‹ MélangesChapitre 193 sur 269 · XXXV, COUSIN. — FRAGMENTS PHILOSOPHIQUES · texte numérisé non relu

XXXV, COUSIN. — FRAGMENTS PHILOSOPHIQUES

des vues et des idées qui lui semblent pouvoir, jusqu'à un certain point, servir de lien aux divers morceaux dont se compose le recueil ; ce sont, au reste, pour la plupart, des articles insérés, depuis une dizaine d'années, soit dans le Journal des savants^ soit dans les Archives philosophiques. Nous nous bornerons donc à l'examen du dernier écrit de M. Cousin, comme contenant, non pas la doctrine philosophique dont il est actuellement en possession, mais la partie qu'il veut bien nous en communiquer, pour nous aider à comprendre les fragments qu'il ptiblie. A la vérité, il n'y expose, ainsi qu'il en avertit lui-même, que le système qui fit le fond de son enseignement, en 1818, et du progrès de ses recherches, depuis 1815, où il fut nommé maître de conférences à l'École normale, et professeur suppléant à la Faculté des Lettres de Paris, jusqu'en 1819 et 1820; car ce système, nous dit-il, a pris depuis lors, dans son esprit et dans ses travaux, une importance dont il lui est impossible de donner, quant à présent, la moindre idée, et dont ses amis seuls peuvent comprendre entièrement la portée (1).

Gomme on voit, M. Cousin se croit, non-seulement autorisé, mais appelé à parler de lui-même dans cette préface, et il déclare qu'il le fera, satis aucune de ces précautions de modestie qui ne valent pas la simplicité et la droiture de l'intention. Nous ne blâmons point cette noble confiance qu'un auteur puise dans le sentiment ou dans l'opinion qu'il a de sa force ; mais on nous permettra sans doute aussi de croire qu'on peut être modeste, et avoir cependant des intentions droites et pures. Peut-être même qu'en réfléchissant sur la tendance constante et, pour ainsi dire, inévitable qui porte chacun de nous à s'exagérer le mérite et l'importance de ses travaux, on pourrait devenir modeste par système et par amour pour la vérité, ou du moins regarder, à certains égards, une extrême défiance de soi-même comme un moyen de succès dans les recherches de ce genre. Au reste, nous ne nierons point qu'une manière

(1) [Voir la note à la fin du volume.]

d'être tout opposée ae puisse coDtribuer benucoup à l'éclat et à la l'élébrité d'un cours public ; et chacun sait quelle réputatioD M. Cousin s'est acquise, comme professeur. Une élocutioa brillante et facile, un débit imposant et animé, une imaginatioa forte, des pensées élevées, des sentiments généreux, Taccent d'une conviction sinci^re et profonde : telles sont les qualités que ses auditeurs so sont plu à reconnaître en lui ; or on conçoit facilement que l'homme qui. jeune encore, se présentait avec tant d'avantages réels, devait obtenir un immense succès auprès d'une jeunesse avide de connaissances, cl naturellemeat enthousiaste pour tout ce qui porte un caractère de grandeur et de nouveauté. Nous ne sommes donc point surpris de la réputation ilouL il jouit; nous venons d'en indiquer les causes, et toutes sont honorables pour lui.

Mais sa doctrine philosophique obtiendra-t-elle par ses écrits, près du pubhc éclairé et des vrais appréciateurs du mérite en ce genre, la même vogue qu'ont eue ses leçons parmi lesjounea gens qui les fréquentaient? C'est une quostioa que nous ne prétendons nullement décider ; nous exposerons seulement avec franchise l'impression que nous avons reçue de la lecture de son recueil, et particulièrement de la préface qui est en tète du volume.

Premièrement donc, nous savons gré k M. Cousin de l'idée qu'il a eue de nous donner, eu quelque sorte, l'histoire de ses pensées et de ses progrès, depuis le moment où, sortant à peine lui-même des écoles, il fut appelé à professer la philosophie. Ce fait nous explique assez bien comment, avec les talents naturels et assurément fort distingués dont il est doué, il a joué précisément le rôle que nous lui avons vu jouer, et fourni la carrière que nous lui avons vu parcourir avec éclat. Il s'y présenta, nous dit-il (1), avec la ferme résolution de réformer les doctrines qu'il croyait universellement admises en France ; il ne savait pas bien encore quel autre système il devait y sub-

(1) [Voir ta note & la Qn du volome.;

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