XXXIII. SAY. — TRAITÉ D'ÉCONOMIE POLITIQUE
richesse d'une nation que la prodigalité, qui semble tenir à des sentiments moins personnels et avec lesquels on sympathise plus généralement.
Nous venons de faire voir comment se forment les produits de l'industrie agricole, munufacturière et commerçante, qui constituent proprement la richesse d'une nation, et qui, en s'accumulant, peuvent l'accroître. Il nous reste à parler d'une autre espèce de produits, qui ne contribuent que d'une manière moins directe à la richesse nationale, et qui s'évanouissant, en quelque sorte, aussitôt qu'ils sont créés, ne sauraient s'accumuler. M. Say a cru devoir leur donner le nom àQ produits imrmatériels.
Les travaux d'un médecin, ceux d'un juge, d'un avocat, d'un musicien, d'un acteur, etc., satisfont à des besoins plus ou moins réels, et les fruits de ces divers genres de travaux ont une valeur tellement reconnue qu'on ne se les procure qu'au prix de quelques produits matériels. Non-seulement ils sont le résultat de l'industrie humaine : ils sont aussi celui d'un capital qui a servi aux frais de l'éducation, de la nourriture et de l'instruction de l'artiste, du savant, etc., et l'on retrouve dans l'industrie qui donne ces produits les mêmes conditions que dans tout autre genre d'industrie, c'est-à-dire, théorie, application et exécution. Ce serait d'ailleurs une erreur de croire, avec quelques écrivains, qu'il y eût de l'avantage à rendre nécessaire le travail qui les fournit, puisqu'ils n'augmentent point le capital d'une nation. Ainsi les mauvaises lois, qui rendent plus considérable et plus difficile le travail du praticien, les places superflues dans l'administration, nuisent directe-r ment à la société, qui par ce moyen paye le mal qu'on lui fait comme si c'était un bien.
Examinons maintenant quelles sont les causes qui peuvent donner le plus d'activité à la production, et par conséquent contribuer le plus efficacement à l'accroissement de la richesse nationale. Un produit créé offre, à l'instant même, un débouché à d'autres produits pour tout le montant de sa valeur; du mo-
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47B !HK1.AN(;ES DE VEU FRANÇOIS THllROT.
KlflUt ofi il existe, il cherche, pour ainsi dire, un antre produit -av«c lequel il [misse s'échanger; or, peut-il le trouver ailleurs quu là où il existe d'autres produits, Fruits de l'industrie, des capitaux oh des terres? D'où il résulte, quoiqu'au premier aperçu cela semble uu paradoxe, que c'est la production qui ouvre des débouchés aus produits. Ceci s'applique à tous les cas où il y a des marehundiseR oh des services oITcrls ; ils trouveront toujours plus de débit dans les lieux où se crée la substance avec laquelle on achète, c'cst-U-dirc la valeur. Car l'ai'gent ne remplit qu'un office passager dans les échanges, et, quand ils sont terminés, il se trouve toujours qu'on a payé des produits avec d'antres produits.
Do celte vérité fondamentale dérivent plusieurs conséqences extrV^moment importantes, et entre autres les quatre suivantes: 1° Dans tout état, plus les producteurs sont nombreux et les productions multipliées, plus les débouchés sont faciles, variés et ahondaufs. â* Chacun est intéressé à la prospérité de tous, et la prospérité d'un genre d'industrie est favorable Ji celle de tous les autres. 3° On ne nuit pas à la production et k l'industrie des nationaux, quand on importo des marchandises de l'étranger, car on n'a pu les acheter qu'avec des produits indigènes, auxquels ce commerce a par conséquent procuré un débouché. Ainsi, ce qu'on nomme la balance du commerce {{) n'est réellement qu'une illusion, et l'importaace qu'on y a si longtemps attachée a été la source d'une infinité de maux trfcs-graves et très-inutiles, puisqu'elle a occasionné de longues et cruelles guerres. 4" Ce n'est point favoriser le commerce que d'encourager la consommation, car
(1) Lorsqu'une nalion a exporté plus <le mnrch«ndUe» qu'elle n'en a importé, elle a un retour à recevoir en or ou en argent, et l'on dît, dana ce cas, que 1& balanre du comm'-.rce Jui eiC favorable. Dans le cna contraire, c'est-à-dire lorsque la quantité de marchondisel qu'elle a tirée de l'étranger surpasse celle qu'elle J ft envoyée, il faut qu'elle acquitte cet eieedent en mélaui précieui, et l'on suppose que la balance lui est défavorable. Il est pourtant vrai qu», dans l'on et l'autre cas, l'on n'a pu ei dû échanger que des valeurs contre des valeurs jugées égales, de p»rt et d'autre, par ceux qui ont stipulé l'cchange.
