XXX. — OUVRAGES SUR L'ÉDUCATION DES FILLES. U
des autres qu'elle avait su asservir les siennes propres à un système do conduite calculé et suivi avec autant d'habileté que de persévérance ; M""' de Maintenon enfin, qui avait fait de l'éducation des femmes l'objet particulier de ses réflexions, était sans doute un digne interprète des plus sages et des plus intéressants préceptes que Ton pût donner sur ce sujet ; les mettre dans sa bouche, était déguiser sous Tattrait d'une fiction qui avait un degré de vraisemblance suffisante ce que l'exposition toute simple des mêmes vérités pouvait avoir d'aride et de languissant. Malheureusement, l'auteur n'a su saisir ni les opinions, ni les sentiments, ni surtout le langage qu'il convenait de prêter à cette femme célèbre, et il est impossible de se montrer plus qu'il ne l'a fait au-dessous d'une pareille tâche.
En efl^et, quel homme un peu instruit, je ne dis pas de tous les détails qui regardent M"" de Maintenon, mais seulement delà manière de penser générale à cette époque au sujet de la religion, croira que cette dame si célèbre par sa dévotion aurait pu dire à de jeunes personnes qu'elle se chargeait d'instruire et de diriger: « Je désirerais que vous ne formassiez vos opinions, on matière de religion, que sur TEcrituro sainte. Vous embrasserez celles que vous trouverez clairement révélées. » Comment l'auteur a-t-il pu ignorer assez complètement tout ce qui concerne M"' de Maintenon elle-même, et le genre d'esprit du monde et des sociétés où elle a vécu, pour oser lui prêter le jargon ridicule d'une héroïne de roman moderne ? « Eveillez ici, mes chères filles, toute votre seiisibilité . L'amitié, le sentiment, les plus douces affections de l'âme, vont dorénavant être Tobjet do nos entretiens ; c'est pourquoi vous me voyez aujourd'hui chercher les lieux les plus solitaires de ce parc, leurs épais ombrages, etc., etc. » Il y a encore des gazoîis émaillés de mille pâquerettes^ des accents doux et prolongés du rossignol, des ruisseaux, de la mélancolie. Ce serait faire injure au jugement du lecteur que d'insister davantage sur l'inconvenance d'un pareil langage.
Mais ce qui est encore plus inconcevable que tout le reste.
c'est l'étran^ théorie que l'auteur ^te k M"* de Ibintenonan ■ojet de» Haisotu du cœur entre hi deux aexes. S'il arrive k mdb jeune lille de ne pouvoir résister mi Msir de faire eonfid^we de son secret à quelqu'un, le-eboix de la penonne qui dutl en être dépositaire exi^, suivant lui, la plus grande àreoB^eetioii : et d'abord si c'est une amie h qui l'on s'adrMse, * U faat Uen prendre garde çtie te w soit pas une penoniiB engagée dans les Uens du mariage^ surtout si le plus parfait aoeord r^ne entre rile et son époux >■ ; ce sont les propres paroles de l'autatir : vi véut-on savoir pourquoi il reeoDMaande cette préoastitHi ? il va bons le dire: « C'est qu'il estdasimomeotadaBscetétet où l'on n'est pas «sseï sur ses gardes, et dans lesquels votre amie, quoique la plus digne et la plus estîmaUe des femmea, pant laisser échapper quelques mots que, dans d^tres înrtaftU, et k tout antre qu'k son mari, elle aurait été inei|ialde de se par^ mettre.» Et le résultat de toutes ces belles réfieziwia, e'eat ^pw peut-être ne ferait-on pas ft mal de donner aux hommea la prt- ISrence pour de pareilles confidences. Me voitt-t-il pas des Jennes personnes bien endoctrinées?
Je ne m'arrêterai point à relever les fautes de luigage, les expressions triviales ou inconvenantes qui se rencontrent presque k chaque page dans ce livre. J'en ai dit assez pour qu'on puisse l'apprécier à sa juste valeur ; et, quoique l'éditeur prétende qu'il est non-seulement utile mais tiécessaire aux Jeunes personnes, etc. , je suis trfes-persuadé qu'il n'y a point de parents sensés qui ne doivent s'empresser de l'écarLer des mains de leurs filles, k moins qu'ils ne soient bien sûrs qu'elles auront assez de raison pour voir combien il en est dépourvu.
Les Discours sur téducation des femmes, etc. (1), dont il me reste à parler, ont été prononcés, comme nous l'apprend l'auteur lui-même, devant une assemblée nombreuse et brillante, qui a daigné les approuver, et ces sulTrages lui font espérer
(1) Discours sur réi/ucation des femmn, et plan rTiitucation pour une jewe princesse, etc. Brochure in-12 de 112 pages. A Pari», ebei Lebel et Ouitel, lîbrairei, rue des Prétret-Samt-Oermain-rAuierrab, d*3T. IBIO,