I. HERMÈS. — DISCOURS PRÉLIMINAIRE. 54i
à répoque dont je parle ; on s*occupa de la véritable philosophie, c'est-à-dire de l'étude de la nature. L* Allemagne eut, en ce genre, plusieurs hommes justement célèbres (1).
Dès lors commence à se préparer la révolution qui éclata au commencement du siècle suivant, où les langues modernes avaient déjà acquis une certaine perfection ; là commence la décadence de réloquence grecque et latine. L'érudition sembla se rapprocher davantage de son véritable but, et commença à rentrer dans ses limites naturelles, l'explication et la critique des auteurs. Il est certain, du moins, qu'on trouve dans les écrivains qui parurent depuis plus de jugement et de véritables connaissances. Si la pureté de la langue latine pouvait être prisée dans les modernes, si cette pureté prétendue était autre chose qu'une chimère ridicule, on pourrait dire qu'ils gagnèrent du côté de l'élégance du style, et, pour en donner un exemple pris dans mon sujet même, dont on trouvera peut-être que je me suis un peu écarté, le meilleur livre élémentaire sur la langue latine qui ait été fait par les savants modernes, un traité supérieur à tous ceux qui avaient paru jusqu'alors et qui ont été donnés depuis en latin sur cette matière, la Minerve de Sanctius, fut imprimée pour la première fois en 1587. Ce Sanctius^ dont le véritable nom est François Sanchez, fut professeur de rhétorique dans l'université de Salamanque ; il eut véritablement du génie, et infiniment peu de préjugés par rapport au temps et surtout au pays où il a vécu : son livre, plein de vues neuves, hardies et profondes, est encore un de ceux que l'on peut lire avec le plus de fruit, quand on veut s'appliquer sérieusement à l'étude de la langue latine. Sanctius mourut au commencement du XYIP siècle. Gérard Yossius entrait alors dans la carrière : il eut moins de génie sans doute que Sanctius ; mais les traités de Arle grammatical de Analogie^ et plusieurs autres sur la même matière, sont pleins de recherches curieuses sur l'histoire de la science grammaticale ; et la lecture en est d'autant plus utile qu'il est, sans contredit, un de ceux qui ont traité le plus en détail toutes les parties de cette science, et qui l'ont embrassée dans sa plus grande étendue : tous ses ouvrages sur un grand nombre d'autres sujets, portent le môme caractère d'une érudition sage et bien digérée.
Cependant la véritable philosophie venait d'être créée, en quel-
(1) On peut citer, entre autres, Copernic, qui mourut en 1543, lorsqu^il venait (le publier le véritable système du monde.
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que sorte, par un de ces génies rares et extraordinaires donl U naliire semble OtrC avare, et ([n'elle ne fait briller qu'à de lon^ intervallt!» dans l'imm^-n^ilé dussitcles; fiacon. s'élcvant au-dej>sus dos lénfibres cl ni^niu dus himières de son temps, porla sur tes ronnaissances huntaines ce ennp d'œil immenite el profond qni en itaïKit IVnHeinble et qui en démfite tous 1«« détails. Dans le magnifique ouvrage que eu grand homme a consacré h. ravaiiccment des sciences, ouvra)ie fait sur le plan le plus vaste peut-être qui soit Jnmais entré dans une tfîto humaine, l'art de la parole, ou. plus généralemenl, l'art qui en«o.igiii- aux hommes les moyens do se communiquer réciproquement leurs idées, ne pouvait occuper qu'une place assex peu considérable, et d'autant moins étendue peut-Alrc que Bacon Ini-mfime n'a fait qu'entrevoir l'iinporlancc tic cet art dos signes, qui est en flfet la base sur laquelle repose l'édillce presque entier denosconnais.sanees. Il a donc dû s'étendre encore moins sur la grammaire, qui n'est qu'une partie da cet art important, mais on rcconnail, dans lu peu qu'il en a dit, cotte vue perçante d'un génie qui sut tout apprécier, et, quoiqu'il soit obligé de parcourir rapidement une foule d'objets, il ne se borne pa», comme il leditlui^ni^mc, à des généralités vagues; il présente ou rJiuquo sujet ce qu'il y a de plus substantiel, pour ainfi dire, et les principes les plus féconds et les pins propres à aceélérer le progrès de chaque «ciouoe. Apre» avoir fait sur la grammaire quelques réflexion» plriiu's Wi> jii-tcv.sf et lic [irofntuli'iir, «on [uiiirniil, ■ dit-il, <i faire un volume d'obsenations importantes sur cette matière; qu'il me suffise de distinguer la grammaire simple et élémentaire de la grammaire philosophique, et de remarquer que cette deniiére, qui est encore à naître, mérite de nous occuper essentiellement (i) ».
Les ouvrages de Bacon ne produisirent néanmoins, ni de son vivant, nimCme après sa mort, la sensation qu'ils semblaient devoir produire: il avait franchi un trop grand espace entre son siècle et lui; il restait aux hommes quelques erreurs encore à épuiser, avant que de reconnaître la vérité à laquelle il avait touche de si près, et ce fut Descartes qui leur fournit, du moins en métaphysique, ces erreurs intermédiaires, si j'ose m'exprimer ainsi. Desrartos avait trente ans lorsque Bacon mourut, en HJab : avec des talents et des facultés très -extraordinaires, mais moins de génie peut-être que le chancelier d'Angleterre, il eut cependant sur son siècle une
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