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XXIX. DUPPA. — VIE DE MICHEL-ANGE. . 4lo

illustre citoyen, et que bientôt après il fut admis à sa table et logé dans son palais. Cette circonstance fut, pour ainsi dire, Aine nouvelle ère dans la vie de ce grand artiste ; c'est alors que ses liaisons et ses rapports habituels avec les savants et les littérateurs illustres qui composaient la société de Laurent de Médicis, ou qui vivaient dans sa maison, et particulièrement avec le célèbre Politien, ouvrirent à Michel-Ange une nouvelle source d'instruction et de connaissances en tout genre, qui agrandirent ses vues et ses conceptions, et secondèrent dans la suite merveilleusement son génie. Tous ces faits sont consignés dans la Vie de Laurent, par M. Roscoe, et nous ne croyons pas devoir nous y arrêter, non plus que sur les événements qui suivirent la mort de cet illustre protecteur des arts, arrivée en 1498, et sur la courte et désastreuse administration de son (ils, Pierre de Médicis, qui se montra si peu digne de succéder à un aussi grand homme.

Lorsqu*en 1494, les Médicis et leurs partisans furent obligés de sortir de Florence, Michel-Ange se retira à Bologne, où il fut accueilli avec beaucoup d'empressement et de distinction par un des plus illustres citoyens de cette ville, nommé Aldovrandi ; il y exécuta une statue de saint Pétrone, et retourna à Florence après un an d'absence : il avait alors vingt-un ans. C'est à cette époque de sa vie que se rapporte l'anecdote si connue d'une statue de l'Amour endormi, qu'il venait de terminer et qu'il fit enterrer aux environs de Rome, dans un endroit où l'on faisait des fouilles pour y trouver quelques restes de l'art antique. Cette statue fut trouvée en effet, et fut singulièrement admirée. On la vendit au cardinal de Saint-George (1) pour la

(i) C'était le même cardinal Jérôme Riario, qui avait été envoyé par le pape Sixte IV son oncle à Florence, pour y diriger la fameuse conspiration des Pazzi. Laurent de Médicis, qu'on avait voulu faire périr, échappa heureusement au fer des assassins ; mais Julien, son frère, tomba percé de coups. Cet affreux complot, dont les auteurs étaient le pape lui-même, le cardinal Riario son neveu, Tarchevêque de Pise et plusieurs autres ecclésiastiques, s'eiécuta dans Téglise, un dimanche, à la grand'messe, et au moment de la consécration. Voyez la Vie de Laurent de Médicis , t. I, p. 211 et suiv.

somme de SOO ducats. Le cardinal fut néanmoins bientôt informé que cette statue qu'il avait achetée comme antique était l'ouvrage d'un sculpteur de Florence, et il envoya aussitôt dans cette ville une des personnes attachées à sa maison, pour y prendre tous les renseignements possibles à cet égard, et s'assurer delà vérité. A peine fut-on informé que Michel-Ange était le véritable auteur de ce bel ouvrage, qu'il reçut de toutes parts les éloges les plus flatteurs, et qu'on l'engagea vivement à se rendre à Rome, comme le seul théâtre ou ses talents pussent trouver à se produire d'une manière digne de lui. On lui fit même espérer qu'il serait accueilli avec faveur par le cardinal do Saint-George ; mais ce cardinal, conservant toujours un dépit secret de l'aventure qui avait mortifié sa vanité, rendit à l'artiste son ouvrage, et,ayantfaitarrêterceluiquileluiavaitvendu,robligea à restituer la somme qu'il avait reçue.

Pendant son séjour à Rome, Michel-Ange exécuta, en 1498, & l'âge de vingt-quatre ans, un groupe en marbre, qui représente la Vierge tenant le Christ mort sur ses genoux ; ce groupe, remarquable par la perfection du travail, et connu sous le nom de la Pietà^ orne aujourd'hui une chapelle de l'église de Saint-Pierre sous rinvocalion de la Venjijic Maria delta febbre (la Vierge Marie de la lièvre).

Après do longues el funestes dissensions, la république de Florence avait enfin recouvré sa tranquillité sous l'administration sage et ferme de Pierre Soderini, élu, en 1502, goufalonier perpétuel (le nom de gonfalonier, ou porte-étendard, était celui de la première magistrature de cette république). Les amis de Michel-Ange l'engagèrent avec beaucoup d'instances à revenir dans sa patrie, l'assurant que le nouvel administrateur, connu par son goût pour les arts, par la noblesse et Télévation de ses sentiments, ne manquerait pas d'accueillir un homme pour le talent duquel il avait déjà la plus haute estime. En elFct, l'artiste, aussitôt après son retour, fut chargé de tirer parti d'un très-beau bloc de marbre qui avait déjà été ébauché autrefois par un sculpteur, mais avec si peu d'adresse ou d'in-

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