XXIX. DUPPA. — VIE DE MICHEL-ANGE
la Bibliothèque et du mausolée des Médicis. L'artiste souscrivit à ces conditions et se hâta de remplir la tâche qui lui était imposée ; mais il n'éprouvait plus qu'un dégoût invincible pour ces travaux et une aversion, bien légitime sans doute, pour ceux qui les lui commandaient. Indépendamment des tombeaux des ducs Julien (1) et Laurent de Médicis, qu'il exé^* cuta dans la nouvelle sacristie de l'église de Saint-Laurent, il fit pour la même église une statue de la Vierge, tenant le Christ enfant dans ses bras. Ce morceau passe pour une de ses plus belles productions en sculpture ; délia quale^ dit Condivi, giudico esser meglio tacere, che dirne poco.
Le cardinal Farnëse, doyen du sacré collège, avait succédé à Clément YII (mort au mois de septembre 1534), sous le nom de Paul IIL Ce nouveau pontife n'avait pas moins que ses prédécesseurs le goût du faste et de la magnificence, et dès les premiers temps de son règne il fit appeler Michel-Ange pour lui commander des travaux qu'il avait le projet de faire exécuter. L'artiste s'excusa en alléguant des engagements par écrit qui l'obligeaient à satisfaire le duc d'Urbin, neveu de Jules II,
(1) Une des figures qui décoraient le monument du duc Julien représentait la Nuit endormie. Jean Strozzi y mit cette inscription :
La Notte, che tu vedi io si dolci atti Dormir, fu da un Angelo scolpita, In questo sasso; e perche dorme, ha vita; Destala, se nol credi, e parlerait! .
tt Cette Nuit que tu vois, dont le sommeil a des grâces si touchantes, fut sculptée par un ange sur ce marbre; elle dort, mais elle est pleine de vie. Ré* veille-la, si tu ne le crois pas, et elle te parlera. »
Michel- Ange répondit par les vers suivants :
Grato m' é *1 sonno, e più T esser di sasso. Montre che'l danno e la vergogna dura : Non veder, non sentir m'é grata ventura. Per6 non mi destar, deh parla basso.
tt Le sommeil m*est doux : il m'est plus doux encore de n*étre qu'une pierre insensible dans ces temps de calamités et d^ignominie : ne point voir, ne point sentir, est un bonheur pour moi. Ainsi', garde-toi de m'éveiller... Ah ! parle bas. M
*Û MÉLANGES DE FED FRANÇOt» flllitfllt.
èoi le pressait de terminer le nûmmneut ecnsteré à U néÉMirê de ce pontife, a Quoi! s'écrk le aauBA-père «vm Mlëre, ce que j*ai désiré de faire depuis Irente ans, aujoiardlim que je suis piqie, je ne pourrais en v^iiràlioutl... Où e8l41 ee eoirfiat, que je le dédiire? » H seiribiait assez difficile de tésister à un homme aussi absolu dans ses volontés, et Midiel^Ange, jaloux de son indépendance, prit la résolution de se retirer à Gtees. Le pontife, qui fui apparemment infdrmé de son pro|^' ^ bien qu'il fallait avoir recours à des moyens plus doux : H dla voir Tarlistev lui prodigua les éloges et les caresses. Les ourdinaux qui raccompagnaient se diargèr^at dê< n^ocier a^le duc d'Urbin les arrangements qui poiivûwit coàdiier ses désirs et ceux dû pape, et, après avoir terminé la partie du wmammmA de Jules II (i) qu'il devait encore exéoiter, a^re grand «rtirte commença dans la chapelle Sixtine son tableau du JhÊgmnmi dernier.
Tout ce qui concerne ce magnifique ouvrage est trop connu et se trouve en trop d'endroits pour qu'il soit itéeessaire de nous y arrêter ici ; nous dirons seulement que MichttUAiige le termina au mois de décembre de l'an i 54i , à Tftge de soixantesept ans. C'est à propos do ce tableau que le trop fameux Arétin lui écrivait : // mondo ha molli rè, ed ha un solo Michel- Angelo, « Il y a beaucoup de rois dans le monde, mais il n'y a qu'un seul Michel-Ange. » Il peignit ensuite dans la chapelle Pauline, que Ton venait de bâtir, la Conversion de Saint-Paul^ le Crttcifiement de Saint-Pierre et divers autres tableaux. Ces derniers ouvrages lui donnèrent beaucoup de fatigue, et il reconnut avec douleur que ce genre de travail était désormais trop péni-
(i) La figure de Moïse, qui occupait le milieu de ce mausolée placé dans l'église de San Pietro in vincolo (Saint-Pierre aux liens), est un des plus beaux ouvrages de Michel-Ange, et produisit la plus grande sensation. Yasari raconte qu*on vit souvent des Juifs en grand nombre se presser autour de cette admirable image de leur premier législateur, et lui adresser leurs hommages. Le Musée impérial possède deux statues d^esclaves, qui avaient été destinées à orner ce même monument; elles sont aussi d*une grande beauté, et c^est après les avoir vues que Falconnet écrivit : « J'ai vu le Michel- Ange, il est effrayant I »