‹ MélangesChapitre 185 sur 269 · XXXIII. SAY. - TRAITÉ D'ÉCONOMIE POLITIQUE · texte numérisé non relu

XXXIII. SAY. - TRAITÉ D'ÉCONOMIE POLITIQUE

temps, des expressions mêmes de Fauteur. Nous négligeons à regret les indications que nous aurions pu donner encore sur la solution de plusieurs questions accessoires à Tobjet principal que nous avons eu en vue dans cette partie de notre extrait, et qui auraient confirmé d'une manière plus satisfaisante la doctrine que nous avons exposée. Mais, entre ces questions accessoires, nous choisirons celle qui concerne les colonies, parce qu'elle est une des plus importantes, et qu'elle occupe aujourd'hui plus spécialement les esprits.

Dans le système colonial des modernes, fort différent de celui des anciens peuples commerçants, la métropole, pour assurer aux produits de son sol et de son industrie les débouchés que procure la consommation de la colonie, lui interdit ordinairement la faculté de se procurer ailleurs que chez elle les marchandises étrangères dont elle peut avoir besoin. Par là elle donne à ses négociants le privilège de vendre aux colons leurs marchandises plus cher qu'elles ne valent ; c'est donc un bénéfice fait par quelques sujets de la métropole aux dépens des colons, qui sont aussi ses sujets ; par conséquent, la perte détruit le gain, et cette gêne ne fait qu'occasionner des frais de douane et d'administration, qui augmentent les charges de la nation.

D'un autre côté, les colons ne peuvent vendre leurs produits qu'aux marchands de la mère-patrie, lesquels, n'ayant par ce moyen aucune concurrence à craindre, obtiennent un nouveau surcroît de bénéfice aux dépens des colons. La perte faite d*une part détruit donc encore ici (au moins par rapport à la richesse nationale) le gain fait de l'autre. Si les colons se dédommagent de quelque autre manière, ces dédommagements sont des malheurs pour la classe des esclaves, que l'on surcharge de travaux qui excèdent leurs forces, ou des malheurs pour les habitants de la métropole.

En effet, on oblige ceux-ci (car tout ce système ne marche qu'escorté d'entraves et de privilèges) à se pourvoir de denrées coloniales uniquement dans leurs colonies; et, tandis que le

WO HÉLANC.ES DE EEV FRANÇOIS THLUOT.

colon DB peut vciidrii eus mémos detii'étis qu'aux uvgodaaU de sou pays, eo Europe, ceux-ci ont le droit de les revendre k toutes les nations, notamment k celles qui n'ont jioiut do colouics; do sorte que le colon ne jouit pus de la concurrence des nclieteurs, et que cependant le consommateur de la métropole est victime de celte concurrence. Il supporte, parce moyen, deux sortes de pertes. Tune provenant de frais inutiles de production des denrées coloniales, puisqu'il serait possible de les obtenir autremeut a bien meilleur marché ; l'autre provenant du gain que font à ses dépens, et sans accroître en rien la richesse nationale, les plauteurs des colonies, et les négociants qui trafiquent des denrées coloniales. Est-ce donc la peine d'envoyer nos citoyens se dégrader dans des climats lointains et meurtriciTi'.' t'.ar, toutes les sortes de rapports qui existent entre un maître et un esclave dégradent également l'un et l'autre. Eiit^ce la peine de se mettre dans le cas d'avoir à souleuîr ou k entreprendre, h peu prts tous les dix ans, des guerres longues et cruelles, qui coûtent à la patrie des trésors immenses et le sang de ses enfants ? L'humanité, la religion et le hun son» réprouvent égalemcnl ce genre de spéculation, et, s'il y a au monde une vérité démontrée, c'est qu'il n'est pas moins funeste à l'intérêt national, que contraire aux notions les plus communes de la justice et de la morale, soit publique, soit privée.

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