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I. HERMÈS. — DISCOURS PRÉLIMINAIRE

Ptolémée Philométor, entre autres, confia aussi Téducation de son fils au fameux Aristarque, dont le nom est devenu commun à tous les critiques judicieux et éclairés, et qui travailla principalement à la révision des poésies d'Homère.

Gratès de Mallos, contemporain d'Aristarque, et grammairien comme lui, eut la gloire d'introduire le goût des lettres et de l'art oratoire chez un peuple qui ne connaissait encore que celui de la guerre, et qui ne fut lui-môme connu des nations polies et éclairées que lorsqu'il commença à les menacer d'un joug qu'elles ne pouvaient plus éviter: envoyé à Rome en qualité d'ambassadeur, par Attale H, roi de Pergame, auprès de qui il jouissait de la plus grande considération, Gratès inspira aux Romains le goût de l'étude de la grammaire, dont il avait fait jusque-là sa principale occupation (i).

Rome, auparavant pauvre et agreste, était parvenue alors h ce degré de puissance et de prospérité où le besoin de nouvelles jouissances se fait sentir impérieusement, et où les esprits sont disposés à embrasser avec avidité tout ce qui offre un nouvel aliment à leur active curiosité. Aussi, vainement Caton, égaré par une fausse politique, s'alarmait de voir ses compatriotes sortir de l'état de barbarie où ils avaient vécu jusque-là, et déclamait contre le goût que la jeunesse romaine prenait à l'étude des arts de la Grèce ; vainement le Sénat avait banni par un édit exprès les philosophes et les orateurs du territoire de Rome, il n'était pas en son pouvoir d'arrêter l'essor des esprits, et d'étouffer cet instinct naturel et heureux par lequel l'intelligence humaine se porte vers tout ce qui peut agrandir la sphère de ses idées ; et Caton lui-même, revenu de son erreur, se livra dans sa vieillesse à l'étude des lettres grecques, avec autant d'ardeur qu'il on avait mis auparavant à les proscrire.

Denys de Thrace, disciple d'Aristarque, après avoir enseigné la grammaire à Rhodes, où ïhéophraste surnommé Tyrannion, dont nous parlerons bientôt, avait étudié sous lui, vint donner à Rome des leçons de son art, sous le premier consulat de Pompée. On n'observe pas sans un profond étonnement les progrès immenses que fit alors la langue latine dans un très-petit nombre d'années. Il nous reste de Denys le Thracien un Traité de grammaire qui peut servir à nous donner l'idée de la méthode des anciens grammai-

(i) Sueton., De illustrib, Grammaticis, — Voy. aussi le volume XI de VHis* toire anc. de RoUin.

v'waa grecs (t). Eu fiénéral on fsl Trappe rie rnttention scrupuleuse qu'ils nul portée jusque (Uns ilos détails qui de nos jours seraient refçardëH rnmme Lrop minutieux; mais [|u'nn réfléchisse surl'extrétnc sensibilité de ce peuple ingénieux cl délient, que des orateurs doué-<« du plus K^sfl talcnl s'occupaient constamment h daller, et à séduire par loua les prestiges d'une éloquence étudiée et d'une diction harmonieuse; et l'on concevra comment tout ce qui pouvait avuir quelque influence sur le malcriel de l'nrt de la parole deiait être recherché avec le plus grami soin, pendant quo peutêtre on s'occniiail moins de la partie philosophique et métaphysique du langage.

Nous louchons h l'époque brillante de la littérature romaine: le siècle qui précéda immédiatement notre ère, est celui des (^ieéron, des Lucrèce, des Varron, et vil naître cette foule de poètes, d'historiens et d'orateurs, dont les ouvrages font encore les délices de tous les esprits éclairés et de tous les hommes de goût. Jamais la grammaire ne futcullivée avec plus de soin, elles grands hommes que je viens de nommer no négligtront iiuiuue des parties de cet art; ils sentaient qu'en perfectionnant leur langue, ils porrectionnaient l'instruniont de leur gloire. Anssi voyons-nous Gicéron faire en mille endroits l'éloge de la grammaire, et, dans ses lettres familières, il revient plusieurs fois sur co sujet à l'occasion de Tyrannion, à qui il avait permis de donner des leçons publiques dans s.i propre maison (2). Tynmnion joi^;nait il une grande connaissance des livres et de la littérature une connaissance égale de son art, s'il faut s'en rapporter au témoignage de Gicéron, dont l'opinion sur cette matière mérite sans doute quelque confiance: «Parlons de Tyrannion (écrivait-il h Altieus); dites-vous vrai? quoi! sans moi, vous avez entendu la lecture de son ouvrage! Cependant, toutes les fois que l'occasion s'en est présentée, j'avais refusé de l'entendre sans vous. Comment réparerez-vous celte faute envers l'amitié? Je n'en sais qu'un moyen, c'est de m'envoyer le livre. N'y manquez pas, je vous le recommande, quoiqu'à dire le vrai, je doute que j'aie plus de plaisir à le lire que je n'en ai eu à voir combien vous l'admirez (3) ».

(1) Oneo Irouveune analfeeasseiitêlnillée Jans le onzième volume de l'Hù/oirf ancienne île Rolliii ; al Fabricîus l'a ioséré tout entier dans le lome Vil de m BililiothèqM grecque, oii l'on trouvera aussi une liste (rës-éiendue de tous le» grammairiens grecs, snciens et modernes. Vov Pabric. , Aii/.jrnri;.. t. Vil, sub init.

(!) Vo)'. Bpitl. nd Q. fmlreni, L. ii, ép. (,

(3j A oy. EjiUI. ad AlUcum, L. xii, ép. 6.

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