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I. HERMÈS. — DISCOURS PRÉLIMINAIRE

Marcus Térentius Varron, ami particulier de Cicéron, et que Ton appela le plus savant des Romains, fut aussi le plus laborieux des écrivains de son temps; il composa neuf livres de Recherches sur les causes et sur t origine de la langue latine: il ne nous en reste que les six derniers; et ces recherches étymologiques sont encore un des plus précieux monuments que Tantiquité nous ait laissés en ce genre (1). Enfin, Jules César 'lui-même, au milieu du tumulte des camps et des intrigues de Rome, au milieu des soins continuels que lui donnait' son active et insatiable ambition, avait écrit un traité en deux livres sur V Analogie des mots; mais cet ouvrage a été perdu, ainsi que plusieurs autres de cet homme si extraordinaire (2).

Lorsqu'après avoir terminé les guerres civiles, Auguste se vit paisible possesseur du plus vaste et du plus puissant empire du monde, il s'occupa, pour faire oublier ses crimes aux Romains, de ramener à Rome les arts de la paix, que la fureur des partis opposés en avait bannis ; il tenta d'effacer, à force de clémence et d'adresse, tout le sang que sa fatale ambition lui avait fait verser, et il protégea surtout les gens de lettres. Virgile, Horace, Ovide, Varius, éprouvèrent ses bienfaits. 11 attira auprès de lui les savants et les écrivains célèbres de la Grèce: c'est vers ce temps que Denys d'Halicarnasse, quittant TAsie Mineure, vint s'établir à Rome. Je parle ici de cet habile rhéteur, parce que plusieurs dé ses . écrits sont remplis de détails précieux et importants pour Tétude de la langue grecque, et pour la grammaire comparée.

A partir du siècle d'Auguste, on voit s'affaiblir à la fois l'essor sublime des muses et des aigles romaines: à la vérité, Yespasien et Titus protégèrent les lettres ; Domitien, en persécutant les philosophes, favorisa les poètes ; Trajan, Adrien et les deux Anto* nins se montrèrent amis des lettres, et l'on espéra un moment que, ranimées par ces grands princes, elles allaient reprendre une nouvelle vie; mais cet éclat passager fut, en quelque sorte, le dernier crépuscule de la littérature (3). Le despotisme effréné qui se déchaîna sur la plus grande et la plus belle partie du monde alors connu, comprima violemment les talents comme il avait comprimé les vertus, et finit presque par les anéantir. En effet, à mesure

(1) Voy. le tome VI du Monde primitif , par Court cleOébelin, p. xiii et suiv. du Disc, prélim.

(2) Sueton., In vitd Cxsaiis,

(3) Hist. liiei^aria de Espana^ t. III, p. 127.

qu'on avance dans Thistoire de ces temps désastreux, on voit le flambeau des arts, qui s'éteignait insensiblement, jeter par intervalles quelques éclairs d'une lumière pâle et languissante. Les hommes même qui se distinguent par leurs talents et par leurs connaissances n'ont plus cet essor hardi, cet élan généreux du génie libre et entouré d'images riantes ; leurs compilations pénibles, leurs productions laborieuses, portent l'empreinte abjecte de la servitude et du malheur : mais n'anticipons point sur l'ordre des temps.

Vers la fin du premier siècle de notre ère, sous le règne de Domitien, Quintilien, dont il nous reste un excellent ouvrage, intitulé : De l'Institution de l'Orateur, donnait à Rome des leçons de rhétorique (1). Le .chapitre quatrième du premier livre de son ouvrage est un monument curieux de l'état où était la science grammaticale à cette époque, et de l'estime particulière qu'en faisaient les meilleurs esprits. Cependant il paraît qu'elle commençait à dégénérer de son ancien éclat, soit qu'à mesure qu'elle s'éloignait du temps où la philosophie présidait à son origine et à ses progrès, elle inspirât effectivement moins d'intérêt ; soit que les sophistes et les déclamateurs, à force de substilités et de recherches minutieuses et pédantesques, Teussont rendue méprisable aux yeux du commun des hommes, incapables de discerner les meilleures choses de l'abus qu'on en fait. On voit que Quintilien, qui s'était pénétré de la doctrine des anciens, et dont l'esprit était exlrômement juste, seiilail toute l'importance de la science grammaticale, et il en fait iiu matj:nili(iue éloge ; mais on s'aperçoit, au soin qu'il prend de justifier son sentiment, et de rautoriser par des exemples, qu'il a quelque défiance de Topinion de ses contemporains à cet égard.

Cette conjecture est confirmée par le témoignage de Suétone, qui florissait plusieurs années après Quintilien, sous les règnes de Trajan et d'Adrien, et qui a écrit un traité intitulé : Des illustres Graminainens ; il dit expressément ciu'alors les écoles grammaticales avaient dégénéré de ce qu'elles étaient dans sa jeunesse. N'oublions pas que c'est sous le règne de Marc Antonin que florissait Apollonius d'Alexandrie, dont le traité sur la *S7/'//^.rc est un des meilleurs ouvrages et des plus philosophiques que les Grecs aient écrits dan^ leur langue : lui-môme ne craint pas de dire que son livre sera infiniment utile pour parvenir à l'intelligence des poètes^ et qu'il Ta

^1) Voy. sur Quiutilieu la note 3 à la t\n du Discours.

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