‹ MélangesChapitre 21 sur 269 · IV. CORAY. — VIES DE PLUTARQUE · texte numérisé non relu

IV. CORAY. — VIES DE PLUTARQUE

ne servent aussi à jeter un nouveau jour sur quantité d'expressions qui sont passées du grec dans les langues modernes de l'Europe à l'époque où elles étaient encore barbares, et où des circonstances politiques, dont Tinfluence a été- si remarquable, ont beaucoup multiplié leurs rapports avec Tempire d'Orient.

Au milieu de ces objets de pure érudition (1), l'éditeur ne perd pas de vue l'objet principal de tout ouvrage destiné aux études de la jeunesse, qui est de la garantir des préjugés nuisibles, de lui inspirer le goût de tout ce qui est bon et utile, et par-dessus tout l'ardeur d'acquérir une solide instruction, parce que c'est par là que l'on parvient à rendre des services importants à sa patrie et à ses semblables. lia donc aussi répandu dans ses remarques quelques réflexions philosophiques et morales que le sujet semble appeler, mais il y met la discrétion convenable ; elles sont semées de loin en loin, et présentées en peu de mots, de maQiëre que, s'échappant, en quelque sorte, d'un cœur plein de l'amour de la vertu et de la vérité, elles n'en sont que plus propres à produire une impression vive et durable sur les jeunes esprits auxquels elles s'adressent.

Ainsi, lorsque Plutarque, dans la vie de Caton, raconte les efforts que cet homme intolérant et dur faisait auprès du sénat pour obtenir le renvoi des ambassadeurs d'Athènes, Caméade, philosophe académicien, et Diogène, de la secte des stoïciens, dont le séjour à Rome y avait déjà disposé les esprits à recevoir avec avidité les sciences et les arts propres à adoucir les mœurs féroces d'un peuple jusqu'alors uniquement guerrier etconqué-

(1) Nous ne pouvons entrer dans aucun détail sur un genre de connaissance qui n*intéresse qu*un très-petit nombre détecteurs; nous indiquerons seulement à ceux qui s'occupent de Tétudedu grec, la note (page 361) sur le sens du mot 9wt(0ea6ai, et, à ce sujet, une correction trës-heureuse du premier vers d'une épigramme de Posidippe citée par Athénée (liv. I, p. 411); celle sur le mot Oirovofa (p. 363), oii Tauteur explique un passage de Thucydide (liv. II, ch. xu) ; des observations grammaticales fort intéressantes (p. 369 et 370, 391, 396, etc.); une note (p. 417) sur im sens remarquable du mot (jcôCe'.v applique à l'interprétation des vers 28 et 33 du chant XXll» de V Odyssée, etc., etc.

rant: « Or, fciisoit-il cela, ajoute Plularque, non pour ce qu'il eust aucune privée inimitié à l'encontro de Carnéades, comme quelques-uns ontcuidé; mais pour ce que généralement il haîssoit toute la {philosophie^ et que par une ambition il mesprisoit les muses et les lettres grecques : veu mesmement qu'il disoit que Tancicn Socrate n'estoit qu'un causeur et un séditieux qui taschoit, par tel moyen qu'il lui estoit possible, à usurper tyrannie, et à dominer en son pays en pervertissant les mœurs et coustumes d'icelui, et tirant ses citoyens en opinions contraires à leurs mœurs et coustumes anciennes. Trad. d'Amyot. » Comme Topinion d'un personnage tel que Gaton, dont le nom est devenu on ne sait trop pourquoi celui de la sagesse même, pourrait induire à erreur des esprits peu réfléchis, M. Coray a cru devoir faire, sur ce passage, la réflexion suivante : c< Prene^s garde, jeune homme, à laisser égarer votre jugement par cette calomnie de Caton, qui n'est ici que l'écho des Anytus et des Mélitus : mais ne prononcez entre Socrate et son accusateur qu'après avoir soigneusement pesé la vie de l'un et de Taùtre. Reconnaissez dans la pauvreté volontaire de Socrate, dans son accueil afl'able et bienveillant pour tout le monde, le caractère d'un mortel véritablement divin, et concevez pour Caton, avide de ^^ains usuraires, cruel à Texcès dans les châtiments qu'il inlli^(»ait à ses domestiques, toute Taversion qu'il mérite. »

C/est en eiïet le même (^iaton qui portait au sein de sa famille, dans l'intérieur de sa maison, un caractère de despotisme, tellement absurde et stupide, qu'il ne souffrait pas que sa femme, ni ses enfants, ni ses esclaves eussent d'autre médecin que lui, et suivissent un autre régime que celui qu'il avait adopté pour lui-niùme. Il est vrai, ajoute Plutarque qui raconte ce fait, qu'il perdit de cette manière sa femme et son fils.

Au restc!, les digressions de cette nature sont rares dans les notes du savant éditeur de Plutarque, comme on l'a déjà dit, et elles devaient l'être. C'est dans les discours qui servent d'introduction à chacun des volumes qu'il publie, qu'il a cru pouvoir s'étendre davantage sur tous les sujets qui intéressent le bon*

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