XXIX. DUPPA. — VIE DE MICHEL-ANGE
chapelle Sixtiae que le Saint-Père fit décorer avec tant de magnificence et consacra à la mémoire de Sixte IV son oncle ; tons ces détails, dis-je, sont assez généralement connus, et se retrouvent dans l'histoire de la Vie et du Pontificat de Léon X par M. Roscoe (1). Le volume que nous avons sous les yeux contient un plus grand nombre de particularités moins importantes, et une description très-étendue des sujets peints par Michel-Ange dans le plafond de la chapelle Sixtine.
Ce grand ouvrage fut terminé vers la fin de Tannée 1512, dans l'espace de vingt mois, et le pape officia solennellement dans la chapelle, le jour de la Toussaint de la même année. Il avait pressé la conclusion de ces travaux avec cette impétuosité de caractère qu'il mettait dans tout ce qu'il désirait, et qui était encore augmentée par le sentiment de sa vieillesse, etja réflexion qu'il n'avait pas de temps à perdre. Il fit ôter l'échafaud avant que l'artiste eût retouché à son gré toutes les parties de son ouvrage, et dans la suite il n'y eut plus moyen d'y revenir. Cependant il lui semblait qu'il manquait encore à tout cet ensemble de beautés un degré d'éclat et de magnificence que la richesse de la matière aurait pu lui donner, et il se proposait de faire dorer une partie des ornements de la chapelle ; l'artiste osa s'opposer à ce projet : « Saint-Père, dit-il au pontife, dans ces siècles d'innocence on ne portait ni or ni argent, et les personnages que j'ai représentés n'étaient ni riches, ni avides de richesses ; c'étaient de saints hommes pour qui l'or était un objet de mépris. » Au reste, Jules II mourut peu de mois après (31 février 1513), et le cardinal Jes^n de Médicis, si connu sous le nom de Léon X, lui succéda dans la chaire de Saint-Pierre.
Les talents de Michel- Ange restèrent inutiles pendant toute la durée de ce règne; Léon n'employa ce grand artiste qu'à foire exploiter les carrières des montagnes de Pietra-Santa, où il s'était persuadé faussement qu'on trouverait du marbre aussi
(i) T. IV, p. 211 et suiv. de la traduction française.
4» MÉLANGES DE FKU FRANÇOIS TIIUHOT.
précieux que celui de Carrare, et ft diriger les -travaux ^'una route qui conduirait de ces carrières à la mer. Peut-nAtm' néanmoins tronverar-t-on les réflexions que fait l'anteiir anftlaîi è ce sujet un peu trop chagrines :
« Huit ans et quelques mois, u dit-il, « stmt on espace d« temps bien peu considérable, pour tout cp que la renommée attribue & ce pape. Un peu de bien, faitparcelui qui peut &ireliBaa^ coup de mal, est ordiuûremeQt fort exagéré par les craintes ou par les espérances des coutemporains, et c'est sans doute à cette magie qui environne toujours le pouvoir suprême qu'il font attribuer, en grande partie, les éloges prodigués & Léon X, e\ les nombreux panégyriques, soit en prose, soit en vers, dans lesquels on s'est plu à exalter dés événements qui aorainat jeté bien peu d'éclat sur les destinées obscures d'nn homme privé. » n est pourtant vrai de dira que c'était ' anitoàt ànz Hédicis, et spécialement à' Laorent, père dé Létm X, et à-GAme son bisaïeul, que l'Italie dut en grande partie le degré de supériorité où les arts et la littérature parvinrent dans toatle'cours du XV* siècle ; et si, comme on doit l'avouer, cette période povvait légitimement être appelée le siècle des Hédicis, certes, ni les contemporains, ni la postérité ne peuvent être accusés d'injustice pour l'avoir caractérisé parle nom du premier souverain qu'il y ait eu dans cette illustre famille, de l'héritier immédiat des deux plus grands hommes qu'elle eût produits, et qui lui-même, après tout, était loin de se montrer indigne de recueillir un si noble héritage. £n elTct, s'il négligea Michel- Ange, il eut pour Raphaël un attachement qui ne faisait pas moins d'honneur à son cœur que l'admiration sentie qu'il montra pour les productions de ce peintre sublime n'en faisait à son goiït et à son discernement, et Ton sait avec quelle généreuse munificeace il encouragea tous les genres de littérature.
Adrien VI, cardinal do Tortose, succéda à Léon X, mort le 1" décembre de l'année 1521. Il n'eut que les vertus de son étal, et fut généralement regardé comme un homme sans