XXXIII. SAV: — TRAITÉ D'ÉCONOMIE POLITIQUE
L'importance d'un livre tel que celui-ci justifiera sans doute aux yeux des personnes sensées les détails, un peu minutieux peut-être, où nous venons d'entrer pour faire sentir les avantages qu'a cette seconde édition sur celle qui Ta précédée : le même motif pourra également servir d'excuse à la longueur de cet extrait, dans lequel nous nous sommes proposé do faire entrer toute la série des vérités essentielles que M. Say a développées dans le cours de son ouvrage. De telles vérités ne sauraient être trop connues ni trop répandues, puisque c'est sur elles que reposent en grande partie la prospérité des sociétés et le bonheur des individus.
Le mot richesse^ pris dans son acception la plus étendue, signifie la somme des moyens qu'on a de satisfaire ses besoins; un homme est plus ou moins riche ou pauvre, à proportion que ses moyens surpassent ses besoins, ou qu'au contraire, ceux-ci excèdent ceux-là. Le premier et le plus impérieux des besoins de l'homme, celui qui comprend tous les autres, «st le besoin de vivre et de se conserver : les moyens naturels qu'il a pour satisfaire ce besoin général sont donc sa richesse naturelle et nécessaire ; sa /^ro/^riV/e immédiate et inaliénable, puisqu'elle est la condition essentielle de son existence.
Or ces moyens sont-ils et peuvent-ils être autre chose que les facultés physiques et intellectuelles que l'homme tient de l'auteur de son être? Sans doute il n'est pas plus en son pouvoir de créer un atome de matière que de l'anéantir ; mais vainement, serait-il environné de tous les objets les plus propres à satisfaire ses besoins ; si ses membres et ses divers organes ne pouvaient agir sur eux au gré de sa volonté, ou si sa volonté était inca^* pable de diriger leur action, il n'en serait pas moins voué à une mort prompte et inévitable.
Les productions spontanées de la terre et des eaux ne sont donc une richesse pour l'homme qu'autant qu'il sait les approprier à son usage. Supposez-le existant seul au milieu des forêts, il faut au moins qu'il cueille les fruits dont il se nourrit, qu'il poursuive et qu'il tue l'animal dont il fait sa proie, qu'il
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coupe OU qu'il arrache les Lranchcs dos urbres dont il veut, sa faire un abri grossier. Eu un mot les choses u'out d'ulilitiS pour riiominc ([ue celle qu'il leur donne lui-mêmi; en leur appliquant ses forces dirigées par son intelligence plus ou moius dévL-loppée; c'est là sa véritable créulion, c'est ainsi qu'elles not pour lui une valeur plus ou moins grande ; ot c'est nlors aussi qu'elles deviennent sa propriété, mais une propriété secondaire et dérivée, en quelque manière, de cette autre propriété qua nous avons appelée immédiate et inaliénable (celle de ses facultés physiques et intelloctuclles). qui est en elTet k source et la cause de toutes les autres.
Ainsi l'homme, même en le supposant isolé et réduit nu moiudre degré d'intelligence, no pourrait exister qu'en donnant de l'utilité ou de la valeur aux choses qu'il approprierait ii ses besoins; mais l'usage qu'il eu ferait détruirait l'ulililé et la valeur qu'il aurait créées, c'est ce qu'il faut entendre par le mot consommation ; car la consommation est te but et le contraire de lu prudiiction ; elle détruit l'utilité ou Is voleur que la production avait créée.
Si l'on suppose que l'homme isolé fasse quelques pro\nsionspour des besoins à venir, ce seront des valeurs accumulées, fruit de sa peine ou do sou travail, et devenues par là même sa propriété. Ce serait ce qu'on économie politique on appelle un capital, lequel a, comme on voit, sa source et sa cause dans un autre capital primitif et naturel dont l'hommo apporte, pour ainsi dire, le germe en naissant, qui s'accroît et se développe à mesure qu'il vit, et par le fait mémo de sou existence ; ses fiicultés physiques et intellectuelles.
Ces considérations préliminaires nous ont paru propres à répandre plus de Imnière sur ce que nous allons dire, d'après M. Say, au sujet de la production, de la distribution et de la consommation des richesses dans nos sociétés telles qu'elles existent. Par là se trouve établi sur ses véritables bases le principe fondamental de l'économie politique, que V unique source de la richesse de l'homme est le travail.
