‹ MélangesChapitre 197 sur 269 · XXXVI. TOUSSAINT. — DES SIGNES · texte numérisé non relu

XXXVI. TOUSSAINT. — DES SIGNES

illusions que nous sommes sujets à nous faire à nous-mêmes, en prenant des mots pour des choses. Il ne nous sert de rien de faire semblant de savoir ce que nous ne savons pas, en prononçant de certains sons qui ne signifient rien de distinct et de positif. C'est battre Fair inutilement, car des mots faits à plaisir ne changent point la nature des choses, et ne peuvent devenir intelligibles qu'autant que ce sont des signes de quelque chose do positif, et qu'ils expriment des idées distinctes et déterminées ». — {De l'Entendem. hum., liv. II, c. xui, §18.)

De la nécessité des signes pour la formation des idées j et de divers sujets de philosophie morale, par N.-J.-B. Toussaint (1). {Revue encyclopédique, avril 1828, t. XXXVIII, p. 53.)

La question traitée dans cet ouvrage est une des plus importantes parmi celles dont s'occupe la philosophie de l'esprit humain. Dans les premières années qui suivirent la création de l'Institut national de France, la classe de ce corps savant qui devait spécialement s'occuper de l'étude et du perfectionnement des sciences morales et politiques proposa pour sujet de prix de déterminer t influence des signes sur la formation des idées (2). Deux mémoires attirèrent l'attention et méritèrent le suffrage de rinstitut : l'un, qui était de M. Degérando, fut couronné (3) ; l'autre, du savant et respectable M. Prévost, de Genève, fut mentionné honorablement. Mais, peu de temps après (4), Bonaparte crut devoir, dans l'intérêt de son autorité absolue,

(1) Stuttgart et Tabingen, 1827 ; i vol. in-S» de xiy-380 pages.

(2) [Cette question fut mise au concours par la seconde classe de l'Institut en Tan lY, et proposée de nouveau en Tan vi.]

(3) [En Tan vu (1799).]

(4) [Par décret du 3 pluviôse an xi (25 janvier 1808}.]

Bapprimer cotte classe de l'Iostitut, dont la créatioa avait été nconitue si utilo dans l'élut présent des lumières et des études en France. Un gouvernement qni, en se déclarant eonsliUitionnel, abjurait les principes de Tiolence et de despotiiine presque sauvage de rusurpateur, aurait dft peat-4tre s'unpresser de réparer ceUe faute de la précédente administratiaii; niaii les hommes qui t'occupent de spéculations morales et politiques ont pars presque suspects et dangereux aux agmla du pouvoir, depuis la restauration aussi bien que sons l'iunpire. Vainement quelques personnes ont tenté d'importer parmi nous le mysticisme et Villuminisme qui caraetérisMit, en grande partie, la philosoj^ie de nos voisins d'outr^-Rhin. La puissance occulte qui, sous prétexta de raffermir les idées morales, religieuses et monarchiques, s'est emparée d'nne inQuéneé très-active et très^tenduo, p'a g^ite« ét^ moiiki intolérante pour le kantinne, que Bonaparte né l'avait ébt pour l'idéologie.

Quoi qu'il en soit, l'auteur de l'écrit qne nous annoncMH ^partient évidenmient à eeUe école française, sur laqudle on s'est appliqué, dans ces derniers temps, k jeter beaucoup de défaveur; il ne se le dissimule pas, et parait compter sur un petit nombre d'approbateurs, ou même de juges impartiaux, ainsi qu'il le dit assez expressémeot dans son avant-propos. Toutefois on ue saurait s'empêcher de reconnaître qu'il y a de la sincérité dans ses recherches, de la tolérance dans ses sentiments, et dans tout son livre une counaissance assez étendue des sujets qu'il traite. Ce sont Ik, assurément, des titres à l'estime et à l'attention sérieuse de tout lecteur ami du vrai et avide de s'instruire.

M. Toussaint paratt avoir voulu ramener la philosophie de l'esprit humain à la méthode introduite par Locke, et adoptée, depuis ce philosophe, par Condillac et par plusieurs écrivains distingués en France et en Ecosse . Nous ne pouvons qu'applaudir à un pareil dessein, étant convaincus que la science de l'entendement, comme toutes les autres sciences naturelles, ne peut

Page 1