XXXIII. SAY. — TRAITÉ D'ÉCONOMIE POLITIQUE
moins dommageables à la richesse d'une nation : l"" les impôts les plus modérés quant à leur quotité ; 2' ceux qui entraînent le moins de ces charges qui pèsent sur le contribuable, sans profiter au trésor public ; 3" ceux dont le fardeau est réparti le plus équitablement entre les contribuables ; 4* enfin les impôts qui sont le moins contraires à la morale, c'est-à-dire aux habitudes utiles à la société.
En général, on ne doit jamais perdre de vue que Timpôt est un sacrifice ; que les valeurs qu'il coûte sont irrévocablement perdues pour la richesse publique, comme pour celle des particuliers. Il ne faut pas que personne soit assez aveugle pour croire que des frais quelconques sont une augmentation de fortune, qu'enfin, pour les sociétés politiques, comme pour les sociétés commerciales, une régie dispendieuse ne soit pas ruineuse, et que l'administration la plus économique ne soit pas la meilleure de beaucoup. Au reste, c'est là une vérité que le bon sens du peuple a aperçue longtemps avant qu'elle fût claire pour les plus grands politiques.
Il en est de même de la dette publique^ regardée de tout temps comme un mal réel par les gens simples, qui savaient que l'on s'appauvrit toujours en dépensant plus que son revenu, tandis que de nos jours des hommes fort instruits et de beaucoup d'esprit ont cru et ont écrit que les emprunts du gouvernement sont une cause de prospérité, et que la dette publique est une nouvelle richesse créée au sein de la société.
Cependant, puisqu'il est bien démontré, en premier lieu, que les dépenses ordinaires du gouvernement n'ajoutent rien à la masse totale des valeurs en circulation, et ne font qu'en changer le cours d'une manière désavantageuse ; secondement, qu'elles n'ajoutent rien à la somme des richesses antérieurement produites, sur lesquelles elles sont prélevées, nous devons en conclure que les dépenses extraordinaires, étant de même nature que les autres, sont également incapables de produire aucun de ces bons effets.
Les emprunts publics, outre les conséquences morales et
politiques, toutes plus ou moins funestes, qu'ils eotraînenl toujours, et qui ne sont pas de notre sujet, ont l'inconvéïiienl d'obliger, tAt ou tard, le gouvernement à mettre de nouveaux impôts, et posent sur les générations à venir. Les fonds qu'il se procure par celte voie finissent donc toujours par être arraehûs violemment aux citoyens, et, ce qu'il y a de plus triste, à des ciloyeus qui ne sont point obligés de remplir un pareil engagement, puisqu'ils ne l'ont contracté ni par eux-mômes, ni par iuurs représentants légitimes et avoués. En sorte qu'il serait peut-^tro juste et convenable de déterminer jusqu'à quel point les actes d'un pouvoir législatif quelconque doivent lier ses successeurs, quand il s'agît des engagements qu'il pourrait prendre avec des prêteurs. Mais cette question, tenant moins directement k l'économie politique, n'est point de celles que M. Say a examinées, et nous imiterons sa réserve sur cet article.
Le lecteur est maintenant ù même de juger, par le nombre et l'importance des vérités que nous avons mises sous ses yeux, combien il peut lui être utile d'en suivre le développement dans l'ouvrage même d'où elles sont tirées. Il les y trouvera exposées avec autant de clarté que de méthode, appuyées d'une foule d'exemples aussi curieux qu'instructifs, et il pourra reconnattre qu'elles sont fondées sur l'exacte observation de ce qui se passe incessamment autour de nous.
Ces vérités néanmoins sont et seront peut-être encore longtemps combattues et repoussées, précisément parce qu'elles sont ytiles et favorables à la trfes-grande majorité des citoyens. Tel est l'effet naturel et nécessaire de cette lutte opiniâtre qui a de tout temps existé entre l'intérêt factice et mal entendu d'un petit nombre d'hommes, et l'intérêt réel de la société entière, dont, avec plus de lumière et de droiture dans les intentions, ils verraient que le.leur ne peut jamais être séparé. Cependant le monde moral et intellectuel a, comme le monde physique, des lois auxquelles il est invinciblement soumis ; et le seul emploi raisonnable que l'homme puisse faire de ses facultés, c'est de