XXIX. DUPPA. — VIE DE MICHEL-ANGE
ainsi il faut qu'il ait mal saisi ma pensée, comme il parait que j'ai mal compris la sienne : c'est un accident malheureusement trop commun, même entre les gens qui sont de la meilleure foi, et qui ne peut, sans doute, altérer en rien les sentiments d'estime réciproque qu'ils se doivent. J'ignore quels sont les écrivains que M. Villers a voulu désigner en les appelant de bruyants et superficiels apétres (tiin matérialisme grossier; mais je dois croire qu'il n'a pas moins d'aversion pour les déclamateurs hypocrites qu'on a vus de nos jours outrager la mémoire des hommes de génie qui ont illustré la France dans le xviii* siècle, que pour les sophistes dont il réprouve la doctrine erronée. Il serait bien temps, comme le dit l'auteur de cette lettre, que l'on songeât à s'etitendre sur les points qui méritent le plus de iixer l'attention des hommes capables de penser et de raisonner, dans quelque pays qu'ils soient.
On a, pour parvenir à ce but important, plus de science et de sagacité peut-être qu'il n'en faut , mais quand aura-t-on toute la modération et toute l'impartialité qui seraient nécessaires ?
The life of Michel Angelo, etc. Vie de Michel- Ange Buonarrott, avec ses Poésies et ses Lettres ; par Rich. Duppa, écuyer. Seconde édition, Londres, 1807. 1 vol. in-4. — [Mercure de France, mars 1810, t. XLI, pp. 19 et 83.)
PREMIER EXTRAIT
— E quel, che a par iculpe et colora Michel, più che mortale, Angel divino.
Ariost., Orl. Fur. , cant. XXXIII.
Les ouvrages de biographie paraissent avoir eu dans ces derniers temps une grande vogue en Angleterre, et c'est prin-
cipalement à M. William Roscoe qu'est due cette impulsion donnée aux travaux des littérateurs de son pays. Ses Vies de Laurent de Médicis et du pape Léon X, par la multipKcité et rétendue des recherches qu*il y a jointes sur Fhistoire des arts et de la littérature dans cette brillante époque, ont inspiré un vif intérêt à toutes les classes de lecteurs, et le succès mérité qu*ont obtenu ces ouvrages a engagé plusieurs écrivains distingués à entrer dans la même carrière. Parmi ceux-ci, nous connaissons M. Shepherd, auteur d*uno Vie de Français Poggio Bracciolini^ plus communément appelé en France le Pogge^ dont nous donnerons peut-ôtre quelques extraits dans le Mercure^ et M. Richard Duppa, à qui Ton doit la Vie de Miehei- Ange^ que nous entreprenons ici de faire connaître.
Déjà M. Roscoe, dans les deux ouvrages que nous venons de citer, et qui tous deux ont été traduits en français, avait donné des détails assez étendus et assez curieux sur la vie et sur les travaux de ce grand artiste : ce sera pour nous une raison de passer rapidement sur les faits que l'on peut regarder comme suffisamment connus, et de nous attacher plus particulièrement à ceux que Técrivain, dont nous analysons Touvrage, doit à ses propres recherches. Le fonds en est pris dans deux essais de biographie publiés avant hi mort de Michel- Ange, par deux de ses amis et de ses élèves, Condivi et Vasari. « En profitant des matériaux fournis par ces deux biographes, » dit Técrivain anglais, « je n'ai voulu m'en rapporter qu'à mon propre jugement sur les travaux de Michel-Ange. On peut avec les mêmes données se former des opinions non moins authentiques et plus impartiales que celles des contemporains eux-mêmes; mais je n'ai omis aucun fait, aucune anecdote qui méritassent quelque confiance. Outre ces auteurs, j'ai consulté tous les écrivains de cette époque qui me semblaient pouvoir jeter quelque lumière sur mon sujet, et qui m'ont servi en effet à relever plusieurs méprises de Vasari et de Condivi, et à augmenter la somme des faits recueillis par eux. J'ai aussi ajouté,pour rendre l'intelligence du texte plus facile, les dessins au trait de tous