‹ MélangesChapitre 203 sur 269 · I. HERMÈS. — DISCOURS PRÉLIMINAIRE · texte numérisé non relu

I. HERMÈS. — DISCOURS PRÉLIMINAIRE

rapport fort éloigné, et qui, d'ailleurs, portaient sur une métaphysique fausse ou obscure et justement proscrite par les nouvelles lumières. Peut-être trouverez-vous même que j'aurais dû être moins timide encore que je ne Tai été à cet égard : du moins, j'ai tâché de ne laisser aucune erreur considérable, sans la signaler en quelque sorte, de manière que personne ne puisse y être trompé. L'érudition, trop dédaignée sans doute aujourd'hui, était bien aussi sujette à quelques abus, et Harris, qui en avait infiniment, m'a paru l'avoir prodiguée quelquefois assez inutilement. Un des plus grands inconvénients que j'y trouve, c'est le respect superstitieux qu'elle inspire pour les opinions des écrivains célèbres de l'antiquité : les autorités, dans les matières philosophiques et de raisonnement, peuvent être des motifs d'examiner, et jamais des raisons de croire.

La première édition de YHei^mès parut en 1752, et, bien qu'il y en ait eu trois autres au moins depuis, l'auteur ne changea et n'ajouta rien à son livre. Cependant il a paru en France dans le môme temps, et à des époques plus récentes, quelques ouvrages importants sur la même matière; et, pour ne parler que des écrivains dont personne ne conteste le mérite et les talents, puisqu'ils sont morts, Dumarsais, Duclos, Court de Gébelin et Condillac ont présenté sur les diverses parties de la grammaire des vues neuves et profondes : j'ai pensé que mon travail deviendrait encore plus utile, si j'y ajoutais ce que ces philosophes ont écrit de plus intéressant et de plus propre à accélérer les progrès de la science. Tel est l'objet des remarques que j'ai ajoutées à la fin de plusieurs chapitres; j'y ai exposé sommairement les théories nouvelles qui se trouvent dans des ouvrages plus modernes, et j'ai tâché que ces remarques fussent en quelque sorte le complément de l'ouvrage anglais.

Enfin, j'ai pensé que peut-être les lecteurs ne verraient pas sans une sorte d'intérêt le tableau des progrès de la science grammaticale depuis le siècle d'Alexandre jusqu'à nos jours, et j'ai essayé d'en tracer rapidement l'histoire dans le discours préliminaire qui précède ma traduction. Il m'a semblé qu'un pareil essai pouvait naturellement servir d'introduction à la lecture d'un des plus savants ouvrages qui existent sur cette matière; qu'en lisant Harris, on ne serait pas fâché de savoir à quelle époque on devait rapporter les ouvrages sur l'autorité desquels il s'appuie, parce que la connaissance du siècle et du pays où vit un écrivain ne laisse pas d'influer à quelques égards sur l'idée qu'on se fait de sa doctrine, et sur le degré de confiance qu'on accorde à ses opinions.

' 8« APl'E.NUICE.

Je me BUi§ attaché surtout, dans c» discours, & faire sentir la liaiion intime de la grammaire avec la philosophie.

torxuTiiic, citoyen, ne peut mieux qnp vous, reconnaître nette importante vérité. J'en ai trouvé le gtnnc dans les leçons intéros- • snnteti et trop rares ([uc vous noos Tuisiez h l'Écolo normale, snr raualysti de l'eutL-ndoment humain. Combien nous .ivons Hé indignés d'entendre les cria de la calomnie interrompre les accentt de cette voix élotiuente, qui iiuvail persiiutler & la fois et démontrer les vérités de la nitliirc et de la raison I Mais pouviex-vous échapper aux fureur» de l'esprit de parti? Porté aus place* les plus émïnenlea do la République, dans le moment uù la tempête révoiulionnuire IDCnaçalt de tout engloutir, la pureté do vos intentions et votre probité sévère ont dû vous faire autant d'ennemis qu'il y avait de faclionx, nu trompeurs ou trnnipés, dans les divers partis qui déchiraient lii France. Mais vous ovei emporté dans votre retraite les «euh biens qui puissent flatter le véritable »age : le témoignage d'nn« conscience pure, et l'estime de tous les hommes qui HOiit resté* constamment attachés à la patrie et à la cause de la liberté. Heureux les hommes qui, comme vous, savent occuper leur loisir par des travaux d'une utilité plus générale encore que ne peuvent l'être ceux d'une administration nioniontanée; par des travaux dont l'influence doit s'étondiv sur les générations & veuir! C'est ainsi qu'd est beau de repousser les trait-s de l'envie.

DISCOUKS PHËI.IMIN.^lHb:

Les hommes ont créé les arts et les sciences, ils les ont même portés à une asscit (grande perfection, avant de se douter qu'il (ùl possible de les assujettir à dos ^^^lcs. Telle est la marche naturelle et nécessaire de l'esprit humain; nos idées et nos connaissances dans tous les genres sont le résultat de l'expérience et de la réflexion. Il y a donc eu des hommes qui parlaient et qui raisonnaient très-bien, avant qu'il y eût des logiques et des grammaires : mais on ne doit pas conclure de là que ces sortes d'ouvrages soient inutiles. Us rassemblent en un faisceau les rayons de lumière épars de divers côtés ; ils ordonnent les parties de la science de manière que l'ensemble puisse être saisi avec plus de facilité; enfin, ils épargnent aux meilleurs esprits des recherches inutiles, et les mettent rupidemcnl à portée de passer à des objets nouveaux, et d'ajouter de nouvelles richesses à la masse des connaissances bumaincs.

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