I. HERMÈS. — DISCOURS PRÉLIMINAIRE
Angleterre, Joinville, Froissart et plusieurs autres écrivains, en France, les troubadours dans nos provinces méridionales, polir et adoucir les idiomes modernes, et cultiver la littérature avec d*autant plus de succès que de toutes parts ils étaient honorés, encouragés et récompensés (1).
11 faut avouer, cependant, que les véritables connaissances dans tous les genres avaient étrangement rétrogradé, en comparaison même du point où elles s'étaient trouvées à Tépoque de la décadence de Tempire romain : la grammaire surtout n'existait pas encore pour les langues modernes, qui commençaient à peine à se former, et l'on n'avait même aucun bon ouvrage élémentaire sur les principes des langues grecque et latine, parce qu'on ne pouvait pas puiser dans les sources, et que d'ailleurs les bons ouvrages étaient devenus très-rares. Le commerce que l'on eut avec les Grecs de Gonstantinople dut donc contribuer essentiellement à faciliter l'intelligence des langues anciennes.
Vers la fin du Xrv" siècle, Emmanuel Ghrysolore, envoyé par l'empereur de Gonstantinople pour implorer en sa faveur le secours des princes chrétiens contre les Turcs, s'était arrêté à Venise, après avoirrempli sa mission, ety avait donné des leçons publiques delà langue grecque ; il en donna, dans la suite, à Rome, à Pavie, à Florence, et il paraît qu'on peut le regarder comme un de ceux à qui l'Occident doit ses premiers progrès dans la connaissance de cette langue. Ghrysolore mourut au commencement du xv® siècle; mais il laissa des élèves, qui travaillèrent avec autant de constance que de succès au rétablissement des lettres : on nomme, entre autres, François Philelphe, Léonard d'Arezzo, dit Arétin, et Jean-François Poggio surtout, dont le nom mérite de vivre presque autant que les chefs-d'œuvre immortels de l'antiquité que nous devons à ses infatigables travaux (2).
Laurent Valla, né à Plaisance en 1415, s'occupa de rendre à la langue latine l'éclat et la pureté que les siècles de barbarie lui avaient fait perdre ; ce fut en se familiarisant avec les meilleurs écrivains de Rome, en déclarant une guerre impitoyable aux mauvais écrivains de son temps et au jargon barbare et inintelligible de l'école, qu'il parvint à commencer cette importante révolution. Le fruit de ses travaux et de son zèle pour le progrès de la pure latinité
(1) Tiraboschi, htoria délia letieratura italiana, ou Abrégé du même ouYrage, par M. Landi, t. II.
(2) Voy. la note 5 à la fin du Discours.
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