C'est faute d'avoir assez généralisé leurs idées, et pour n'être pas remontés assez haut dans l'analyse des faits dont cette science se compose, que les écrivains appelés économistes avaient pris pour axiome fondamental de leur doctrine que tonte richesse vient de la terre: ils auraient pu dire avec autant de raison que toute richesse vient de l'eau, de l'air ou du feu, c'est-à-dire de la chaleur du soleil, car le concours de toutes ces choses est également nécessaire au développement des productions spontanées de la terre, et à celui des animaux. Par suite de cette erreur, ils avaient cru devoir diviser tous les membres d'une même société en propriétaires et non-propriétaires, comme si chaque individu, du moment où il existe, ne devait pas être reconnu comme investi du droit de propriété le plus sacré et le plus incontestable, celui de sa personne, de ses membres, de sa force physique et de sa capacité intellectuelle; en sorte que toute autre propriété n'existe quç sur le modèle de celle-là et à cause d'elle, puisque sans elle l'homme n'aurait même jamais pu concevoir l'idée de propriété. Enfin, ils divisaient aussi les habitants d'un même pays en producteurs et en consommateurs y comme s'il y avait au monde quelqu'un qui pût vivre sans être consommateur. Que dirait-on de celui qui s'aviserait de diviser les arbres en pommiers et en végétaux ? Mais revenons à la doctrine de M. Say sur la production des richesses.
Ici nous considérons les hommes comme la nature a voulu qu'ils existassent partout, c'est-à-dire, réunis en sociétés plus ou moins nombreuses, et tirant de cette union un accroissement presque indéfini de forces, de lumières et de moyens de tout genre. Tous ont besoin de vivre, tous veulent nonseulement subsister, mais exister avec autant d'aisance ou de jouissances qu'ils pourront s'en procurer ; il faut donc que tous produisent, ou s'il en est qui ne produisent absolument rien, leur nombre est peu considérable, en comparaison des autres, et ils ne vivent que parce qu'on travaille pour eux; ainsi ils ne doivent entrer pour rien dans les considérations qui nous occupent.
tTO MÉLANGES DE fUll FRANÇOIS TUTHOT.
Produire, comme oii vieul d<i le voir, signifie donner aux choses, par son travail, une utilité qu'elles n'avaient pas, uue valeur ; et l'homme obtient cet cITet de son travail, en opérant dans les choses des changements de forme ou des chan^emeots de lieu ; c'est uniquement à cela que se boine sa puissance. Mais diverses circonstances do locjilités, de forces ou d'intelligence, font que le travail des hommes d'un même pays peut s'appliquer à difTérmites choses eL de différentes manières. De \h, résulte une variété plus ou moins grande à& produits ou de rhoses utiles à la satiHfnction de quelque hesoin, propres & procurer quelque jouissance. Chacun ne pouvant obtenir immédiatement par son travail qu'un nombre trfes-horné de ces divers produits, muis parvenant promplement â en avoir, dans Ifl genre anqut-i il s'applique, une quantité plus que suffisante pour SOS besoins, est natureilumenl disposé à échanger ce qu'il en n de trop, contre d'autres produits qui lui manquent et que d'autres ont aussi en trop grande abondance. Alors le produit que chacun a en sa possession, peut s'estimer par la quantité d'autre» produit» que celui qui le désire consent h donner en ri'tour, et cette eslimalion, débattue entre les deux parties cl libremcntconsentie de part et d'autre, constitue la valeur vénale ou le prix des choses. Dans chaque genre de produits, co qui excède la quantité nécessaire aux besoins du producteur, est à chaque instant à la disposition de ceux qui auront h lui donner en retour d'autres produits qu'il pourra désirer; c'est ce qu'on appelle une marchandise dam la circulation.
Il est évident que, dans cet état de choses, tout le monde vit ou existe avec plus ou moins d'aisance ou de jouissance, uni> qncment en échangeant des produits contre d'autres produits ; il n'est pas moins évident que, dans tous ces échanges, quand il y a de la bonne foi de part et d'autre, loin qiie l'une des parties ne puisse gagner que ce que l'autre perd,, comme l'ont prétendu quelques écrivains, toutes deux au contraire y gagnent également.
Mais ces échangeB mutuels entre différents produits jugés