‹ MélangesChapitre 16 sur 269 · IL CORAY. — ISOCRATE · texte numérisé non relu

IL CORAY. — ISOCRATE

minaire de Féditeur plein de recherches curieuses sur la grammaire grecque et de sages réflexions sur les réformes et les améliorations dont renseignement de cette langue est susceptible; Tédition d'Isocrate, dont nous venons de rendre compte, compose les volumes II et III de cette collection et sera incessamment suivie des Vies des hommes illustres de Plutarque, dont le texte* sera épuré et corrigé avec le même soin par M. Coray.

Quoi qu'en puisseat dire les détracteurs de la nation grecque et les ennemis de toute idée grande et libérale, une pareille entreprise ne saurait que faire le plus grand honneur à ceux qui s'y sont voués, quand même elle ne serait pas couronnée par tout le succès que la réunion des circonstances les plus extraordinaires et les plus favorables semble lui promettre.

En efl*et, jugeons ce peuple, non sur les relations frivoles et mensongères du voyageur allemand Bartholdy (1), ou sur les sarcasmes injustes de Térudit Yilloison (2), mais sur les faits qui sont à notre connaissance : tout semble lui présager une régénération qu'il appelle de tous ses vœux, à laquelle il conspire de tous ses efi*orts; et cette heureuse révolution sera dautant plus sûre et d'autant plus durable qu'on paraît désirer la devoir uniquement au progrès des lumières et de la raison.

Le clergé grec est déjà même assez éclairé sur ses vrais intérêts pour sentir que sa dignité et sa fortune seront plus so* lidement fondées sur la supériorité des connaissances et sur le bien qu^il pourra opérer, en les propageant et les protégeant,

(1) Voyage fait en Grèce dans les années 1803 et 1804 ; il eu a paru une Irn^ duction française il y a environ six mois.

(2) On s^est plu à citer dans quelques journaux des fragments du Voyage de M. Villoison, trouvés, dit-on, ^ans ses manuscrits^ et on a affecté de donner une grande importance au jugement défavorable qu*il parait avoir porté de la nation grecque. Mais on sait très-bien qu'il est possible qu'un homme d'une érudition prodigieuse et d'une vaste mémoire soit absolument incapable de juger et d'apprécier l'esprit et le caractère d'un peuple; et, en vérité, tous ceux (Hii ont connu M. Yilloison sont fort surpris d'entendre citer son opinion en ce g^Mirc comme une autorité d*un grand poids*

qu'elles ne l'étaient autrefois sur Taveugle et stupide ignorance du peuple. Le patriarche de Constantinople, par une circulaire datée du 30 septembre de Tannée dernière, a manifesté tout rintérêtdont il est animé pour les établissements d'instruction qui existent dans la Grèce, et a invité à les multiplier autant qu'il serait possible. Le professeur du gymnase de Constantinople a été dernièrement promu à la dignité d^archevèque de Philadelphie. Beaucoup d'ecclésiastiques distingués par leurs lumières professent les sciences et les lettres dans les différents gymnases; par exemple, dans celui de Cydonie, petite viUedu continent vis-à-vis de Lesbos, à Chio, etc. Ces établissements se sont fort multipliés depuis un certain temps; la seule ville de Jannina, en Épire, en a deux : je ne parle pas des collèges où Ton enseigne la litérature grecque, et qui sont répandus en plus grand nombre encore sur le continent et dans les lies. Il se fait, des principales villes de l'Europe, pour toutes ces écoles, de fréquents envois de livres, d'instruments de mathématiques et de physique; les professeurs, dont plusieurs sont prêtres, comme je Tai dit, entretiennent pour cet objet des correspondances suivies à Vienne, à Venise et à Paris. Beaucoup de jeunes gens, la plupail destinés à Tétat ecclésiastique, ou déjà membres du clergé, sont répandus en Italie, en Allemagne et en France, où ils se livrent à l'étude des sciences (1); ils traduisent les meilleurs ouvrages européens qui sont imprimés et envoyés en Grèce aux frais des négociants de ce pays, dont les plus riches semblent rivaliser de zèle avec les membres éclairés du clergé pour favoriser la propagation des connaissances utiles et le progrès de la civilisation dans leur patrie. On peut citer en ce genre la munificence de MM. Zosima, qui font distribuer gratuitement douze exemplaires de la bibliothèque grecque, qui s'imprime à leurs frais, à tous les collèges et gymnases de leur pays, et qui ont donné des ordres pour que

(l) Il y a, en c<* moment, à Paris un prêtre grec et un jeune diacre de la même nation, qui y sont venus Tun et l'autre pour cet objet intéressant, et tous les deux avec la permission du patriarche de Constantinople.

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