‹ MélangesChapitre 181 sur 269 · XXXII. DELEUZE. — EUDOXE. 46S · texte numérisé non relu

XXXII. DELEUZE. — EUDOXE. 46S

des hommes d'une grande énergie et d'un grand caractère que d'agir toujours d'après leur conscience ; mais c'est pour cola même qu'il est plus à désirer que leur conscience soit éclairée par la raison. Cette vérité est si évidente par elle-même qu'à peine est-il besoin d'insister sur les preuves qui peuvent l'établir, et l'on peut dire que tout l'ouvrage de M. Deleuze n'en est que le développement ; mais les expressions dont il s'est servi dans le passage qu'on vient de lire pourraient, ou induire à erreur quelques esprits peu attentifs, ou fournir des armes dangereuses à des hommes de mauvaise foi, et il était peut-être utile d'en faire la remarque.

On fera sans doute bien d'autres objections à l'auteur ; les hommes avides de célébrité, qui ont la manie ou la faiblesse de vouloir sans cesse occuper d'eux la renommée, trouveront ses principes excessivement sévères sur cet article : vingt ans d'études et de méditations pour se préparer à produire un ouvrage dont la composition exigera peut-être huit ou dix ans de travail, leur paraîtront des conditions presque inadmissibles. La réponse de M. Deleuze est pourtant juste et raisonnable ; dans les sciences particulières, dit-il, dans les arts d'imagination, on peut aspirer à se faire d'assez bonne heure un nom célèbre ; mais, pour les sujets qui exigent une grande variété et une grande étendue de connaissances, ce n'est que par de longs travaux qu'on peut parvenir à se rendre capable de les traiter avec succès.

On trouvera peut-être aussi son plan d'études trop vaste, et même tout à fait hors de la portée des facultés d'un seul individu ; mais d'abord l'auteur peut répondre qu'ayant voulu tracer le tableau de la presque-totalité des connaissances l)umaines, il laisse à chacun le soin d'y choisir les objets pour lesquels son goût ou ses moyens personnels lui donneront plus d'attrait ou plus de facilité. Ensuite, ce n'est qu'aux sujets doués de facultés rares, ou même si l'on veut extraordinaires, que peut s'adresser un plan d'études tel qu'il Ta tracé ; or, qui .peut dire où s'arrêterait l'essor d'un Bacon ou d'un Leibniz, s'ils prenaient

H4 HËLAIKBS BB FEOfRULH^OIS THUROT.

left sciences «a degré Où ks méthodes modernes les ont portées? Qui sait mftiiie où-pouirait parvenir I^onuoe âooé d*ané intel- Itgênee ordÎDRire, mais ayant la patnon de Télûde, s'il ne s'égarait pas dans de fausses routes, et si tout était calculé autour d6 lui pour qu'il ne perdit que le moniB de tetàps posnUe ? On ne connut pas assez peut^tre jusqu'à ^tréwat la ]Aiissance dés ^nnes méthodes, et quds- résultats ont' potunit obienir de remploi rigourcnr de tous les momenls dirigés par elles. '- Au reste, ce qui caractérise éminemment l'ouvrage de M. Deleuze, c'est l'excellente morale ^oi y iwpin partout, c'est la tendance continuelle vers tout ceqprpetit'étrehon'etaUle, une sagesse et une modératlotl itans lot principes 6t dans les vues qirï ne sauraient manquer de sali^inf tons tes bons «aprils. Bacon, dans son style souvent allégorique, re^iréseBtei'ima- ^nation comme ayant deux viaagoi dont l'un^ tonmé sanstesse v^rs la ration, rôtiéchit en qnelqne sorte les tmits dti'Ia'véïitï, ' tandis que Tantré, constamment dirigé TenrrœriMi' rtfléehit «eux delà bonté. Ces deux visages, ajoute^, n'ottl pâVlttët % ftât\& même phystonomiOf mais on y reconnaît nh^idr de'frmille : Qtiatem' âeeet essî tontrvm. On dtrtnt que l'anteurdes Enlreliens d'Eudoxea. eu sans cesse présent à l'esprit ce noble el ingénieux emblëme. Partout il s'attache à faire voir que l'unique emploi de la raison doit être de découvrir et de reconnaître la vérité, et que la vérité n'est précieuse qu'en ce qu'elle contribue essentiollcmenl à rendre les hommes meilleurs et plus heureux. En un mot, son ouvrage est celui d'un homme très-éclairé, el d'un véritable homme de bien. On ne saurait donc trop en recommander la lecture aux jeunes gens, et à tous ceux qui veulent nvoîr des idées saines sur la meilleure manière d'étudier les sciences, et sur le véritable but qu'un doit se proposer dans cette étude.

