XXIX. DUPPA. — VIE DE MICHEL-ANGE
exécutés par Laurent Ghiberti, il dit qu'ils étaient dignes d'orner les portes du ciel. En voyant des tableaux de Masaccio dans une autre église de la même ville : « Ces personnageslà étaient vivants du temps de Masaccio, » s'écria-t-il. On lui montra un jour un tableau de Jacques de Puntormo, qui n'avait alors que dix-neuf ans : « Si ce jeune homme vit, dit-il, et s'il continue à travailler ainsi, il portera son art jusqu'au ciel. » L'anecdote suivante, racontée par Vasari, fait voir aussi combien il était indulgent même pour les artistes les plus médiocres. Bugiardini, peintre sans aucun talent, avait entrepris de faire son portrait; après une séance de deux heures, le peintre invite Michel-Ange à voir s'il a saisi la ressemblance : « Gomment! s'écrie celui-ci, vous avez placé un œil au milieu de la tempe? » Mais le pauvre peintre, après avoir bien examiné son ouvrage et le modèle qu'il avait sous les yeux, finit par déclarer qu'il voyait la chose comme il l'avait rendue. « Eh bien ! reprit Michel-Ange avec beaucoup de sang-froid, continuez ; c'est apparemment la faute de la nature. »
On peut juger par les faits de divers genres que nous a fournis l'ouvrage anglais que nous venons de parcourir, avec quelle scrupuleuse attention M. Duppa a étudié son sujet, et jusqu'à un certain point dans quel esprit il l'a traité. Nous regrettons que les bornes de cet extrait ne nous permettent pas de traduire, comme nous l'aurions désiré, ses réflexions générales sur les arts du dessin et les observations particulières sur les travaux de Michel-Ange qui se trouvent à la fin de l'onvrage; elles nous ont paru, comme nous Tavons déjà dit, pleines de justesse, et dictées par un goût sûr et éclairé. Voici comment il termine ces réflexions : « Ge n'est qu'en étudiant les ouvrages de Michel-Ange qu'on peut le connaître à fond. Son génie était vaste et austère, quelquefois bizarre et capricieux : ce n'est pas toujours un modèle qu'il faille suivre sans précaution ; mais on Tétudiera toujours avec beaucoup de profit. Ceux qui jusqu'à présent l'ont pris pour guide, n'en ont guère saisi que ces traits saillants qui se prêtent à une