‹ MélangesChapitre 169 sur 269 · XXIX. DLPPA. ^ VIE DE MICHEL-ANGE · texte numérisé non relu

XXIX. DLPPA. ^ VIE DE MICHEL-ANGE

par sa sublime pensée, il s*éleva jusqu'au trône de Dieu, et sut nous en donner ici-bas une lumière véritable.

« Astre sans prix, ses rayons dévoilèrent à nos yeux environnés de ténèbres les secrets de Téternité, et il en obtint ^nfin la récompense qu'un monde coupable réserve trop souvent aux héros les plus dignes de ses hommages.

« Ce peuple ingrat méconnut les services du Dante, et les nobles vœux que formait son cœur ; car il n'y a que l'homme vertueux qui ne puisse échapper à la persécution.

a Oh ! puisse -je lui ressembler ! Destiné à un sort pareil au sien, je changerais avec joie le rang le plus éclatant pour son dur exil et pour sa vertu. »

Tel est, en général, le caractère des poésies de Michel-Ange ; des pensées nobles et élevées, un style ferme et approprié à ces pensées, mais qui n'a pas toujours cet éclat, cette richesse et cette correction qui ne s'acquièrent que par des études sérieuses, et par un long exercice, même lorsque l'on est doué d'un grand talent; or il est évident qu'un artiste, dont la vie entière fut consacrée à de si grands et si continuels travaux, ne put donner aux lettres que quelques moments de loisir que lui laissaient par intervalles ses autres occupations. Écrire des vers était alors pour lui un nouveau moyen de répandre au dehors, cette surabondance de dons précieux que la nature lui avait si libéralement départis.

Au reste, si les productions de son génie dans, les autres arts commandent l'admiration, celles de son esprit en littérature inspirent un sentiment de respect et d'amour pour sa personne, lorsqu'on apprend par le témoignage de ses contemporains que ces sentiments si purs et si généreux, ces préceptes d'une raison si ferme et si éclairée qu'on rencontre dans ses écrits, dirigèrent en effet sa conduite dans tout le cours de sa vie. On aime à le voir s'écrier, dans quelques stances qu'il composa sur les délices de la vie champêtre : « 0 aveuglement de l'avarice I esprits bas et rampants, qui abusez des biens de la nature !... Dans votre insatiable fureur, vous oubliez combien

la vie est courte et combien peu de chose suffit à noa. besoins (1) I » lorsqu'on sait qu'en effet jamais homme ne fut plus sobre et plus modéré dans ses désirs, et que, dans les temps où il se vit le plus riche, il vécut toujours, disait-il lui-même, comme s*il avait été pauvre. On aime à le voir s*attendrir sur la mort de son vieux serviteur Urbino , devenu son ami plutôt que son domestique, et dire à Tarchevèque Louis Beccadclli dans un sonnet qu'il lui adresse : « Je suis toujours avec vous par la pensée, et je pleure cependant mon bon Urbino, qui, s'il

vivait, serait peut-être ici près de moi. Tel était mon désir

Sa mort néanmoins m'avertit, et m'appelle vers un autre chemin; il m'attend dans le ciel pour y habiter avec lui (S). » Hais combien on est plus touché de la vérité de ces sentiments lorsqu'on lit dans Yasari le trait suivant : « Michel-Ange^ causant un jour avec ce fidèle serviteur, lui dit : Que deviendrais-tu, Urbino, si je venais à mourir ! — Hélas I répondit-il, il faudrait bien que je servisse un autre mettre I — Pauvre garçon, reprit Michel-Ange, j'aurai soin que tu ne sois pas réduit à cette triste nécessité, et sur-le-champ il lui fit présent de deux mille écus. »

Plein d'enthousiasme pour son art, il savait rendre une justice franche et entière au mérite de ses devanciers et de ses contemporains. Lorsqu^il vit pour la première fois les bas-reliefs des portes de Téglise de Saint-Jean à Florence,

(1) 0 avarizia cieca, o basai ingegnif

Che disusate il ben délia natura.

Ne v'accorgete in insaziabil foco,

Che*l tempo ë brève, e'I necessario ë poco.

{Bime, n» CXXXI.)

(2) Perche pensando son sempre con voi,

E piaiigo intanto del mio amato Urbino, Che vivo, or forse saria costà meco.

Cotai fu*l désir mio ; sua morte poi Mi chiama e tira per altro cammino, Et ei m'aspetta in cielo, a alhergar seco

{Rimt» n* CXXH.

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