‹ MélangesChapitre 189 sur 269 · XXXIII. SAY. — TRAITÉ D'ÉCONOMIE POLITIQUE · texte numérisé non relu

XXXIII. SAY. — TRAITÉ D'ÉCONOMIE POLITIQUE

beaucoup de riches qui aient cette fantaisie, on verra se faire brodeurs, cuisiniers, etc., un nombre d'hommes qui, sans cette circonstance, auraient élé laboureurs, charrons, etc., c'est-à-dire voués à des professions d'une utilité plus générale, plus constante, et par conséquent dans lesquelles on est toujours plus assuré de trouver de quoi vivre. Car le luxe ne manque guère de ruiner ceux qui s'y laissent imprudemment séduire, et c'est à peu près l'unique avantage qu'on puisse lui trouver ; encore cet avantage-là même a-t-il trop de graves inconvénients pour qu'on puisse y voir une compensation des maux de toute espèce dont le luxe est la cause. En vérité, on est un peu honteux de s'arrêter à prouver des choses si évidentes par elles-mêmes, comme s'il était bien difficile de comprendre que détruire n'est pas produire. ConcIuonsi,donc que, pour ce qui concerne les consommations privées, loin qu'on doive regarder comme le citoyen le plus utile celui qui consomme ou qui dépense le plus, c'est, au contraire, celui qui suit avec le plus de constance la ligne tracée par la sagesse entre l'excès de la prodigalité et l'excès de l'avarice^ qui, donnant aux convenances de son rang ou de sa situation ce qu'il serait ridicule ou déraisonnable de leur refuser, n'oublie jamais que l'économie est la véritable source de l'aisance ou de la richesse, et qu'elle est une vertu qui, comme toutes les autres, exige que l'on ait en général beaucoup de force et d'empire sur soi-même.

Mais, si cette vérité est incontestable, si elle doit servir de règle à la conduite des particuliers, combien n'est-il pas à désirer que les dépositaires de la fortune publique ne s'en écartent que le moins possible ! En effet, dans tout pays le gouvernement est, sans aucune comparaison, le plus grand consommateur, et il ne saurait être rangé dans la classe des consommateurs industrieux, c'est-à-dire reproduisant leurs dépenses avec profit. Il ne vit que de revenus, et le fonds qui les lui procure, c'est son autorité, c'est le pouvoir en vertu duquel il lève des impôts sur la fortune des particuliers. Du reste, sa consommation est toujours définitive, c'est une valeur perdue sans retour

[lour oolui qui l'a fournie, c'est-à-dire potir le fontrîbuable ; MMiloment, il faut regarder comme une compensation l'avantagit ijuc celui-ci retire de la consommation qui se fait pour l'utilité générale. Si donc les dépenses publiques alfeclenl la somme des richesses précisément de la mémo manière que le font les dépenses privées, les mêmes principes d'économie doivent présider aux unes et aux autres, et il ne peut pas plus y avoir deux sortes d'économie qu'il n'y a deux sortes de probité, deux sortes de morale, deux sortes de raison. Par conséquent, enfin, toute l'habileté, tout le mérite de l'administration consistera à comparer sans cesse, et avec un jugement éclairé, l'étendue des sacrifices qu'elle exige des peuples avec l'avantage qui leur en revient, et tout sacrifice exagéré en comparaison de cet avantage ne peut être de sa part qu'une erreur ou un crime.

Les dépenses relatives <l l'administration civile et judiciaire, au culte, à la force armée, soit de terre, soit de mer, à l'instruction publique, aux établissements de bienfaisance, aux édifices et constructions de divers genres, comme sont celles que nécessitent les canaux, les ports de mer, grandes routes, ponts, etc., composent les consommations publiques. Une nation consomme une quantité trés-coDsidérable de ces produits, que M. Say appelle immatériels, c'est-à-dire qui sont aussitôt détruits qu'ils sont créés, ou, si l'on veut, des services rendus par tes fonctionnaires publics de toute espî^ce, administrateurs, magistrats, prêtres, chefs militaires, etc., etc. Nous n'entrerons dans aucun détail sur ces divers objets, quelque intéressants qu'ils soient d'ailleurs, et nous terminerons cet exposé, déjà bien long peut-être, par quelques considérations sur le fond qui fournit en grande partie et même en presquetotalité à ces consommations, c'est-à-dire sur l'impdt.

li'i'm/j^r ne consiste pas dans la substance matérielle fournie parle contribuable, mais dans la Valeur de cette substance; et il est facile de voir que, puisque toute consommation improductive est défavorable à la reproduction, la levée des impôts ne saurait que lui être nuisible. On peut regarder comme les

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