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russe, M. de Schlœtzer, avec rérudition, la vigueur et la finesse d'esprit qui le distinguent, a comparé, rapproché, éclairci les divers points de contact de Thistoire des anciens Moscovites avec celle des autres peuples aux mêmes époques ; ce qui fait de cet ouvrage une des bases les plus solides de Thistoire générale des nations modernes d'une partie de l'Europe et de l'Asie. Le premier volume est consacré tout entier à une Introduction à f ancienne Histoire de Russie, où l'on trouve les vues les plus lumineuses et les plus piquantes sur l'essence et la méthode de la critique historique en général. Le second renferme l'histoire de Russie, ou VAvant-Rurik (dans le sens où Mézerai a dit l'Avant-Clovis) et le règne de ce prince ; le troisième renferme celui d'Oieff, et le quatrième celui d'Igor. L'ouvrage entier doit être de douze volumes. » Un homme qui, malgré le tort très-réel qu'il a eu de mettre l'Europe entière dans la confidence de ses travers et de ses ridicules, n'est pourtant dépourvu ni de talent ni de connaissances, et qui, au lieu de se rendre trop fameux, aurait pu aspirer à une juste célébrité, M. Kotzebue enfin, a publié à Riga, en 1808, les quatre premiers volumes d'une Histoire ancienne de la Pmsse^ qui l'élève, suivant M. Villers, à un rang distingué parmi les historiens. Remontant aux temps les plus reculés, à ceux qui précédèrent l'époque où le commerce de l'ambre jaune commença à faire soupçonner l'existence de la Prusse aux peuples méridionaux, M. Kotzebue a entrepris de tracer le tableau des révolutions successives qu'a éprouvées co pays, révolutions qui se lient à l'histoire de tout le nord pendant le moyen âge, aux annales de l'Allemagne, de la Pologne et de la Hanse; jusqu'ici, dit-on, son ouvrage est conçu avec force, avec diguité, et est écrit de ce style noble et correct à la fois qui convient à l'histoire.
Mais une circonstance tout à fait inattendue, et qui parait devoir ajouter beaucoup d'intérêt à cette nouvelle production historique, c'est la communication que Tauteur a obtenue à Kœnigsbcrg des monuments que renferme V Archive secrète teutonique. Il parait, d'après l'aperçu qu'il donne lui-même dans
sa préface, des pièces contenues dans celte archive, qu'elle lui offrira plus de documents précieux que n'ont pu lui en fournir les recherches multipliées qu'il a faites jusqu'à présent dans les bibliothèques et les archives des villes, des gouvernements, des monastères et des particuliers de toutes les contrées du Nord qu'il a parcourues. « 11 est douteux, » dit encore M. Ch.Villers, « que jamais historien se soit vu possesseur d*nne mine aussi riche, et non encore exploitée. »
Enfin, la période dont nous parcourons ici les productions littéraires a vu se terminer un grand et important ouvrage ; c'est Y Histoire d'Allemagne de feu M. Schmidt, dont le dernier volume a paru à Ulm en 1808. Le corps entier de cet ouvrage est divisé en Histoire ancienne et Histoire moderne; la première section composée de cinq volumes, et la seconde de dix-sept. On doit à M. Milbiller, qui a continué et terminé avec succès ce travail intéressant, un Abrégé de l^ Histoire d'Allemagne (i).
L'influence des mêmes circonstances politiques et des mêmes opinions religieuses qui a porté les savants de ce pays à diriger en grande partie leurs recherches littéraires vers la critique et l'interprétation des livres sacrés qui servent de fondement à la religion chrétienne, comme je Tai déjà remarqué, leur fait attacher une éyalo importance à celte branche de Thistoire qui a exclusivement pour objet les révolutions qu'a subies le dogme et qui ont agité TMglise, et le nombre des ouvrages qu'on voit
(1) Iiuléppiulainment de ces grraiids travaux sur l'histoire jrénérale de l'Allémagne, il n paru des histoires particulières de quelques parties de ce vaste pays, qui méritent d'être remarquées, tant par l'iiitérêt du sujet que par le talent et l'exactitude avec laquelle elles sont traitées. Tels sont les ouvrages suivants : Histoire du Ti/rol^ par M. le hnron de Hormayr, dont les volumes ont été publies successivement depuis 180G à Tubingue, chez Colta. La plus ancienne /»>-• taire de In Bavière et de ses hahitontSy tirée des oriyiuaux et des sources. A Nuremberg, 1807. en un vol. in- 8 ; par M. Mannert, l'un des hommes de lettres lei plus laborieux et les plus instruits en histoire et en géographie tant ancienne que mojlerne. et à qui l'on doit un ouvrage du plus grand mérite sur cette dernière science. Ilistoirr de Itères, par M. AVyttenbach, bibliothécaire de cette ville; (juatre volumes in-12, à Trêves. Outre les matériaux connus, l'auteur a fait usage de pièces manuscrites ignorées jusqu'à présent.
