DEUXIÈME ARTICLE
Jusqu'ici nous avons vu comment se forment les richesses de la société ; examinons maintenant comment elles se distribuent entre les individus.
Ceux qui disposent de l'une de ces trois sources de la production, industrie, capitaux et terres, sont marchands de Ja denrée qu'on peut appeler services productifs; les consommateurs des produits sont les acheteurs de -ces services, dont la
valeur, comme celle de toute autre chose, s'élève en raison directe de la demande, et inverse de l'offre.
Chaque produit, achevé, acquitte par sa valeur la totalité des services qui ont concouru à sa création : et il n'est pas même nécessaire qu'un produit soit achevé pour que plusieurs de ceux qui concourent à sa production aient pu retirer l'équivalent de la portion de valeur qu'ils y ont ajoutée; souvent même ils l'ont consommée longtemps avant que le produit soit parvenu à son terme. Or la portion de la valeur produite que retire ainsi le propriétaire foncier, par exemple, s'appelle />r(îyî/5 du fonds de terre, et l'on voit par là même ce qu'il faut entendre par les expressions profits du capital, profits de rindustrie.
Ainsi ces profits sont la part que chacun obtient dans les richesses produites, et cette part est ce qui compose le revenu de chaque individu. Les uns le reçoivent par parcelles et le consomment à mesure; c'est le plus grand nombre. Les autres le reçoivent par parties plus ou moins considérables, et à des époques plus ou moins rapprochées : ceux-là peuvent l'augmenter, s'ils en économisent une partie pour l'employer d'une manière productive. Mais il ne faut pas oublier que, dans tous les cas, bien que la monnaie serve à faire circuler d'une main dans l'autre les valeurs produites, elle ne fait point elle-même partie du revenu de la société^ ou de la somme des revenus annuels de tous les particuliers, puisqu'elle existait dans le pays, plus ou moins longtemps avant les valeurs qui sont produites d'année en année. Le revenu d'un particulier ou d'une nation n'est ^donc point l'argent qu'ils reçoivent en échange des produits créés par l'industrie, par les capitaux et par les terres; mais il consiste dans ces produits eux-mêmes, ou dans leur valeur qui est susceptible de se mettre, par la voie des échanges, sous la forme d'un sac d'écus, comme sous toute autre forme; en un mot, ce qui constitue le revenu, c'est d'être le résultat, le produit d'un fonds de terre, d'un capital, ou d*un travail industriel. Considérons les espèces de revenus qui proviennent de ces différentes sources.