‹ MélangesChapitre 192 sur 269 · XXXIV. LAROMIGUIÈRE. — PARADOXES · texte numérisé non relu

XXXIV. LAROMIGUIÈRE. — PARADOXES

M. Laromiguiëre ne s'en est paà laissé imposer par la défaveur dont on a cherché à flétrir, dans ces derniers temps, un écrivain dont les ouvrages ont été incontestablement fort utiles aux progrès de la raison et de la philosophie dans notre patrie. Il oppose (et certes il en a acquis le droit) son jugement et son suffrage à des préventions qui lui semblent injustes. Il choisit, dans le dernier ouvrage auquel ait travaillé Condillac {la Langue des Calculs^ publiée après sa mort), les propositions de sa doctrine logique qui ont le plus excité de surprise, ou, si Ton veut, de scandale : il les appuie d'observations pleines de justesse, de réflexions pleines d'intérêt, et, à Taide d'une dialectique ingénieuse et toujours claire, quoique fine, ou même quelquefois un peu subtile, il entreprend de prouver, ou du moins il expose les raisons qui le portent à croire qu'en effet, comme l'a avancé Condillac, dans toute question susceptible d'être résolue par le raisonnement, Tinconnu est dans le connu, et qu'il est la même chose que ce connu; qu'une science ne peut parvenir à un certain degré de perfection qu'autant que la langue de cette science est bien faite, c'est-à-dire qu'autant que les mots qu'elle emploie ont tous des acceptions bien déterminées^ et portent, dans leur composition ou dans leur application, l'empreinte de l'analogie qui rapproche et lie les idées ou les faits qu'ils àont destinés à exprimer. Cependant M. Laromiguière ne veut pas qu'on le suppose partisan aveugle et exclusif de ces principes peut-être un peu trop absolus : « Il ne faudrait pas ici trop donner aux apparences, » dit-il, « et croire ma conviction toujours égale à l'assurance de mon discours. Souvent ma plume affirme, quand mon esprit est en suspens : et, si quelquefois l'expression de Condillac me parait un peu forcée et aller au-delà du vrai, alors je force encore cette expression, afin de rendre le paradoxe plus saillant, et l'erreur plus facile à renverser, si ce paradoxe renferme une erreur. On prouvera peut-être que Topinion que j'embrasse, ou plutôt que j'expose, n'est qu'un tissu de sophismes; peut-être, au contraire, prouvera-t-on que la philosophie n'a rien enseigné

déplus vrai : quoi qu'il arrive, mon objet est rempli, puunu qu'on prouve, »

Nous avouerons, à noire tour, sans prétendre />ro»rcr que lo8 propositions avancées par l'auteur soient do purs sophisraes, qu'elles laissent encore dans l'esprit quelque incertitude. Il nous semble que, malgré l'art avec lequel il a défendu l'expression d'identité partielle, adoplée par Condillac, et quoiqu'on puisse l'admettre avec le sens qu'il lui donne, comme un pur langage de convention, la nécessité ou même l'utilité d'une pareille phraséologie n'est pas entièrement démontrée. Mais, ce qui nous parait incontestable, c'est que ce petit ouvrage de l'écrivain distingué h qui nous devons les Leçons de P/ii/osop/iie {voy. Bev. Eric, t. XIV, p. 44} sera In avec autant de profit que de plaisir par tous ceux qui ont le goùl de ce genio de recherches; qu'ils y trouveront, comme dans l'ouvrage plus considérable que nous venons de citer, le modèle d'une perfection remarquable dans l'art d'écrire sur de pareilles matières ; des vues à la fois ingénieuses et profondes, toujours présentées avec cet intérêt qui soutient l'attention sans la fatî* guer, et avec telle clarté et celle facilité d'élocution qu'on a trop souvent sujet de désirer dans les écrits qui ont été publiés dans ces derniers temps sur tes questions philosophiques.

Fragments philosophiques, par Victor Cousut (1). {Revue encyclopédique, août 1826, t. XXXI, p. 327.)

Il n'y a guëre de nouveau dans ce volume que la préface de KO pages dans laquelle l'auteur expose rapidement l' ensemble

(1) Pftria, 1B26; Santelet et C', libraireB, place de la Bonne, 1 lol. iit-S*; prix : 7 tt. SB.

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