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paraître en Allomagae, presque chaque année, sur rette maliëre, est très-considérable. Parmi les écrivains cités dans lo rapport fait à l'Institut, comme l'ayant traitée avec le plus de talent et d'étendue, on distingue M, Henke de Helmstedt, autour d'une Histoire générale de r Église chrétienne suivant tordre des temps, imprimée à Brunswick; et M. Plank, professeur de théologie à Gœttingue, auteur d'une Histoire de la constitution sociale de l'Église chrétienne. M. Ch. Viilers dit du premier : « Le style de M. Henke est rapide et animé, sage et noble à la fois; son savoir est profond, ses vuos sont fines et ingénieuses ; enfin son ouvrage peut être regardé comme classique, et il a essentiellement contribué à perfectionner l'étude de l'Histoire ecclésiastique.)) Il dit du second : «Personne sans doute n'a pénétré plus avant que M. Plank dans le mécanisme et les ressorts secrets de la société tant religieuse que civile des chrétiens, et n'a aussi bien dévoilé la politique et l'esprit de leurs pontifes. L'exposition du plan de Grégoire VII par exemple, que M. Plank envisage sous un point do vue tout nouveau, nous a pam être un morceau achevé (1). )>
11 faudrait encore parler de ce nombre prodigieux de thèses, de programmes, do discours académiques, parmi lesquels il s'en trouve toujours d'extrêmement intéressant», par la manière dont on y traite les questions les plus épineuses ou les plus
(I) Je trouva dans cette partio <lu rapport de M. Ch. Ville» un rait qui paraîtra Bans iloute assez singulier pour devoir élre remarqué, et qui peint en même temps le caractère de candeur et d'indépendance qui distingue les gens de lettres de l'Alleinagne En 1800, M. le comte de Slolberg, également recommandable par ses écriU oii brille un talent distingué, joint à une érudition peu commune, et par la noblesse et l'élévation de son caractère, a fait, à l'âge de cinquante ans, abjuration du protestantisme pour embrasser la religion caLbolique. H a publié depuis une Histoire de Jèsus-Chrinf, et peut-être les recberches et les méditations auxquelles cette entreprise l'engagea l'ont-elles déterminé i faire cet acte solennel. D'un autre côté, en 1S05, M. Woirier, laïaut professeur de l'L'nivereité de Heidelberg, qui jouissait d'une eicellente réputation, et qui venait d'arbever une Histoire de la réformation, mourut pendant l'impression de son livre, après avoir abjuré, peu avant sa deraiiré heure, le catholicisme dans lequel il avait vécu, pour faire profeuion du protestant îmie. ■ -' '
curieuses de littérature ancienne, d'histoire, d*archéologie, etc.; il faudrait parler de ces nombreux ouvrages périodiques qui, sous le nom de Bibliothèques, Magasins, Annales^ etc., propagent avec une merveilleuse activité les meilleures doctrines, les idées les plus saines sur toutes les parties des connaissances humaines, de ces collections suivies d'auteurs classiques qui s'impriment dans plusieurs villes en même temps, etc., etc.
Mais j'en ai dit assez pour faire comprendre avec combien d'ardeur et de succès l'étude des langues anciennes, celle de l'histoire et de l'antiquité, sont cultivées en Allemagne, surtout depuis environ soixante ans. Il n'est personne qui ne voie que, sous ce rapport, la France est restée fort en arrière de ses voisins; non pas qu'il ne s'y soit trouvé à toutes les époques, et qu'il ne s'y trouve encore aujourd'hui des hommes supérieurs en chaque genre, et qu'on pourrait opposer avec confiance à ce que les nations voisines ont de savants les plus distingués; mais il y a entre nous et les Allemands cette différence bien remarquable, que toutes les branches des connaissances qui sont chez nous l'attribution exclusive de la troisième classe de l'Institut (1), sont en Allemagne un objet d'études et d'enseignement dans toutes les Universités, et môme dans un grand nombre de gymnases ou écoles du second ordre.
