‹ MélangesChapitre 215 sur 269 · I. HERMÈS. — DISCOURS PRELIMINAIRE · texte numérisé non relu

I. HERMÈS. — DISCOURS PRELIMINAIRE

influence bien plus marquée que celui-ci. Il substitua à des chimères obscures et anciennes des chimères brillantes et nouvelles, auxquelles on se laissa d'autant plus volontiers séduire qu'elles étaient faciles à comprendre, mérite alors très-rare. Je ne parle, au reste, de cet homme célèbre, qui n'a rien écrit sur le sujet de cet ouvrage, que pour ne pas interrompre l'histoire des progrès de l'esprit humain dans la philosophie, qui tient de si près à l'art de la parole, et parce que son Discours sur la méthode, où il expose le système du doute philosophique, est l'époque d'une véritable et heureuse révolution dans les idées en France.

C'est pour des Français que j'écris; et peut-être est-il convenable de reprendre les choses d'un peu plus haut, et de traiter avec quelque étendue l'histoire des progrès de notre langue et de la science grammaticale parmi nous. Ce fut principalement sous le règne de François I*^', vers le commencement du xvi*' siècle, que notre langue commença à prendre une forme un peu plus ressemblante à celle qu'elle a aujourd'hui : il y a dans les poésies de Marot, qui vivait du temps de ce prince, et qui même eut part à sa faveur, des choses écrites avec autant de grâce que de finesse, et dont la lecture fait encore le plus grand plaisir. François 1" semble avoir eu véritablement à cœur de faire fleurir en France les lettres et les arts ; et la postérité a paru voir ses fautes et sa mauvaise administration avec une sorte d'indulgence, en faveur de la protection qu'il accorda aux hommes qui culti\^ient les sciences, et des établissements qu'il leur consacra. Tel est, entre autres, le Collège de France, qu'il fonda à la sollicitation de Guillaume Budé, de Paris, Tun des plus savants hommes qui fussent alors en Europe, et du cardinal de Bellay, qui avait une érudition moins profonde, mais qui cultiva les lettres et la langue française avec beaucoup de zèle et une sorte de succès. « On est étonné, » dit Condillac, « que François 1", que les savants appellent le père des lettres, parce qu'il les protégea, n*en ait pas été le restaurateur. Il les eût sans doute fait fleurir davantage, s'il les eût protégées avec plus de discernement; mais il encouragea la fausse érudition plus que le goût, etc. » On ne saurait nier, cependant, qu'il n'ait rendu un service essentiel aux lettres, et particulièrement à la langue française, en donnant le fameux édit de 1536, par lequel il ordonna que les transactions civiles et les actes publics, qui jusque-là s'étaient faits en latin, seraient désormais écrits en langue vulgaire. Cet édit, si conforme à la raison et au bon sens naturel, fut une digue salutaire opposée au torrent de l'érudition grecque et latine, qui menaçait de tout

eulraliK-i', itt <l'an^nnLii', presque à leur naissance, les tangues modernes, pour y subslilucr un jargon misérable, et tin esprit d'imilatioQ sttipide et scnllc. lin eut lieu de n'en apercevoir peu de tcmp!' aprè», lorsque Hnnsard introduisit dans ses vers cett« multitude de mots et de tours grecs qui le» rendent aussi ridicules que barbares ; et si l'illusion que cette nouveauté produisit, si l'ontbou- HÎasme extraordinaire qu'elle inspira, avaient duré, il n'est pas douteux que celte folie n'eût replongé notre langue dans le chaus d'où elle conimuncail t sortir, ou du moins n'en eût considérablement retardé les progrés; car, certes, Ronsard estplus loin de Marot pour la clarté, la grâce et la Justesse de l'expression, que Uarot luim&œu ne l'ext de Malherbe, dont je parierai tout à l'heure.

Oe fut vers la fin do ce »ièi:le qu'on vit paraître les premier> essais de grammaire parmi nous : le fameux imprimeur Robert Ësliunne publia, on 1 558, sa Grammaire française, et Hcuri Estienne, son fils, lit paruttre, en l&Kit cl en IS79, deux traités sur la même matière, l'un, De la Cotiformité du langage fiHutçois avec le grée, l'autre. De la Pi-êcellence du langage françois. Il y a, dans le» ouvrages de ces doux hommes célèbres, un mérite IWs-i-éel pour le temps où ils vivaiunl; la Icciurv dos deux truites, de celui do Henri surtout, peut servir à l'élude de la grammaire comparée, et de l'histoire des progrés et des variations do notre langue. II combatlil de toutes ses forces les vices qu'introduisaient alors dans le langage et dnns la prononciation les Italiens qui avaient suivi Calberinc de Médicis. Il est certain qu'il cette époque beaucoup de termes italiens furent adoptés en France; et nos longues guerres avec l'Italie n'ont pas peu contribué àintroduire l'usage d'un grand nombre de ceux qui sont relatifs Ji l'art militaire. Je ne fatiguerai pas mes lecteurs par l'éiiuméralion d'une foule de traités particuliers, ignorés dans le temps même où ils parurent, ou profondément oubliés depuis ; je me borne à indiquer les points les plus remar- ((uubles dans le vaste champ que je parcours. Kn ce genre, comme en beaucoup d'autres, on rencontre cent imitateurs médiocres, cent copistes serviles, pour un homme de génie qui fait faire un pas à la science, et qui y porte quelques vues neuves et intéressantes. J'ai parlé de Henri Kslieune, parce qu'il fut, comme dit l'abbé d'Olivcl, le plus habile grauimairien du xvi' siècle (en exceptant néanmoins Sanctius), parce qu'il eut véritablement beaucoup de savoir, et que les deux traités que j'ai cités de lui sont très-supérieurs il ce qu'écrivaient, dans le même temps, Itamus et d'autres sur la même matièrt.

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