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XXXV. COUSIN. — FRAGMENTS PHILOSOPHIQUES

lisme, n*est mentionnée par lui qu'avec un ton de dédain et même de dénigrement tout-à-fait injuste; car il doit savoir, mieux que personne, que ces deux écrivains n'ont composé ni des traités de gastronomie, ni des romans licencieux.

En général, M. Cousin nous a paru, dans cette préface, un peu trop orateur, et peut-être pas assez philosophe. Il a Tart de présenter les choses anciennes comme nouvelles, et des opinions assez communes comme des découvertes fort importantes. Nous sommes loin de vouloir, par cette observation, inculper sa bonne foi; mais nous croyons qu'il s'est fait illusion à lui-même par la nouveauté, et, s'il faut le dire aussi, par la bizarrerie de la langue philosophique qu'il s'est faite. Ainsi, il se présente, dans le début de son enseignement, comme cherchant la méthode la plus convenable à la réforme qu'il se propose d'établir, et à l'instruction de ses auditeurs, et il ajoute d'un ton solennel que celle à laquelle il s'arrêta fut celle « qui était dans l'esprit du temps, étudié sérieusement et volontairement accepté, dans les habitudes nationales et dans ses propres habitudes (1) », c'est-à-dire la méthode de l'expérience et de l'observation. Or Bacon, Locke, Condillac n'ont ni employé, ni recommandé d'autre méthode que celle-là. Platon, Aristote et tous les philosophes anciens et modernes, dans toutes les questions qu'ils ont traitées avec succès, n'ont pas même pu en employer d'autre; car c'est la seule qui puisse conduire à quelque résultat satisfaisant, dans les sciences naturelles, ou dans la connaissance des faits de la nature, soit physique, soit intellectuelle.

Mais cette méthode, qu'il appelle méthode psychologique, puis méthode philosophique, et qu'il nous dit être aussi la méthode qui préside encore à tous ses travaux, ne regrettera-t-on pas que M. Cousin ne nous donne qu'un seul exemple de l'emploi qu'il en a fait, et surtout que cet exemple soit, il faut l'avouer, très-peu satisfaisant ou très-peu concluant? C'est

(1) [P. iij.]

BM MÉLANGES DE FEU FHAKÇOIS THURÙT.

dans ce qu'il appelle tanalyse cumpléte de la raison : il reproche à Kant rl'en avoir abai&sé les lois k n'être plus ^ue des lois relatÎTeH k la condition humaiac ; il se félicite d'avoir démontré que les lois de la raison humaine ne sont rien moins que celles de ia raison eit elle-même, et voici comment il décrit lo procédé qni l'aconduit h cette démonstration (p.xxij) : " Plus que jamais fidèle & la méthode psychologique, » dtt-il, » au lieu de sortir de l'observution, je m'y enfouirai davantage, et c'est par l'observation que dans l'intimité de lu conscience, et à un degré où Kanl n'ETsitpas pénétré, sous la relativité et la subjectivité apparente des principes nécessaires, j'atteignis et démêlai le fait iostautaoé, mais réel, do l'aperception spontanée de la vérité, apereaption^iit, ne se réfléchissant poiatimmédiatementeUe-mème, pane inaperçue daits les profondeurs de la conscience, mais y est la base véritable de ce qui, plus tard, sous une forme logique et entre les mains de la réQoxiun, devient une conception nécessaira, etc. »

Nous avouerons en toute humilité notre entière impuôsseace à oompreudre ce que c'est qu'une aperception qui passe inaperçue, et, si c'est par an parûl procédé d't^wervation que M. Cousin est parvenu à contempler sans nuages cette sphère àes idées que Platon, dit-il (1), avait entrevue, il ue nous est pas plus possible de lo suivre dans les hautes régions où il s'élève que dans les profondeurs où il s'enfonce.

Nous n'entreprendrons donc point de donner une idée delà suite de reusonnements, et de déductions purement verbales, ou logiques, suivant nous, sur laquelle il fonde une solution nouvelle en apparence du fameux problème de l'union des deux substances, et nous croyons d'autant plus inutile de nous y arrêter, que M. Cousin déclare lui-même, comme nous l'avons déjà fait observer, que la doctrine qu'il expose dans cette préface n'est qu'un essai de sa jeunesse, et qu'aujourd'hui apparemment il est entré dans un système d'idées ou de pensées

(1) [P. XXUI]

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