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I. HERMÈS. — DISCOURS PRÉLIMINAIRE

ment pour conserver dans toute sa pureté le dépôt de la langue, commença à s'occuper du Dictionnaire connu sous son nom, et qui parut cinquante-cinq ans après (1). Établir nettement la signification des mots par des définitions exactes et précises, et leur usage par de bonnes règles de syntaxe ; à ces deux objets principaux, en joindre trois autres qui leur sont subordonnés, la quantité, ou la prononciation des mots, l'orthographe et Tétymologie ; faire servir celle-ci à la connaissance des radicaux, des acceptions diverses qui constituent le sens propre ou figuré, et des synonymes, qui ne sont que les nuances plus eu moins sensibles d'un même mot; empêcher que la langue ne se dénature et ne se dégrade, en proscrivant expressément les significations impropres et étrangères, les tours précieux, bizarres et recherchés ; démêler, dans les façons de parler nouvelles, ce qui enrichit réellement la langue, d'avec ce qui la rend pauvre ou ridicule (2) ; appuyer toutes ses décisions par des exemples tirés des écrivains les plus généralement admirés ou estimés, et qui semblent^ par là, le plus destinés à faire autorité : tels sont les principaux objets qu'on peut désirer dans un dictionnaire de la langue, et que celui de l'Académie aurait difficilement pu réunir, à Tépoque où on le donna pour la première fois. C'est la grammaire générale et philosophique qui doit servir de base à un ouvrage de cette nature, et elle n'existait pas encore, ou du moins celle qui existait^ et dont je parlerai tout à l'heure, ne pouvait pas faire autorité pour l'Académie. La science étymologique, dont la perfection dépend d'un grand nombre d'autres connaissances, était aussi très-imparfaite. Enfin, une assemblée nombreuse, quels que soient le mérite et les talents des individus qui la composent, peut difficilement donner à ses productions ce caractère d'unité, d'ensemble dans le plan et dans l'exécution, qui seuls peuvent cependant contribuer à leur perfection. On peut donc dire que le Dictionnaire de l'Académie contient une grande quantité d'excellents morceaux, mais qu'il s'y trouve aussi des définitions fausses, des locutions hors d'usage, et que la partie grammaticale, surtout, en est quelquefois vicieuse. Le principal mérite de cet ouvrage est de réunir une très-grande quantité de phrases usuelles qu'on ne trouverait point ailleurs, et qui, choisies avec discernement, pourraient faire une partie précieuse d'un bon dictionnaire.

Mais si cette production, donnée par l'Académie en corps, n'a

(1) En 1694, 2 volumes in-folio.

(2) Voy. l'article Dictionnaire^ clans V Encyclopédie %

pas contribué à fixer et à perfectionner la langue autant qu'on l'avait espéré, un grand nombre d'Académiciens ont travaillé avec succès à l'enrichir, les uns, par des ouvrages didactiques extrêmement utiles, les autres, par des chefs-d'œuvre immortels, dans tous les genres de poésie et d'éloquence. Vaugelas, l'un des premiers membres de ce corps illustre, et l'un des meilleurs grammairiens de son temps^ publia, en 16i7, ses Remarques sur la langue française^ ouvrage plein de mérite, d'observations judicieuses, et alors très-utiles, mais dont le plus grand nombre sans doute serait superflu, aujourd'hui que la plupart des questions résolues par Vaugelas ne feraient pas la matière d'un doute : la préface de cet estimable ouvrage, où l'auteur discute l'autorité de l'usage en matière de langue, est écrite avec beaucoup de raison, de noblesse et de pureté. La science étymologique commençait aussi dès lors à faire quelque progrès. Ménage publia, en 1650, ses Origines delà langue françoise, ouvrage imparfait, sans doute, et plein d'étymologies fausses ou ridicules ; mais il le retravailla dans la suite, et c'est encore ce que cet auteur a fait de plus utile : on ne lit plus ses Observations sur la langue^ et ses autres écrits, assez peu estimés dans le temps même où ils parurent; il faut en excepter pourtant sa Requête des dictionnaires ^ satire assez ingénieuse de celui de l'Académie, et qui empêcha Ménage d'être reçu parmi les quarante. Cependant quelques hommes savants et laborieux, pour échapper aux persécutions d'un ordre puissant, accrédité et jaloux de leurs talents et de leurs vertus, s'étaient retirés dans une maison de campagne voisine de Paris, où ils consacraient leurs travaux à l'éducation de la jeunesse, et aux progrès des sciences et des études. On sait quelle réputation ont eue tous les livres élémentaires qui sortirent alors de la solitude de Port-Royal. L'un des plus célèbres de ces pieux solitaires fut Antoine Arnauld, docteur en théologie. 11 eut le malheur de consumer ses rares talents et sa vaste érudition à écrire des ouvrages polémiques sur des sujets que ni lui ni ses adversaires ne pouvaient comprendre, et dont la société ne pouvait tirer aucune utilité; et l'on aurait oublié, sans doute, ces frivoles querelles, si elles n'avaient donné naissance à un des ouvrages les plus piquants et les plus originaux qui aient jamais été écrits dans notre langue, et peut-être dans aucune autre : Pascal défendit Arnauld, dans ses fameuses Lettres provinciales ; et la langue française reçut de cet ouvrage un caractère de précision, de grâce, de finesse et de pureté qu'elle n'avait pas encore.

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