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il s'agit bien moins de donner Ton vie de consommer que d'en procurer les moyens. Quant à la circulation, elle est aussi active qu'elle peut Fêtre utilement, lorsqu'une marchandise, du moment où elle est en état de subir une nouvelle façon, passe aux mains d'un nouvel agent de production, et lorsque, du moment où elle a subi toutes les façons nécessaires pour en faire un produit achevé, elle passe aux mains du consommateur. Toute agitation, tout mouvement qui ne tend pas v^rs ce but, c'est-àdire, tout agiotage, loin d'être un accroissement dans l'activité de la circulation, est un retard dans la marche du produit, un inconvénient ou un mal réel. Une consommation stérile ne contribue en rien à l'activité de la circulation, puisque le produit consommé est détruit sans retour, et que l'échange qui en a été fait contre quelque autre produit équivalent n'a rien ajouté à la quantité de ceux qui sont dans la circulation.
La condition la plus favorable à l'activité et à l'accroissement de la production, c'est la stricte observation des lois qui garantissent la sûreté des personnes et des propriétés; et n'oublions pas qu'il faut prendre ici le mot propriété dans le sens rigoureux qui lui a été donné plus haut. Dans ce sens, la propriété du pauvre est aussi sacrée que c^elle du riche: l'humanité, la justice et la politique exigent également qu'elle soit respectée. Je dis la politique, et j'insiste sur cette considération plus faite pour attirer l'attention des hommes puissants. En effet, il importe surtout aux gouvernants que les nations, à la tête desquelles ils se trouvent placés, soient fortes; or une nation n'est forte qu'autant qu'elle est nombreuse ; et elle ne peut être nombreuse, comme nous le verrons tout à l'heure, qu^à proportion de ses moyens de subsistance et d'existence. Lorsque ces moyens diminuent, la classe pauvre, sans comparaison la plus nombreuse, souffre et dépérit : elle s'agite, et est incessamment prête à devenir l'instrument de toutes les ambitions subalternes. Alors, il n'y a plus ni industrie, ni lumières, ni force vraiment nationale, ni véritable sécurité pour personne.
Mais, si les gouvernements ne peuvent rien faire de mieux
i7« MÊLAMGES DE FEU FHAM.:OIS TlillHOT.
OU de plus favorable poui' la produclion dt!s richesses, que de maJnteDÎr scrupuleusement lu liberté et la sûreté des personnes et des propriétés, iU pcuveul par couséqueat nuire de la manière la plus grave et la plus funeste à la propriété publique, ftoit cil violant eiL\-mf'mo3 les luis protectrices de la propriété, i^oit en autorisant les violations de ce g'enre: et c'est ce qui n'est arrivé que trop souvent. Ainsi, lorsque le gouvernomenl proscrit ou prohibe certains genres de productions, s'il uu dirige pus le travail, ou l'agent créateur de la richesse, du cAté oit il se porterait naturellement (et alors son intci'vention serait fort inutile), il le dirige évidemment d'une manière Duisihto à ta prospérité nationale, et il viole, à l'é^nrd d'un nombre plus uu moins grand de particuliers, le droit de prupriété. La mémo chose aura lieu si le gouvernement prétend déterminer le modo de production, comme il arrive quand il crée des jurandes, des maîtrises, etc. ; les privilèges qu'il accorde h des compagnies, pour certains genres de production ou de commerce, sont encore une violation du droit de propriété, k moins qu'ils ne soient l'unique moyen d'ouvrir des communications toutes nouvelles avec des peuples éloignés ou barbares. Quant aux règlements relatifs au commerce des grains, ils sont presque toujours injustes ou dangereux, et souvent mémo ils sont l'un' et l'autre. Cependant, à d'autres égards, l'intervention des gouvernements, dans les procédés de l'industrie agricole, a souvent été favorable à ses progrès; tandis que la manie réglementaire a toujours été extrêmement nuisible à l'industrie et aux manufactures. Au reste, en fait d'administration, les grands maux, comme l'observe avec raison M. Say, ne viennent pas des exceptions qu'un croit devoir faire aux règles qu'on s'est prescrites ; ils viennent des fausses notions que l'on s'est faites de la nature des choses, et des fausses mesures que l'on croit devoir prendre en oooséquence. Tels sont les principaux résultats que nous avons tirés du premier livre de ce traité. Nous n'avons pu en citer aucun passage un peu étendu ; mais nous dous servons, la plupart du