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XXIX. DLPPA. — VIE DE MICHEL-ANGE

la société qu'un rang forl inférieur à celui auquel sa naissance semblait Tappelor. Le bon messer Lodovico ne savait pas qu'un génie supérieur est une dignité plus éminente qu'aucune de celles que les sociétés politiques ont créées. Celles-ci sont l'œuvre des conventions humaines ; l'autre est l'œuvre de la nature, grand et durable, en quelque sorte, comme elle. Michel-Ange, parvenu au comble de son art et illustré par cent chefs-d'œuvre immortels, ne pouvait-il pas bien dire : Sans moi, la postérité saurait-elle qu'il exista des comtes deCanossa? C'e&t qu'en effet le bon ordre des sociétés veut que les personnes élevées en dignité obtiennent des respects et des hommages pendant leur vie, mais Tordre de la nature veut qu'ils soient oubliés promptement après leur mort, lorsque, dépourvus de tout mérite personnel, ils n'ont pas laissé de traces durables de leur existence. Au reste, les scrupules du père de Michel- Ange ne tinrent pas longtemps contre la passion plus forte do son fils, et il le plaça lui-même sous la direction de Domenico Ghirlandajo (1), le plus habile peintre qui fût alors à Florence.

Cet homme ne tarda pas à reconnaître les talents éminents dont son élève était doué; mais, loin de ressentir pour lui cet intérêt qu'inspire aux âmes généreuses et vraiment embrasées de Tamour des arts un génie dont les premières lueurs commencent à se manifester, il n'éprouva qu'une étroite et basse jalousie, et il porta, dit-on, cette faiblesse au point de refuser à son jeune élève les secours et les conseils qui auraient pu hâter ses progrès. Mais il n'était pas en son pouvoir d'arrêter

()) Son Téritable nom était Domenico di Tommaso di Carrado di Gordi. Il naquit à Florence en 1451 et mourut en 1495. Le surnom de Ghirlandajo lui fut donné à cause de Thabitude qu'il avait d'orner de guirlandes de fleurs les têtes d'enfants qu'il peignait dans ses tableaux. II avatt un talent très-distingué et une réputation égale à son mérite. Sixte IV le flt venir à Rome où il concourut, avec Luca Signorelli, Pierre Pérugin et d'autres artistes alors célèbres, à orner la chapelle que ce pontife avait fait construire dans le Vatican, connue sous le nom de chapelle Sixtine. Il fut le premier qui eut assez de bon goût pour rejeter l'emploi des ornements d'or et d'argent dans la peinture, et pour sentir qu'ils nui« salent essentiellement à l'harmonie des couleurs.

41i MÉLANGES DE FEU FRANÇOIS THUBOT.

Tossor de Michel- Ange ; déjà il savait recevoir les leçons d'un maitre bien supérieur au Ghirlandajo, et dësTàge de quinze ans il montra dans deux circonstances remarquables combien iLétait destiné à surpasser celui qui s'était chargé de Tinstruire. Voyant un jour un de ses camarades copier, d'après un dessin du maitre, un portrait de femme, il prend la plume et trace-sur le dessin même des contours qui laissent apercevoir les défauts du trait original, tant sous le rapport de la correction que sous celui de la noblesse et de Télégance du style. Yasari, entre les mains duquel ce dessin tomba dans la suite, raconte qu'il le montra, en 1550, à Michel-Ange, qui éprouva quelque plaisir à le revoir, et ajouta avec une modestie bien rare: « Je possédais cette partie de Tart, à cette époque de ma jeunesse bien mieux que je ne fais aujourd'hui que je suis vieux. »

Dans une autre occasion il donna une preuve signalée de son étonnante facilité à copier tous les objets qu'il avait sous les yeux. Domenico était chargé d'orner de peintures l'église de Santa Maria Novella à Florence : un jour qu'il fut forcé de s'absenter, Michel-Ange profita du temps de son absence pour exécuter un dessin où étaient représentés les échafauds, les élèves occupés à peindre, et en un mot tous les détails qu'offrait cette scène vaste et animée, avec tant d'art et de correction, que Domenico lui-même, à son retour, en fut frappé d'étonnement, et fut contraint d'avouer que c'était plutôt là Touvragc d'un maître consommé dnns son art, que celui d'un élève.

Un talent aussi prodifj^ienx ne pouvait plus être mûri et perfectionné que par l'étude des chefs-d'œuvre de l'art antique : heureusement c'était vers cette époque (1489 et 1490) que Laurent de Médicis venait de former dans les jardins de Saint- Marc une précieuse collection des débris de l'ancienne sculpture échappés aux ravages du temps, et il la destinait à servir d'école aux artistes de sa patrie. On sait qu'ayant demandé au Ghirlandajo quelques-uns de ses élèves pour les faire travailler dans ses jardins, Michel-Ange fut un de ceux sur lesquels tomba le choix, qu'il ne tarda pas à captiver l'amitié de cet

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