Et qu'on ne s'imagine pas que cette infériorité soit le résultat de l'interruption des études pendant le cours d'une révolution sanglante, h laquelle si peu d'institutions utiles avaient échappé ; il s'en fallait beaucoup que l'instruction que l'on recevait dans l'Université do Paris, il y a vingt-cinq ou trente ans, fût aussi complète, aussi forte, qu'elle l'était à la même époque dans les Universités d'Allemagne et de UoUande. La langue grecque y était fort négligée; la critique du texte des auteurs, si propre à former le jugement des jeunes étudiants et à les familiariser avec la connaissance des détails de grammaire, y était à peine
(I) [La troisième classe de l'Institut portait alors le nom de classe d'histoire et de littérature anciennes.]
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connue ; l'hislolrc même et la connaissance complète de l'antiquité n'y étaient point l'objet d'un enseignement spécial. On se bornait k l'interprétation des auteurs et à la pratique de l'art d'écrire en latin, soit en prose, soît en vers. Je suis loin cependant de vouloir, par cette observation, rabaisser le mérite des hommes qui composaient alors le premier corps enseignant de la France. Ëlové moi-même dans le sein de l'ancienne Université, je sais que la plupart des professeurs joignaient, à un goût très-pur et à un savoir peu commun, des vertus plus précieuses encore et un zèle aussi actif que désintéressé; mais ils étaient forcés, par la nature même do l'institution, de se renfermer dans un cercle trop borné.
Au reste, si l'inÛucnco des révolutions politiques et religieuses avait donné à la culture des lettres anciennes, dans l'Àlicmagne, un degré d'importance et une direction qu'elle ne pouvait avoir en France ; si la division do ce pays en un assez grand nombre d'États indépendants y avait nécessairement formé plusieurs foyers d'instruction, d'où se réfléchissait une lumière plus abondante et plus vive; si l'émulation qui devait naitre entre des savants parlant la même langue et voués aux mêmes travaux, dans des contrées très-voisines les unes des autres ; si la considération particulière dont ces savants étaient environnés; si, dis-je, tant de causes diverses ont contribué à donner chez nos voisins, à ce genre de connaissances, une activité et un développement qu'il ne pouvait avoir chez nous, il est évident qu'on ne saurait regarder cette supériorité comme un mérite propre des individus, et qui leur appartienne exclusivement, pas plus qu'on ne pourrait sans injustice imputer & ceux qui se sont trouvés dans des circonstances toutes différentes nue infériorité qui tenait au système général des choses et des idées autour d'eux.
Je le déclare donc positivement, afin qu'on ne s'imagine pas que j'aie voulu, en énonçant sur l'ancienne Université de Paris un fait qui me semble d'une vérité incontestable, m'associor à la secte malheureusement trop Qombreasa et trop active des
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détracteurs de la gloire littéraire de la France. Je sais que ce corps illustre renfermait un nombre considérable d'hommes d'un vrai mérite, h qui il n'aurait fallu qu'une très-légère impulsion donnée par l'autorité dont ils dépendaient pour les mettre à même de rivaliser de célébrité et de succès avec ce que la Hollande et l'Allemagne avaient alors de plus habiles professeurs. Je suis très-convaincu que les hommes disKngués formés par cette ancienne école, et que l'Université actuelle compte paimi ses plus fermes appuis, n'attendent que le signal qu'ils vont recevoir des chefs illustres que le choix du souverain a mis à leur tète, pour donner à notre instruction publique tout Téclat et tout le développement dont elle est susceptible.
Mais, dira-t-on peut-être, la France n'est-elle pas infiniment plus riche que l'Allemagne en productions originales d'un mérite éminent? N'est-ce pas à la supériorité incontestable de sa littérature sur toutes celles de l'Europe, qu'elle doit le glorieux avantage do voir sa langue devenue, pour ainsi dire, classique chez toutes les nations civilisées? Que gagnerons-nous donc à donner chez nous plus d'activité à la culture des langues anciennes et do l'érudition, à répandre et à propager davantage ce genre de connaissances?
