XXVII. — LETTRE SUR PESTALOZZÏ
les enfants, sî chacun apportait à cet examen une raison exercée et quelque bonne foi. » Il paraît en effet assez évident qu'il n'y aurait pas moyen de concevoir une méthode, ni rien qui y ressemble, si Ton ne commençait par supposer que tous les esprits sont susceptibles d'être frappés des mêmes objets et des mêmes raisonnements, quoique véritablement ils ne le soient pas tous au même degré. Quant au système de l'égalité absolue des esprits, présenté et défendu par Helvétius d'une manière très ingénieuse, ce n'est guère qu'une chimère qui ne nous semble pas devoir être fort dangereuse.
Notre correspondant parait aussi un peu choqué du ton dédaigneux avec lequel nos plus fameux- critiques parlent depuis quelque temps de toutes les tentatives qui ont été faites en France dans la dernière moitié du siècle précédent, et de celles qu'on fait encore en Allemagne, en Angleterre, etc., pour améliorer les méthodes d'éducation et d'instruction ; il ne paraît nullement disposé à s'en laisser imposer par la hauteur presque insultante avec laquelle ils semblent lui prescrire une admiration exclusive pour nos anciennes pratiques, et lui interdire jusqu'à l'espoir que le temps et l'expérience puissent rien perfectionner. Il a même l'air de croire que c'est faute de connaître assez exactement ce qui s'est fait et s'exécute encore chaque jour en ce genre, qu'ils prennent un langage aussi affirmatif, et sa lettre contient à cet égard plusieurs renseignements qui ne paraîtront peut-être pas tout à fait dépourvus d'intérêt, ou qui du moins peuvent piquer la curiosité de quelques-uns de nos lecteurs.
« On conteste, » dit-il, « à la pédagogique (1) moderne ses
(1) C'est le nom que les Allemands ont donné à Part d'instruire et d'élever la jeunesse, pris dans le sens le plus étendu. Us désignent aussi par le nom de catéchétiqiie l'art de composer les livres, ou catéchismes, destinés à l'enfance : ils ont appelé linguistique cette partie des étude^ qui a pour objet la connaissance ou l'acquisition de plusieurs langues. C'est aux écrivains de cette nation à voir jusqu'à quel point il leur convient de créer ou d'adopter tous ces mots nouveaux : quant à nous, nous ne conseillerons nullement aux écrivains français de s'en servir : la nécessité n'en est point évidente ; le bon goût et le génie propre de notre langue semblent les réprouver entièrement. (N. D. R.)
progrès ! mais on ignore, sans doute, qu'à Londres, dans un établissement dont le duc de Bedford et le marquis de Sommerville ont fait les premiers frais, John Lancaster, seul, et sans avoir besoin d'être secondé par aucun autre maître, distribue l'instruction à mille enfants du peuple, contenus dans une salle unique, lesquels, au bout d'une année de leçons, savent parfaitement lire, écrire, compter et récitent avec intelligence un catéchisme moral et religieux, rédigé avec soin. On ignore qu'en moins de trois mois, Olivier donne à des enfants de quatre ans une instruction plus perfectionnée encore, etc.. On ignore surtout que les véritables pédagogues font un cas médiocre de ces succès trop hâtifs, et qu'ils ont appris à préparer de loin et à laisser mûrir des fruits dont la qualité supérieure dédommage assez de ce qu'ils sont moins précoces. On ignore les étonnants résultats que présente, depuis vingt ans, l'établissement de Schnapfenthal, particulièrement dans ce qui tient à l'éducation physique, aux exercices gymnastiques, aux arts industriels, et à la culture morale et religieuse. Enfin, on semble ignorer jusqu'à l'existence" d'une foule de très-bons écrits sur l'éducation... Or, s'il est vrai que ces critiques n'aient aucune connaissance do celle belle branche de la littérature el de la pliilosophie, s'ils ii^norent, en ellcl, jusques aux titres des ouvrages tU» Udsf'doïc, BcsruntZy Stuve^ Trapp, Gcdickp, Catnpe, Nionci/cr^ Schicarz, Arndt, Zachariœ, etc., sur Téducation en général ; de Stn(vt\ Villfiiunry Faust et Fisc/ter^ etc., sur Téducalion physique ; de (hitsnmths, Blaschs, Steutifigery Loechmtnm, etc., sur la f^^ymnaslique des écoles, les jeux de renfance et Tari de développer Tinduslric ; de Hahn,Schulze, Zerrenncr, Overbecky \atorp, etc., sur la discipline scolastiquo et la conduite des études ; de Loh)\ ThiPnw^ Ilahn, Sintenis^ Glatz, Salzinrnin, (Uc, sur la morale el Tart de toucher le cœur en amusant l'imagination, de Pohlmam, Tillich, Olivier ^ Stej)hani, Krvijfjy Horstcl^ Bertuchy Ffni/{r, etc., sur le mode du premier enseignement... (Je m'arrête, quoiqu'il ne me fût pas difficile d'ajouter à cette liste les noms de beaucoup d'autres auteurs