‹ MélangesChapitre 196 sur 269 · XXXV, COUSIN. — FRAGMENTS PHILOSOPHIQUES · texte numérisé non relu

XXXV, COUSIN. — FRAGMENTS PHILOSOPHIQUES

tout différent sur le même sujet. Nous espérons même que, quand il croira devoir ou pouvoir nous communiquer les nouvelles découvertes dont ses travaux et ses méditations, depuis 1819, Tout mis en possession, nous y trouverons des notions plus satisfaisantes et un langage plus clair que celui dont il se sert dans cette préface, lorsqu'il dit, par exemple, en parlant de Dieu (p. xl) : « Dans tout et partout, il revient en quelque sorte à lui-même dans la conscience de Thomme, dont il constitue indirectement le mécanisme et la triplicité phénoménale par le reflet de son propre mouvement et de la triplicité substantielle dont il est Tidentité absolue (1). » Ou lorsqu'il ajoute (p. xliij), en parlant de la raison, qu'elle est « le médiateur nécessaire entre Dieu et l'homme, ce Xoyoç de Pythagore et de Platon, ce verbe fait chair qui sert d'interprète à Dieu et de précepteur à l'homme, homme à la fois et dieu tout ensemble, etc. » Ces expressions, si étrangement mystiques et figurées, nous semblent tout à fait propres à obscurcir les questions les plus importantes de la philosophie, et à produire chez ceux qui les adopteraient une sorte d'illuminisme entièrement opposé aux pures lumières de la raison et de la vérité.

En un mot, quoique nous ne prétendions rien rétracter des justes éloges que nous avons donnés aux talents et aux qualités estimables de M. Cousin, quoique nous reconnaissions, dans plusieurs parties des écrits qu'il vient de publier, une force de tète peu commune et une aptitude remarquable aux méditations abstraites, nous dirons avec la même franchise qu'il nous semble, au moins dans tout ce que nous connaissons de lui jusqu'à présent, s'être engagé dans une route qui ne peut guère le conduire à d'utiles découvertes.

n remarque avec raison que l'observation et l'expérience sont les seuls guides que l'on puisse suivre avec quelque sécurité dans l'étude de l'esprit humain ; mais on ne trouve dans ses écrits presque aucune observation importante qui lui soit propre,

(1) [Voir la note à la fin da volume.]

•t il parait m^me avoir trop dédaigné colles qui ont été faites avant lui. Il ne voit, dans les écrits de Locke, que la sensation et Ihré/lexion, c'est-à-dire les deux couceptioas générales auxquelles ce philosophe a voulu ramener l'ensemble de ses travaux et de tes méditations ; el il prononce trop légèrement , à notre avis, que Kant a renversé enlifereraenl toute la philosophie d« Locke, parce que Kant a insisté plus particulièrement sur quelque! considérations qui n'avaient pourtant pas entièrement iehappé à la sagacité de ce grand homme. Il ne voit dans Condillac qae la leiuatioii tran^ormée, e'esfr-à-éin l'absi de moti par lequel eet écriTain a ptéieaAa ruMuer fc l'unité la Mnmw de £ûts qui constituent les famdtés de l'ontendemaal : et il ne s'aperQoit pas que c'est par un abos du mènegean qaH uiÎTe hù^ntaw k la prétendue unité de «nbvtanée qoj fut lé finid de son ^time (1).

Cet abus des termes généraux fat tonjours l'écneil ott vmrent échouer les auteurs des systtanea de Aéti^hTàque, el H . Cousin ne noqs parait pas aroir mieux réussi qo« ses devanciers à l'éviter. Yainemuit il dBrme (f), en parlanl de 1* adotion qu'il donne du bmeuz problème qu'il entreprend de résoudre, que le temps ni la discussion ne font point encore ébranlée; nous lui ferons remarquer qu'un intervalle de sept ou huit ans, pendant lesquels son système n'a pu être connu que de lui et de quelques-uns de ses amis ou de ses disciples, et discuté par eux, n'autorise assurément pas la confiance implicite qu'il semble prendre dans le jugement qu'il en porte.

Nous ne pouvons donc mieux terminer ces observations qu'en rappelant à l'auteur des Fragments philosophiques, et à tous ceux qui s'occupent des mêmes sujets, ces paroles remarquables du sage Locke, dont les écrits seront encore longtemps utiles, non-seulement k consulter, mais à méditer avec soin : « Je tâche de me délivrer, autant que je puis, disait-il, de cei

(1) [Voir 1& note & la fin du Tolume.] (8) [Voir Ift noU à la On du Tolome.]

Page 1