III. CORAY. — POLY^N
récrivain et quelles sont les véritables expressions dont il Ta revêtue : ne faut-il pas qu'il ait une connaissance approfondie de la langue de cet écrivain, de son style en particulier, de Tétat des mœurs, des usages, des monuments, des opinions, àFépoque où florissait Fauteur sur lequel il travaille, et pour cela ne faudra-t-il pas qu'il ait lu avec soin et médité tous les autres écrivains qui ont traité des mêmes objets? En un mot, n'est-il pas évident qu'un critique tel que nous le supposons ici doit avoir lu soigneusement et avec ordre tous les bons écrivains, soit anciens soit modernes, dans tous les genres, et même un assez grand nombre de ceux qui méritent moins d'estime et qui promettent moins d'agrément ou d'instruction?
Mais que serait cette première et indispensable étude sans le jugement qui met en ordre tous les matériaux acquis, au moyen duquel on coordonne ses connaissances , on généralise ses idées; sans la sagacité, qui n'est souvent qu'un instind; rapide, qui dévoile, ou même qui révèle à celui qui en est doué les plus heureuses applications qu'il peut faire des plus vastes et des plus rares connaissances? Quelques éditeurs font un ambitieux étalage de tous les manuscrits qu'ils ont comparés avec le texte de leur auteur, et, à l'aide de ce vain charlatanisme, éblouissent les yeux du public et même de plusieurs hommes instruits qui n'ont pas réfléchi sur cette matière; mais il est aisé de comprendre que ces collations de manuscrits, qui seront sans doute toujours fort utiles à ceux qui sauront en faire un usage convenable, ne sont pourtant que la très-petite partie du mérite d'une édition; et que, lorsque celui qui s en occupe n*est pas en état de fonder son travail sur la base d'une doctrine solide et profonde, et n'y joint pas le précieux avantage d'un jugement sain et mûri par la méditation, les manuscrits mêmes ne servent souvent qu't^ l'égarer et ne peuvent que multiplier pour lui les chances d'erreur.
J'ai cru pouvoir me permettre ces observations, parce qu'elles ont pour but de combattre les préventions injustes que des gens même de beaucoup d'esprit montrent quelquefois contre les
érudils et contre rérudition, et aussi parce qu'elles tendent à faire apprécier les travaux de ce genre avec plus de justesse et de justice qu'on ne le fait dans la plupart des écrits périodiques où Ton en rend compte. Je sais bien qu'en fait de sciences et d'érudition, les journaux sont communément aussi indulgents qu'ils sont sévères dans leurs jugements sur les ouvrages de littérature et de philosophie spéculative; mais, si l'on croit que r indulgence excessive pour des ouvrages médiocres ou tout à fait mauvais, surtout quand ils sont destinés à l'instruction publique, n'a point d'inconvénient, on se trompe beaucoup ; elle décourage des écrivains qui seraient capables de mieux faire, et elle égare ceux qui prennent pour guides les mauvais ouvrages sur lesquels on les a trompés.
nAOTTAPXOr BlOl IIAPAAAIIAOI, etc. Us Vies parallèles des hommes il/usfres de Pli:tarque, avec des remarques. — Tome II. — Paris, 1810, do Timprimerie d'Eberhart. Un volume in-8' de plus de 800 pages. {Mercure de France, août 1810, t. XLIII, p. 274.)
En annonçant dans le Meixtire de France (1) le premier volume de cette nouvelle édition des Vies de Plntaroue, nous avons fait connaître dans quel esprit et dans quel but ce travail avait été entrepris par M. Coray ; nous avons dit qu'il s'était voué à cette tâche pénible dans la vue de seconder le zèle do MM. Zosima, riches négociants grecs, qui consacrent des sommes considérables à l'impression des ouvrages les plus propres à ranimer dans leur patrie le goût des lettres et des sciences (2), et que
(1) Voyez le n^ H7 du 15 juillet 1809.
(2) M. Michel Zosima, qui correspondait plus particulièrement avec Tédi* teur, est mort à Livourne le 1<^' juillet de Tannée dernière, virement regrette dt