‹ MélangesChapitre 208 sur 269 · HERMÈS. — DISCOURS PRÉLIMINAIRE · texte numérisé non relu

HERMÈS. — DISCOURS PRÉLIMINAIRE

composé avec tout le soin dont il était capable. Yossius prétend que Priscien, Tun des plus habiles grammairiens du vi® siècle, doit beaucoup à Apollonius et à Hérodianus son fils (1).

Nous voici arrivés à ces temps funestes où les fléaux de toute espèce écrasèrent Thumanité et semblèrent se réunir pour replonger Tunivers dans la barbarie. Le nord de TEurope ne cesse de vomir contre TËmpire romain, déjà affaibli par tous les crimes et les excès qu'enfante le despotisme, ces hordes de brigands féroces, qui achevèrent de détruire et d'anéantir ce qui avait échappé à la frénésie des monstres qui souillèrent successivement le trône impérial. L'histoire des arts et des lettres ne nous offre presque aucun fait^ aucun monument intéressant : les travaux des hommes les plus éclairés se bornent à commenter quelques ouvrages de métaphysique d'Aristote et d'autres philosophes anciens, et à enchérir encore sur ces futilités obscures, sur ces subtilités oiseuses pour lesquelles les Grecs, dans les temps mêmes de leur plus grande splendeur, n'eurent que trop de penchant.

II nous reste néanmoins quelques ouvrages de ce temps qui ne sont pas entièrement à dédaigner; et l'on trouve dans quelquesuns des commentateurs d'Aristote des observations très-ingénieuses et une sagacité d'esprit qui ne demandait, pour produire d'heureux effets, qu'à être appliquée à des objets plus utiles. Il en est parmi eux qui peuvent être comptés au nombre des grammairiens philosophes de leur temps : tels sont Thémistius, qui florissait vers l'an 360 de notre ère, sous le règne de Valens ; Simplicius, dans le Y® siècle; Philoponus et Ammonius, dans le vi* siècle; et, vers ce même temps, Boèce, patrice et consul de Rome, sous le règne de Théodolnc; il commenta le traité d'Aristote, intitulé : De V Interprétation, c'est-à-dire de l'expression delà pensée et des diverses espèces de propositions. Tout le monde sait que Boèce, également illustre par ses dignités, par ses vertus et par ses connaissances très-rares pour le siècle où il vivait, eut la tête tranchée par l'ordre du barbare Théodoric (2).

Dans les siècles suivants, c'est-à-dire pendant environ sept ou huit cents ans, les ténèbres les plus épaisses couvrirent la face de l'Europe; des opinions absurdes, exprimées dans un lanfçagc barbare, des subtilités théologiques, pour lesquelles on se passionnait

(1) Voy. sur Apollonius la note 4 à la fin du Discours.

[2) Voy. clans la Biblioth. choisie de Le Clerc, t. XVI, p. 192 et suiv., la Vie de Boèce et l'analyse de ses ouvrages.

arec d'autaiil plus de zèle et de furuur qu'on les entendait moins el qu'on pouvait moin» les entendre, voilà tout ce qu'on remarque dans ccL immense intervalle de lerups.

Cependant, vers le commencement du ix* siècle, un rayon de lumière brilla sur l'Europe : Charlemagne, qui par son génie et par ses grandes qualités était Tait pour aspirer à tous les genres de gloire, et qui en effet n'en néglifcea ou n'en dédaigna aucun, Charlemagne entreprit de répandre l'instruction dans le va»tc empire qu'il avait conquis. Il fut secondé dans ce projet par le moioe Alcuin, qu'il avait appelé d'Angleterre, et qu'il combla de bienfaits en l'honorant de son amitié. Des écoles publiques s'élevèrent, par les ordres du prince, en différentes villes de l'empire, et Alcuin fut chargé de composer les divers trailés qui devaient y être enseignés. Nous avons encore sa Grammaire, en forme de dialogues et de conférences : mais cet ouvrage, dont nous ne parlons ici que comme fait historique, n'a d'ailleurs «lucun mérite, parce que l'auteur y i mis, comme dans ses autres écrits, plus du travail que de génie, plu.t de mémotro que d'invention et de discernement (t).

iAis imbéciles successeur» de Cbarlemagne laissèrent étoindre le feu sacré que co grand homme avait allumé, et l'Europe retomba dans In barbarie, ou plutôt ne sortit pas de l'état d'ignorance et d'abrutissement dont il avait tenté de la tirer. Enfin, la folie des croisades, et l'esprit de prosélytisme, qui d'ailleurs ont rempli le monde do malheurs et de crimes, rommencèrent à rappeler le goût et l'étude des lettres. On établit, vers le commencement du XIV* siècle, plusieurs chaires de langues orientales dans les divers pays catholiques, et dans les principales universités de l'Europe.

L'histoire, et particulièrement celle des sciences et des arts, peut se diviser en deux époques sensiblement distinctes : l'une, dont le commencement coïncide, on quelque sorte, avec l'établissement des premières républiques de la Grèce, finit à la décadence de l'Empire romain ;rautre, commençante la renaissance deslellrei en Italie, que la plupart des écrivains placent vers le milieu da XV* siècle présente, depuis ce moment jusqu'à nos jours, une suite non interrompue de faits et de découvertes où le progrès des lumières el le perfectionnement de la raison humaine se montrent d'une manière sensible et incontestable.

Mais, avant d'entrer dans le détail des faits relatifs à l'histoire de la science grammaticale dans cette seconde époque, arrëloDs-DOUS

(I) Fleur;, HUl. eccUiiatl., I. X, p. U.

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