à adopter ou à rejeter telle ou telle leçon. Au reste, indépendamment des éditions antérieures à la sienne, et dont les plus remarquables sont celle de Wolf, imprimée en 4570; celle de l'abbé Auger en 1782; et celle de M. Lange, professeur de philosophie dans l'université de Halle, en Saxe, qu'il a suivi plus particulièrement, M. Coray s'est servi, pour constituer son texte, d'un précieux manuscrit du onzième siècle, fruit des victoires des Français en Italie.

Ce savant a donc rendu un service réel aux lettres et à ceux qui les cultivent par le soin qu'il a donné à ces restes précieux de réloquence antique, et on ne doit pas moins de reconnaissance et d'estime à ceux des généreux compatriotes de l'éditeur qui, dans la vue de ranimer dans leur pays le goût des sciences et l'amour du beau et du bon dans tous les genres, consacrent à l'impression des meilleurs ouvrages grecs une partie de l'honorable opulence qu'ils doivent à leurs travaux et à leur industrie. MM. les frères Zosima, riches négociants grecs, ont invité M. Coray à entreprendre la publication d'une collection des écrivains grecs les plus reoommandables. Le premier volume de celte intéressante collection a paru il y a deux ans; il contieot les Histoires diverses d'EIien, avec les fragments d'Héraclide de Pont et de Nicolas de Damas, et de plu» un discours préli-

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