‹ MélangesChapitre 188 sur 269 · XXXIII. SAY. — TRAITÉ D'ÉCONOMIE POLITIQUE · texte numérisé non relu

XXXIII. SAY. — TRAITÉ D'ÉCONOMIE POLITIQUE

le reste, ont reconnu que la population des États se proportionne toujours à la somme de leurs produits, d^où il suit que rien ne peut accroître la population que ce qui favorise la production, et que rieû ne peut la diminuer, au moins d'une manière permanente, que ce qui attaque les sources de la production. Ainsi, les fléaux passagers, les guerres, les contagions, etc., sont plus affligeants pour l'humanité que funestes à la population des Ltats; au lieu qu^uçe administration vicieuse^ fondée sur un mauvais système de gouvernement, attaque la population dans son principe, en tarissant les sources de la production. Mais, à dire le vrai, ce n'est pas l'accroissement de la population qui est le but vers lequel on doit tendre avec le plus de constance et d'elTorts ; il importe assurément beaucoup plus de rendre les hommes heureux que d'en augmenter le nombre.

Une cause qui influe nécessairement de la manière la plus directe sur la production et Ja distribution des richesses, c'est l'emploi que nous en faisons, ou la consommation; c'est le dernier article sur lequel il nous reste à faire connaître la doctrine de notre excellent auteur^ et les conséquences importantes qu'il en tire.

Toute consommation peut-être regardée comme un échange, dans lequel le possesseur de la valeur consommée donne cette valeur même, et reçoit en retour une autre valeur, ou se procure une jouissance, ou satisfait un besoin. Si la valeur reçue est employée pour le service de l'industrie , il n'en résulte ni jouissance, ni satisfaction d'aucun besoin, mais elle pourra reparaître avec quelque accroissement; c'est cette consommation productive dont il a été question précédemment. Au contraire, la consommation improductive est celle qui procure quelque jouissance, qui satisfait quelque besoin, mais qui ne peut jamais servir à une production nouvelle (1). C'est uniquement cette

(1) Il ne faut pas s'imaginer que ce qui n*entrame point de perte de numéraire ne soit pas une perte de richesses; car ce n'est jamais la monnaie ellemême que nous consommons, c*est la valeur que nous nous sommes procurée par son moyen.

eapbce de coDsommation dont aonspariont ici, et aa sujet de laquelle on peut établir d'almrd ce principe évident : toute couBommation étant une perte, et toute production on gùn; on gagne également, aoit que l'on coQacMune moins « soit qu'on plrodoise davantage.

:- -Mais le but et la cause de la production étant la satisbetion des besoins de l'homme, la consommation improdacUTo est pourtant nécessaire ; seulement, elle sera bjen ou mal entendUie, selon qu'un jugement sain ou faux présidera à la comparaison que l'on fait de la perte qu'elle occasionne avec la satisfaction qui peut en résulter. Or cette consommation bien ou mal entmtdue est, après la production réelle des richesses, 'ce qui influe le plus puissamment sur la destinée des nations. Sous ce rapport, on peut comprendre parmi les consommations bs mieux entendues: l'celles qui satisfont des besoins réels, c'eet-k-dire des besoins d'où dépend notre existence, notre santé, et, en général, ce contentement simple et calme qui est néceaaaîre fc l'existence facile et au parfait équilibre de toutes nos facultés; f les consonunations qui sont lentes ^nt6t que rapides, et qui s'attachent de préférence aux produits de la meilleure qualité ; 3" celles qui so font en rommuu ; 4' enfin, et par des motifs d'un autre ordre, les consommations bien entendues sont celles qu'avoue la saine morale, car celles qui l'outragent ne peuvent qu'avoir des conséquences funestes pour les nations, aussi bien que pour les particuliers.

Il nuit de là que le luxe, qui est, en général, une consommation stérile consacrée à des jouissances d'opinion, de vanité, de pure sensualité, etc., est, par sa nature, le fléau le plus nuisible à la prospérité publique. Vainement des hommes de génie s'en sont faits les apologistes ; Voltaire et Montesquieu, par la manière dont ils ont traité celte question, n'ont fait que prouver que ses véritables éléments ne leur étaient pas connus. Le riche qui dépense tout son revenu à faire travailler des brodeurs, des cuisiniers, des bijoutiers, etc., ne contribue pas d'un sou à l'accroissement de la richesse nationale. Seulement, s'il y a

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