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I. HERMÈS. — DISCOURS PRÉLIMINAIRE

un moment; et jetant, pour ainsi dire, un regard derrière nous, voyons ce qu'était cette science à l'époque de la décadence des lettres. Un tableau rapide des qualités et des connaissances nécessaires à la profession de grammairiens, suivant l'idée que s'en formaient les anciens, suffira, je pense, pour remplir notre objet : c'est Quintilien qui m'en fournit les traits principaux:

(( La profession de grammairien, dit-il, embrasse deux parties, l'art de parler correctement, et l'explication des poètes; et ces choses sont plus importantes au fond, qu'on ne le suppose quand on n'y a pas réfléchi ; car l'art de parler correctement a une liaison intime avec l'art d'écrire : pour expliquer les auteurs, il faut les avoir lus avec cette critique judicieuse et sévère qui sait en apprécier les détails ; et pour tout cela, il faut joindre la justesse à l'étendue de l'esprit. Je ne parle point de la connaissance des lettres et de leurs divisions systématiques, connaissance qu'on regarde communément comme frivole et puérile, et qui pourtant a des difficultés capables d'exercer la sagacité des meilleurs esprits; je ne parle point de la prononciation qui doit être pure et correcte, et dont il est nécessaire que le professeur connaisse les règles, pour apprendre à ses disciples à s'énoncer avec grâce et avec assurance; mais ne faut-il pas qu'il ait lu et discuté toutes sortes d'écrits, s'il veut expliquer Torigino, les variations successives et les diverses acceptions des mots? Ne faut-il pas qu'il ait quelque connaissance des principes de l'harmonie, pour apprécier l'effet du rhythmeetdes nombres dans l'art oratoire? Pourra-t-il se dispenser d'avoir une connaissance superficielle des sciences physiques et des principes de la philosophie, s'il veut rendre compte des applications continuelles qu'on trouve de ces choses dans les ouvrages des poètes? Enfin, ne faut-il pas que lui-même ait acquis le talent de parler et d'écrire, ne faut-il pas qu'il ait une sorte d'éloquence, s'il veut traiter les diverses parties de son art, d'une manière convenable et propre à intéresser ses disciples (i)? »

Ainsi les grammairiens joignaient, à la connaissance approfondie de leur langue, une instruction assez étendue sur un grand nombre d'autres objets, qui avaient avec celui-là des rapports plus ou moins éloignés. Chez les Latins même, le maître de grammaire était chargé de donnera ses élèves les premiers éléments de la rhétorique ou de lart oratoire, comme l'observe Quintilien, qui reproche à ce

(1) Quintilien, 1. I, c. 4 et passim. — Voy. aussi la Biblioth, grammaticale de Changeai, c. 4, p. 93.

sujet aux rhéleurs lalius d'avoir négligé leur proression, l«1 d'avoir dnnné lieu à une usurpation que les rhéteurs gtvcs n'avaient jamais .lûuffertc. Un grammairii-ii. dieit les Anciens, était donc vénUil»lement un litLéraleur philosophe : aussi le distinguaient-ils du «impie gramtnathie, charge spécialement de donner aux enfants la connaiv Hanœ dos lettres, et de leur enseigner la classilication de ce qu'on appelait parties d'oraison. Mais il est Icmps do revenir h l'histoire delà science que cette digression a interrompue.

On altributt communéracnl la renaissance des lettres dans l'Europe chrétienne, à l'événement qui força les Grecs de Constantinople à se réfugier en Italie, c'est-à-dire la prise de cette ville par les Turcs, en 1*53 ; mais je ne sais si cette opinion ne serait pas sujette à quelques difltcultés, et si au contraire la foule des érudits qui s'élevèrent à cotte époque, et la manie qu'ils introduisirent do n'<^crire qu'en grec et en latin, n'ont pas véritablement nui au progrès des connaissances utiles et de la saine littérature, plus qu'elles n'y ont servi. 11 est certain du moins que ces causes ont considérablement retardé le progrès des langues modernes, qui se seraient perfectionnées plus promptement, si les meilleurs esprits et le» hommes les plus laborieux, au lieu de se livrer uniquement et exclusivement ii la lecture et à Tinte rpré la tion des auteurs anciens, avaient voulu partager leurs travaux entre cotte étude et celle de leur langue maternelle, qu'ils affcclircnt trop de négliger et rie dédaigner.

On ne saurait douter d'ailleurs que le goût de l'instruction et des lettres n'eût en Italie, et même dans plusieurs contrées de l'Europe, une très-grande activité dès le xiV siècle ; car, indépendamment de ce que les fondations de plusieurs universités célèbres remontent à cette époque, trois hommes d'un génie très-rare, qui parurent presque en même temps, Dante, Pétrarque et Boccace, donnèrent h leurs contemporains une impulsion très-marquée en ce genre. Ce sont eux que l'on peut véritablement regarder comme les créateurs de la saine littérature et de la langue italienne ; l'accueil distingué que ces grands hommes reçurent de tous les princes de leur temps (particulièrement Pétrarque, qui fut de son vivant môme, l'objet d'une espèce de culte public), prouve évidemment que l'on commençait dès lors à sortirde.la barbarie. On rougissait de l'ignorance et des ténèbres où l'on avait été plongé depuis près de sept siècles, et l'on se portait avec ardeur vers la lumière qui pouvait les dissiper. Ce sentiment était devenu universel dans presque toute l'Europe ; car on vit, & peu près dans le mdme temps, Ghaucer en

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