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XXXÏII. SAY. — TRAITÉ D'ÉCONOMIE POLITIQUE

équivalents entraînent nécessairement et très-promptement de grands embarras. Je ne puis pas toujours savoir si celui qui a en abondance les produits dont j'ai besoin aura aussi de son côté besoin des produits que je possède ; il est même probable que le plus souvent cela n'arrivera pas. La difficulté de ces échanges directs sera même d'autant plus grande, que la civilisation plus avancée donnera lieu à une plus grande quantité et à une plus grande variété de choses échangeables que chacun peut désirer. Si donc il existe une marchandise que sa rareté et les usages nombreux et agréables auxquels elle peut se prêter fassent rechercher de tout le monde, qui de plus ayant la propriété de se diviser en parties aussi petites qu'on le voudra^ sans subir aucune altération ni dégradation de ses qualités propres, puisse ainsi se proportionner aux divers besoins de chacun, il est probable qu'à la longue ce sera cette marchandise7là que tout le monde préférera de recevoir en échange de ses produits, parce qu'on sera sûr de se procurer par son moyen tous les produits dont on manque.

Or, les métaux précieux, l'or, et surtout l'argent, ont éminemment les propriétés que nous venons de décrire ; ils se divisent en autant de petites portions que la convenance l'exige, et l'empreinte que la loi ou le gouvernement donne à chacune de ces portions leur ajoute un degré d'utilité, en constatant leur poids et leur titre. Les monnaies d'or et d'argent ne sont donc véritablement que des marchandises que Ton donne et qu'on reçoit uniquement à cause de leur valeur, comme marchandises. Seulement elles ont cela de particulier, que l'empreinte qui les constitue monnaie en fait, pour ainsi dire, des instruments plus spécicdement propres aux échanges. Elles sont l'agent principal et presque universel de la circulation de tous les produits, parce qu'elles sont elles-mêmes un produit qui est toujours dans la circulation. Mais ce produit ne peut exister entre les mains de ceux qui le possèdent, en plus ou en moins grande quantité, qu'autant qu'ils ont donné d'autres produits pour l'obtenir. Dans ce nouvel ^tat de choses, an ne fait donc

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jamais i/u/r.hanger des produits contre d'antrcx produits, c'esl-àdii'p. lin dvniiiîre analyse, de rutililû ou du travail conlru du truvuil. C'est encore là un principe foiidnntoiilul de l'éponomif politique.

Los notions que nous venons do développer, et qui sont fondées sur la nature môme des chosoB, vont nous servir pour mieux comprendre le phénomène de la [iroduction et de la for^ mation des richesses dans la société, telle qu'elle existe autour ëe nous.

L'action dos facultés de l'homme appliquéns à tii pi-oduction se nomme industrie; celle qui a pour objt^t de recuoiilir les productions spontanées de la terre, ou de provoquer sa puissance productive, se nomme industrie aijricole ; vkWh qui donne de la valeur aux choses en y opérant des changements do forme, prend le nom d'industrie mamifacturière ; enfm, on appelle industrie cùmmerçantc, celte qui donne de lu valeur aux choses, AU moyen des changements de heu, en les mettant à portée du consommateur.

L'exercice d'une industrie quelconque exige d'abord la connaissance des lois de la nature ou des procédés particuliers d'où résultent les produits propres à cette industrie : c'esl proprement laMi^wi>;il faut de plus que l'on ait les moyens nécessaires pour mettre à profit ces connaissances, c'est \' applicatian ; enfm, le produit d'une industrie quelconque ne peut résulter que du travail manuel ou physique qu'exigent les changements de forme ou do heu qui la constituent, c'est Vexéculion. De là trois sortes d'occupations nécessairement comprises dans toute industrie : celle du savant, celle de Ventreprenew et celle de l'ouvrier. Il est aisé, au- reste, de voir qu'une même personne peut exercer deux de ces sortes d'occupations, et quelquefois même les réunir toutes trois.

