I. HERMÈS. — DISCOURS PRÉLIMINAIRE
et Tordre chronologique dans lequel je les ai placés, ne peut que répandre un plus grand jour sur Tensemble de la doctrine, et la fixer davantage dans Tesprit des lecteurs.
Les poèmes d'Hésiode et d'Homère faisaient déjà l'admiration de la Grèce, lorsque Ton commença à s'occuper de recherches sur la langue. L'histoire nous a conservé le nom d'un Pronapidès (1) d'Athènes, qu'on dit avoir été le maître d'Homère ; mais ses ouvrages sont perdus, et Ton peut conjecturer qu'il s'attacha plutôlà recueillir les expressions et les tours consacrés par Tusagc, qu'à fixer les lois et les principes du langage par des réflexions suivies sur l'emploi des mots dans l'expression de la pensée.
Platon, l'un (2) des plus beaux génies de la Grèce, paraît être le premier qui se soit occupé de recherches sur les mots; il les a répandus dans plusieurs de ses ouvrages, et principalement dans son Cratylwi^ qu'il semble avoir consacré uniquement à cet objet. Mais on avait encore si peu réfléchi sur l'art de parler et sur celui d'écrire, que Platon lui-môme paraît avoir eu très-peu de connaissances sur l'origine de ces arts. Aristote, son disciple, dont le génie embrassait toutes les sciences et était fait pour y porter la lumière, est le premier qui ait établi des divisions systématiques dans les mots (3). On prétend qu'il fut secondé dans ce travail par Théodecte, son contemporain et disciple de Platon comme lui. Les premiers Stoïciens (4) ajoutèrent ensuite beaucoup aux découvertes de Théodecte et d'Aristote sur cette matière ; Denys d'Halicarnasse le donne clairement à entendre : « J'ai recherché, dit-il, tout ce que les anciens ont écrit sur l'art oratoire, et principalement les philosophes stoïciens, car je sais qu'ils se sont beaucoup occupés de ce qui concerne l'étude des mots. » Ils la considérèrent, au reste, plutôt dans ses rapports nécessaires avec la philosophie, que sous le point de vue purement grammatical ; car le môme écrivain ajoute peu après : « Les livres que Ghrysippe nous a laissés sur la construction des parties du discours, n'ont aucun rapport à l'art oratoire, mais à la dialectique, comme le savent ceux qui les ont lus (5). »
Ainsi, c'est par la philosophie, et pour elle, que le langage, qui jusque-là n'avait été, dans sa plus grande perfection môme, qu'un
(1) Fabncii BibL graca, t. I", 1. 1, c. 27.
(2) Voy. la note 1 à la fin du Discours préliminaire.
(3) Voy. la note 2 à la fin du Discours.
(4) Zenon, Cléanthe, Chrysippe, etc*
(5) Dion. Halicarn. De Struci. orat.j sect. 4.
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heureux instinct, un don de la nature accordé h quelques hommes hcurcusoment organisés, commence à devenir un art assuJL'lti à des ^^gles, et [lar conséquent d'une utilité plus généralement étenduiî ; car, (In moment où les régies d'un nrl sont trouvées, il ne; faut qu'uuo intuUif;»nce ordinaire pour los concevoir, et mûme pour en faire une application convenable.
Dans le siècle qui suivit celui de Platon et d'Aristote, la rcpuhlique d'Athtnes. en perdant la prééminence qu'elle avait eue jusqu'alors dans le système politique des puissances de l'Europe et do l'Asie, vit aussi décroître sa gloire littéraire; et c'est alors qu'il s'éleva, dans plusieurs villes célèbres, des écoles de littérature qui le disputèrent à celle d'Athènes, et qui flnirenl par l'éclipser. Telle fut, entre autres, celle d'.\le.\aDdrie, qui se Torma au milieu des orages qu'excitèrent de toutes paris les nombreux eUambilieus successeurs d'Alexandre. L'Egypte, dontcotte ville était la capitale, échut en partage à l'tolémée Lagus, priucc sage et ami des lettres; il sut. au milieu du désordre général, maintenir la paix et le honheur dans le pays qui lui était soumis. Un homme célèbre par ses tali'ut», par sen connaissances et par ses malheurs, Démétrius de Phalcre, chassé d'Athènes, oîi il avait été longtemps à la tête du gouvernemeul, se réfugia auprès de lui, et l'engagea à commencer cette magniRque collection de livres, si connue sous le nom de Bibliothèque d'Alexandrie. Les trésors de la science et du génie rassemblés de toutes part>, un gouvernement paisible et protecteur, tous ces avantages réunis devaient attirer les savants et les philosophes ; ils vinrent en foule à Alexandrie, et y formèrent cette école célèbre pendant tant de siècles, d'oti sont sortis un nombre considérable d'écrivains illustres dans tous les genres, et surtout d'habiles grammairiens (I).
Un des plus célèbres de ce temps-lù est Philétas de Gos (2), àqui Ptolémée confia l'éducaliondesonllls.l^s successeurs de ce prince, animés en quelque sorte du même esprit que lui, se firent un honneur de protéger les savanis et les lettres, et s'attachèrent à maintenir la splendeur et la célébrité que cette école avait acquises.
(1) Voy., àla fin du volume VJIl des Arttiquiléi grrrqutt de Oronovius, dtui diiseriationH eur le Muséuni d'Alexnnitr)?, et la liste dei laTaolB qu'a produiti ceUe école.
(2) I] fut aussi Irès-eélfebre par son talent pour la poésie, et regardé comme Il second des poètes ele^-jaques, .ijirès Callimaque.
Callhanchi maties, el Coi lacra PhileUe.
Pnftrl., L. in, iiig. i.