On peut répondre, ce me scniblo, à cette objection, que ce n'est pas tant pour les sujets doués par la nature d'un génie heureux ou do talents extraordinaires, qu'un système général d'instruction publique est nécessaire, que pour la niasse des individus auxquels il doit s'appliquer. Les premiers, soit par l'impulsion de leur propre nature, soit par Tintérèt particulier qu'ils sauront inspirer, trouveront toujours les moyens de développer ces facultés peu communes qu'ils ont reçues en partage, tandis que la foule des esprits ordinaires languira dans l'ignorance, faute de bonnes méthodes, de moyens d'instruction étendus et multipliés. Les chefs-d'œuvre littéraires qui font la gloire d'une nation, peuvent donc ne pas être une preuve de la supériorité de l'instruction publique chez cette môme nation; et comme ce ne sont pas les artistes supérieurs et capables d'ajouter
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aux produits de leur industrie le dernier degré de fini et de perfection qui contribuent à la richesse d'un État, mais plutôt le nombre des manufactures où Ton est parvenu à donner, à la fabricatioa des objets usuels une supériorité sensible sur ceux des pays avec lesquels on est en concurrence ; ainsi ce sont moins les ouvrages d'un certain nombre de génies du premier ordre qui contribuent à donner à un peuple sur ses voisins Ta-* vantage d'une instruction plus générale et plus étendue, que le nombre des écoles où les éléments des sciences et des lettres sont enseignés par des professeurs habiles et d'après les meilleures méthodes existantes. Il serait superflu, sans doute, d'insister davantage sur ces vérités. Ce n'est pas à l'époque où nous vivons qu'il peut être nécessaire de démontrer aux hommes sensés et de bonne foi qu'il y a toutes sortes de biens à attendre et aucun inconvénient à redouter d'une plus grande somme de lumières et de connaissances, répandue dans la masse des concitoyens d'un grand empire.
Lettre à M. Thurot sur une opinion qu'il attribue à Fauteur du Rapport fait à la classe d'histoire et de littérature ancienne de f Institut de France, et sur quelques points de différence entre la France et l'Allemagne (1).
Je vous doisdesremerciements, Monsieur, pour l'indulgence avec laquelle vous avez traité mon Rapport à l'Institut (2). Vous avez fait voir en même temps, dans le compte que vous en avez rendu, combien votre esprit est libre de tous ces petits préjugés nationaux qui s'opposent à la propagation des vraies lumières, et combien il sait s'élever jusqu'à cette hauteur cos-
(1) [Mercure de France y avril 1810, t. XLI, p» 504.]
(2) Ce rapport a été rendu public sous ce titre : Coup d*œil sur l'état actuel de la littérature ancienne et de l'histoire en Allemagne. Rapport fait... par Charles Villers. Amsterdam, au bureau des arts... et ù Paria, chez Treuttel et Wûrtz, 1809, in-8».
mopolitc à laquelle tant de barrières artificielles disparaissent, et d-où Ton apprend à juger en homme toutes les choses humaines.
Permettez-moi cependant, Monsieur, de réclamer contre une légère erreur qui vous a échappé en m'associant aux partisans d'une opinion que je ne partage en aucune manière : celle qui attribue à Tinflucnce des différents climats la diversité qu'on remarque dans le caractère, dans les facultés morales et intellectuelles des nations.
A Dieu ne plaise que je ravale ainsi Thomme au rang d*une simple machine, qui dépend en entier des influences extérieures, du degré de chaud ou de froid! Personne, j'ose le dire, n'est plus éloigné que moi de ce matérialisme grossier^ qui a eu en France ses bruyants et superficiels apôtres dans la dernière moitié du siècle qui vient de s'écouler. Je me suis déclaré assez hautement contre cette doctrine dans mon exposé de la Philosophie de Kant (1801), et dans quelques autres écrits, sans doute oubliés. Mais il m'importe singulièrement de m'inscrire derechef contre celte opinion qui n'est pas la mienne, et de ne pas passer pour un de ses adhérents aux yeux des lecteurs attentifs que peut avoir ce journal.
J'ai posé, comme fait, et comme fait indubitable, qu'il existe dans la nature, dans Tosprit, dans les dispositions originaires de la nation française, ou de la race Gallique en exonérai, et celles de la race Germanique^ une difTérence très-marquée, d'où résultent deux modes d'existence, ou deux caractères nationaux parfaitement opposés. J'ai ajouté (jue les Alpes et le Rhin séparaient la demeure de ces doux races, dont l'une habitait à l'ouest et l'autre à l'est de cette barrière. Mais il ne m'est pas venu dans l'esprit de vouloir faire entendre, par Là, que la différence dans le caractère des deux nations résulte de la différence des climats sous bîsquels ils vivent. J'ai indiqué géograpbiquemcnt les contrées respectives qu'elles occupent, mais seulement comme un fait, et non pas comme une cause. Une différence sensible de climc^t n'e^vistc même pas entre ces deux