L'exercice de toute industrie suppose des avances, des moyens qu'on s'est procurés antérieurement de quelque manière que ce aoit. L'ouvrier a au moins la connaissance acquise de son mé- Uer, et souvent quelques outils h lui ; le laboureur a tes che-

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vaux, les harnais, lo mobilier nécessaires à Tcxploitation de la terre qui lui appartient ou qu'il loue ; le fabricant a des machines ou des métiers, il possède ou il loue des bâtiments, un local^ appropriés à l'espèce de produits qu'il veut fabriquer ; il lui faut même, ainsi qu'au laboureur, quelque argent pour payer les ouvriers qu'il eniploie, etc. 11 en sera de même de tout entrepreneur d'industrie, soit manufacturière, soit commerçante ; ces avances, qui leur sont nécessaires, et qu'on nomme des capitaux, senties fruits d'une industrie antérieure, les produits d'un travail précédent, qu'ils consacrent à la création de nouveaux produits.

Une partie de ces capitaux est consommée ou détruite sans retour, par le fait même de l'application, ou de l'usage auquel on les consacre : les outils, les machines s'usent, les bâtiments se détériorent, et il faut réparer ces dommages à mesure qu'ils ont lieu ; l'argent ou les provisions qui font subsister l'entrepreneur et sa famille, ou les ouvriers qu'il emploie, se dissipent pour ne plus reparaître ; tandis qu'une autre partie de ces mêmes capitaux, comme les grains qui servent de semences, les matières premières que Ton emploie dans les fabrications de tout genre, se remontrent sous de nouvelles formes. Si donc, déduction faite de toute cette consommation, les produits de l'entreprise^ joints à ce qui reste des capitaux, sont, après un temps déterminé (par exemple au bout d'une année) supérieurs à la sommé des avances que l'on avait en commençant, il est évident qu'il y a eu, dans cet intervalle, création ou production de richesse.

Or, supposons que cet excédent de la production sur les capitaux, créé par le travail dans le cours d'une année, soit converti en monnaie d'or ou d'argent; il peut arriver : 1** que celui qui le possède l'enfouisse pour le retrouver au besoin, et dans ce cas il est clair que la masse des capitaux de la société ne perd absolument rien; 2* il peut s'en servir pour donner un repas, une fête, uû feu d'artifice, et dans ce cas la masse des capitaux n'est pas plus diminuée ni acci*ue que dans le précédent^

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fteiili^mciit la valeur produite dans nnn aanée a été consommée dans UQC 8uiri-e : 3° le possesseur peut employer cet excédent à actioter des moubles, du linge, de l'argonlerie, etc. ; point encore du diminution dans I» capital de la uatiun. mais aussi point d'atrcroisaoment, seulement quelques jouissances do plus pour le producteur et pour sa famille ; 4° enfin, si ce producteur ajiiutfl h son capital productif cet excédent qu'il a épargné, c'est-à-dire, s'il le réemploie suivant les besoins de sa ferme, de Ha manufacture on de son commerce, de manière qu'il en résulte, au bout de l'aimée, un produit qui rétablisse avec profit l'entièrp voleur de ret excédent, lequel pourra ainsi, l'année suivante et perpétuellement, servir k donner chaque annûe un nouveau produit, alors, et seulement alors, le capital de la société sera véntablemeut uuj^^menté de lu valeur do cet excédent.

Ainsi donc toute épargne, tout occroissomont du capital prépare nn gain annuel et perpétuel, non-seulement à c^lnî qui a fait celte accumulation, mais à tous ceux dont l'industrie est miae en activité par cette portion du capital; et l'on doit non-seulement voir sans jtilousie, mais regarder comme une source de propriété générale l'enrichissement d'un homme, toutes les fois que son bien (acquis légitimement) est consacré par lui à des emplois productifs. Il suit encore do tout c« qui vient d'être dit qu'un capital ne travaille, ne produit qu'autant qu'il est soumis à une consommation plus ou moins rapide, qui n'est qu'une transformation à la suite de laquelle ce capital, lorsqu'il a été employé avec intelligence, reparaît accru d'une valeur additionnelle. Aussi les valeurs mises en réserve et soustraites à toute espèce d'emploi sont-elles des valeurs mortes, des capitaux improductifs; mais au moins elles peuvent reparaître d'un moment à l'autre, et être employées reproductivement; au lieu que celles qui sont consommées ou dissipées d'une manière non productive sont détruites sans retour. L'avarice, quelque odieuse ou ridicule que paraisse cette passion, n'est donc pas, à beaucoup près, aussi nuisible à la

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