XXIX. DUPPA. — VIE DE MICHEL-ANGE
inspiré dans la composition de ses tableaux. « La religion et Tamour, » dit M. Duppa, « composent le fonds de la plupart de ses sonnets; il a quelquefois traité les sujets religieux avec beaucoup de succès, mais il est monotone ou languissant dans les autres. Un mélange bizarre de platonisme et de théologie métaphysique y tient la place de sentiments plus vrais; c'était Tosprit de ce temps-là : mais on n'imagine point une véritable passion, quand on ne Ta point ressentie, et on est bien sûr de glacer et d'ennuyer les autres en leur peignant des sentiments dont on est soi-même peu touché. » Pour donner à nos lecteurs une idée du talent poétique de Michel-Ange, nous citerons ici une petite pièce de vers adressée à l'un de ses amis (Luigi del Riccio), et qui nous a paru l'une des plus intéressantes du recueil :
Non sempre al mondo è si pregiato e caro
Quel che molli contenta,
Che non sia alcun che senta
Quel ch'è lor dolce, a se crudo et amaro,
Ma spesso al folle volgo, al volgo iguaro
Convien ch'altri consenta,
E mesto, rida dov'ei ride e gode,
E pianga allor che più felice siede.
lo del mio duol quest'uno etfetto ho caro,
Ch' alcun di fuor non vede
Chi Talma attrista, o i suoi désir non ode.
Ne temo invidia, o pregio onore e Iode
Del mondo cieco, che rompendo fede,
Più giova, a chi più scarso esser ne vede,
E vô per vie non caspeltate e sole.
« Ce qui plaît à la multitude n'est pas toujours si véritablement utile et précieux au monde, qu'il ne se rencontre des esprits qui n'y trouvent qu'amertume et afliction : mais souvent on est contraint de se conformer à l'opinion du vulgaire ignorant et insensé, de partager son rire et sa joie, quoiqu'on ait le cœur accablé de tristesse ; de paraître affligé, lorsqu'intérieurement on éprouve un sentiment de bonheur. Pour moi, je tire au moins de ma mélancolie ce précieux avantage qu^au-
ean œil profabe ne lit au fond d« mcm luae le sujet de sa tristesse, -que personne n'entend bob vœux secrets. Ne craignant point l'envie, prisant peu les honneurs et les Anges d'ivi mcHide aveugle, qui, toujours jffèt à tz«hùrsa Im, piodigne ses byeurs aux cœurs faux et perfides, je marche dans des sentiers non frayés et solitaires, m
Gomme ces poésies ont été rarement iB]fHriniées(l) et ne se trouvent pas communément, qu'il nous soit pemùs de -citer -encore le sonnet suivant, à la louange da Dante :
Dal moudo Moae fti ciachi abÏMi, « poi Che l'nno e l'altro infamo Tide,e a Dio, Scorto dsl gnm pensier, Tko salio, E D« di6 in terra vero hune a noi,
Stella d'alto Tslor oo i raggi auoi, Gli occulti sterni anoi dechi acopiio, E nliebba il premio al fin ehel mondo rio Dona soTflOte a î pia pregiati eroL
Dî Dante mal Air l'opra conoseîttle, E'I bel deaio da qnel popolo ingr^o, Che solo a giasti manca di sainte :
Pur fuss' io lai ; ch' a simîi sorte nato, Ppr l'nspro esilio sno ron la virtiite Darei del mondo ilpiit feiicc stalo.
'< Il descendit de ce monde daus les sombres profondeurs des abimcs, cl après avoir contemplé l'un et l'autre enfer, guidé
(1) Le telle que nous avons aoua les jeux, et qtii Taïl pnrtie de l'ouvrage de M. Duppa, a été imprimé einctement d'aprèa l'Édition originale donnée par le jietil-neTcu de Michel-Ange, avec ce titre : Rime di Michet'Âgnoto Buonarroli, raccolte da Michtl-Agnoto tito nipolt. In Fii-enze, appreuo i Giunli, con lieema de' luiteriori. 1G2J. En 1726, Bollari donna s Florence une aeconde édition de cet poésies en un volume in-12, intitulé : Rime ili Uicbei-Agnolo Buonarroli ilveeehîo, eon uiia letione rit Benedello Varchi, e d^le di Mario Guidtuci topra di e*te> M. Duppa avait déjà fait imprimer ces mêmes poèmes dsni la premibre édilton de son ouvrage (Londres, ISOli, un volume in-l"). Le» deux morceaui que non* citons ici sont sous les n" CXX ei LXXIl. et les vers rapportés dans la pre* miËre noie de ce aecond extrait sont sou» le a* CXXIV.