‹ MélangesChapitre 178 sur 269 · XXXI. ŒLSNER. — MAHOMETISME · texte numérisé non relu

XXXI. ŒLSNER. — MAHOMETISME

porte le titre de son livre, que celui de tinfliœnce de cette religion, comme le demandait le programme de l'Institut, ce qui n'a pas empêché qu'on ne rendit justice aux talents et à

l'érudition peu commime qu'il y a développés. L'ouvrage de M. Œlsner est, à proprement parler, un tableau historique et philosophique de la naissance et des progrès de l'islamisme, des circonstances diverses par lesquelles ont passé les peuples qui l'ont fondé, de leurs arts, de leurs mœurs, de leurs sciences, etc.; et, par cette raison même, la lecture en est aussi attachante qu'elle est instructive par le grand nombre de faits qu'il y a rassemblés, et par l'indication scrupuleuse des sources où il les a puisés. Les observations qui lui sont propres décèlent un esprit accoutumé à réfléchir, à généraliser ses idées, et à envisager dans leur ensemble de vastes séries de causes et d'effets, d'où il sait faire souvent ressortir les résultats les plus importants pour la morale, pour l'ordre public, en un mot, pour tout ce qui peut intéresser le bonheur des hommes en société.

Son style n'est pas exempt de fautes, sans doute; on y rencontre de temps à autre des traces légères de germanisme, particulièrement dans l'emploi des prépositions, etc.; mais il y a assurément beaucoup de mérite à écrire en français comme il le fait, et l'on trouve dans son ouvrage plusieurs morceaux qui n'offrent pas la moindre trace de ces défauts qu'il est si difficile à un étranger d'éviter. De ce genre, est le tableau suivant des mœurs des Sarrasins dans les premiers temps de leur ferveur religieuse; on y trouvera, ce me semble, l'intérêt des sentiments et des idées, uni à la correction et à la facilité de l'expression : « Un heureux mélange de simplicité et d'énergie, de désintéressement et de bonne foi, de modestie et de bravoure, de piété et d'amour pour la chose publique, fait le charme de ces mœurs. La médiocrité des besoins donnait de l'indépendance personnelle, la sobriété garantissait contre les écarts des passions, la sainteté du serment et le respect pour les droits et la propriété de chacun mettaient tout le monde à l'abri de l'oppression et de la misère. Telle était la crainte de jouir d'un bien

mal acquis, que de f^ruidd penotuia^ M vdolsieat devoir leat

subsistani^c qu'au travail de leurs mains. Le simulacre de cctEe délicatesse passii jusqu'aux Abassides, qui, entourés de la pompe d'uQo cour orïeiilalc, faisaient des paniers et des nattes qu0 leurs courllsans s'empressaient d'acheter au poids dé l'or. L'horreur pour l'injustice, le mépris des choses de ce monde, l'ardeur pour la propagation de ta foi, un maintien grave, une conduite franche et loyale, forment les traits caractéristiques de la première époque de l'islamisme. L'empereur des Musulmans, maître de toute l'Arabie, de l'Egypte, d'une partie de la . Nubie et des cAtes d'Afrique, rég-uant sur la Palestine, la Syrie, la Mésopotamie, l'Irach et nombre d'autres provinces de la Perse, vienl une nuit trouver Abd-ur-Rhaman pour aller faire avec hii la garde de Médinah, ofm que la pai.x de quelques étrangers, arrivant avec des marchandises, no soit pas troublée; ot c'est le même Omar qui, dans une autre occasion, s'écrie avec une noble fierté : « Moi, jadis pauvre berger, gardant les troupeaux de mon pfere, je ne reconnais aujourd'hui rien audessus do moi que le maître des deux. » C'est ce même Omar qui, ayant entendu les plaintes d'un juif contre un gouverneur do province, traça sur une brique grasse qui lui lomba sous la main : >< Faites cesser tes plaintes qu'on méfait de vous, ou quittez votre gouvernement, n

Nous regrettons de n'avoir pu donner, dans cet extrait, qu'une idée assez imparfaite de tout ce que le travail de M. Œlsner contient de curieux et d'intéressant, niais s'il a été forcé lui-même de presser el d'accumuler les faits et les idées, pour traiter son sujet dans l'espace qui lui était prescrit, que pouvions-nous faire autre chose qu'indiquer sommaîreoleot les objets dont so compose son Mémoire, nous qui sommes réduits h nous resserrer dans des limites encore plus étroites? Quoique nous eussions dû voir avec satisfaction quelqu*ub de dos compatriotes traiter ce sujet avec toute l'érudition et loUte la sagacité nécessaires pour obtenir les suffrages du corps savant qui l'avait' proposé, nous nous félicileroaa HiÊdUiUoîils dd Tint-

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