XXXIil. SAY. — TRAITÉ D'ÉCONOMIE POLITIQUE. *l>5

Traité d'économie poliiigue, ou simple exposition de la manière dont se forment, se distribuent et se consomment les richesses, 2* édition, etc.; par J.-B, Say, ex-membre du Tribuuat. — 2 vol, in-S", 1814. [Mercure de France, Septembre 1814, U LX, pp. 397 et 494.)

PREHIER ARTICLE

Lorsque M . Say publia, il y a dix ans, son Traité d'économie politique, les hommes les plus éclairés et les plus capables d'en juger regardèrent cet ouvrage comme le meilleur qui eût encore été fait sur cette science. Deux faits remarquables confirmèrent leur opinion : l'un, c'est le prompt débit qu'eut cette première édition dont les exemplaires furent bientôt épuisés ; l'autre, c'est le soin que la police d'un gouveniemenl qui prenait à tâche d'étouffer toutes les vérités utiles mit à en empêcher la réimpression.

Cette injuste persécution ne découragea point M. Say ; en attendant un meilleur temps, il s'occupa assidûment ji perfectionner son ouvrage, et la seconde édition qu'il donne aujour^ d'hui est en effet très-supérieure à celle de 1804. Non pas qu'il y ait rien de changé quant aux principes et au fond des idées : mais 1" plusieurs additions importantes et quelques suppressions avantageuses font que l'on suit mieux la marche de l'auteur ; 2° il a mis plus d'ordre et de netteté dans l'exposition et dans le développement de sou sujet, non-seulement en changeant de place plusieurs chapitres, ou portions de chapitre, mais surtout en ajoutant une suite de considérations intéressantes sur la manière dont les richesses se distribuent entre les individus, et au lieu de cinq livres, don t le motif ne se faisait pas bien sentir, puisque l'on n'y traitait que de ta formation cl de la cousommutiou

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des richesses, i'ouvrag'e n'en a plus que trois, qui correspondent aux trois points do vue essentiels sous lesquels le sujnl a été envisagé, production, distribution, et consomiuatioii des richesses; 3° on ti'ouve à la fin du second volume une Ta6Ie analytique de tout Touvrage. et qui en est comme un extrait raisonné. Peutêtre, au reste, cette partie nuruit-elle eu un degré d'utilité de plus,si,Gn supprimant les indications qui ne se rapportent qu'aux deuils moins imporlanls^ on s'était attaché à donner plus de développement aux vérités principales, et à en marquer l'enchaînement d'une manière plus précise ; 4° enfin, celte table est suivie d'un Épilomé ou petit vocabulaire par ordre alphabétique dos principaux termes techniques employés dans l'ouvrage , et à la tète do cet épitomé est un avertissement qui fait couniillru l'ordre métiiodique dans lequel il convient d'en lire les articlcii' pour qu'ils forment comme un traité suivi. Cela e»t encore extrêmement utile, et fournit une nouvelle preuve de lu vérité de cette espace de paradoxe avancé par CnndiUac, qu'une science n'est qu'une langue hien faite (1). Ajoutons que tous les chapitres do ce traité sont courts ou divisés en sections asaex courtes, ce qui est un mérite dans les ouvrages scientifiques, parce que ce procédé en rend l'étude plus facile, en excitant et soutenant è la fois l'attention du lecteur. Nous ne parlons point du Discours préliminaire qui se trouve au commencement du premier volume, et qui contient un précis historique trfes-biea fait de la science économique, parce qu'il a été inséré en graude partie dans ce journal (2).

(1) Ce qiOil y a de Trai ilani celte eipresiion, aana Joute ua peu Torcse, c'cil qu'à mesure que nous obeervons plus de faits relatifs A un même sujet, que nous parrenons i connaître mieux leurs rapports dirers et le lieu qui les unit; ou, es qui revient nu même, à mesure que nous mettons de la netteté et de l'ordre dans oot idées sur ce si^et, nous choisiaioDi et nous ilêterminont mieiu les termes propres à les eiprimer. Ainsi la langue d'une science se fait en même temps que la science, et l'une ne peut en effet être bien faile que lorsque l'autre est déjà (rès-perfeclioimee.

{%) Voyez le u" DCLVIII (mai ISU, t. LIX), p. 231. Voyei aussi, dansle Q* DCLX (juillet I8U, t. LX), p. 165 et suiv., un eicellent rapport fait par M. Oingnené à la troisième classe de l'Institut sur ce mâroe ouvrage.

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