I. HERMÈS. — DISCOURS PRELIMINAIRE
pénible et délicat de faire Ténumération exacte de tous les sons de notre langue, et d'assigner à chacun une marque particulière et distinctive; dans un autre il tente d'approfondir la théorie et les lois des verbes, et principalement des verbes irréguliers; il fait même un pas marqué vers la perfection de la Grammaire générale et comparée, en présentant des considérations importantes sur les diverses manières de conjuguer des Grecs, des Latins, des Français, des Italiens, des Espagnols et 'des Allemands. Dans tous ces écrits, dit rillustre d'AIembert, on trouve une métaphysique nette et précise, qui décèle le grammairien philosophe et non un simple grammairien de faits et de routine (1).
Mais quelques progrès qu'eût faits alors la science grammaticale, les méthodes d'enseignement étaient extrêmement vicieuses ; et il ne fallait ni une grande sagacité, ni de profondes réflexions, pour en démêler toute l'imperfection : mais il fallait du génie pour voir distinctement à quoi tenait cette imperfection, et pour proposer des réformes utiles ; il fallait un homme qui eût profondément médité sur la marche de l'esprit humain dans l'acquisition de ses connaissances ; qui eût l'expérience de l'enseignement, expérience qui n'est que trop souvent accompagnée de peines et de dégoûts auxquels l'homme de génie se soumet difficilement : cet homme néanmoins se trouva, et ce fut Dumarsais. Il sentit combien est absurde la méthode d'enseigner les langues anciennes dans un ordre directement contraire à celui dans lequel on apprend sa langue naturelle, ou même les langues étrangères, et combien il est ridicule de vouloir forcer l'esprit des enfants à produire, dans an temps où il n'est destiné qu'à recevoir; il comprit enfin que, dans les méthodes ordinaires, on enseigne le latin à peu près comme ferait un hommequi, pour apprendre à parler à un enfant, commenceroit par lui montrer la mécanique de la parole. L'ouvrage qu'il publia, en 1722, sous le titre ^'Exposition raisonnée d'une nouvelle méthode pour apprendre la langue latine, remédie à tous ces inconvénients. C'est là qu'il développe, avec infiniment de clarté et de précision, tous les avantages de la version interlinéaire, et il démontre avec la dernière évidence, qu'en y joignant les explications grammaticales et certains détails pratiques qu'il a indiqués, sa méthode ne saurait manquer d'avoir un succès prompt et facile. Mais, quoique ingénieuse et utile, elle était nouvelle ; elle semblait faire
(1) Voy. son Éloge de Dangeau* Les divers écrits dont on parle ici parurent ■nooessiT^ment en 1694, 1717 et 1721.
»ya APPENDICE.
la rritiqiie iJp l'ancienne, que pi'oté)(caîl l'ignorance ou la paresse di! quelques corps en pri^dit, el elle n'oblint qup le suffrage des honmie» felairés et impartiaux, c'esl-à-<lire, du très-petil nombre. Vainement l'auteur répondit d'une manière victorieuse aux critiques qu'en flt le Journal de Trévoux, dès les premiers moments qu'elle parut : on continua, dans tous les établissements public», k se servir de l'ancienne méthode, qui régnait encore despotiquement dans les collèges à l'époque de leur destruction (1).
L'homme de génie n'a pas besoin des applaudissements de la multitude pour se sentir entruîné A suivre la carrière où il est une fois entré avec quelque succès: le suffrage d'un petit nombre de juges éclairés, une sorte d'instinct qui, en fait de science et de raisonnement, ne peut giière tromper sur le mérite d'une découverte de quelque importance, l'atlrait mCme de la méditation, quand elle a pour but des objets utiles, tout l'invite h se porter avec ardeur k des travaux plus étendus, et le dédommage de l'injustice du public. Dumnrsais avait le Journal dt Trévoux contre lui, mais il avait eu sa faveur la raison et des expériences multipliées : il neso sentit point découragé. Il travailla à un ouvrage qui devait embrasser dans toute son étendue l'art de la parole. La connaissance de la proposition et de la période, en tant qu'elles sont composées de mots dont les l4irminaisons et l'arrangement leur font signifier ce qu'on a dessein qu'ils signiSent ; l'orthographe; la pi-osodte, c'ost-?i-dirc, l;i p;irtic di' la f,'riimm.iire qui traite do la prononciation des mots et de la quantité des syllabes; l'étymologie ; les préliminaires de la syntaxe, ou la partie qui traite de la nature des mois et de leurs propriétés grammaticales, c'est-à-dire des nombres, des genres, des personnes, des terminaisons, et qui contient ce qu'on appelle les rudiments; la syntaxe, et enBn la connaissance- des Iropes. ou des différents sens dans lesquels un même mot est employé dans une même langue : tels étaient les objets dont il devait s'occuper ; telle est l'idée qu'il s'était faite des diverses parties de la grammaire.il publia, cn1T30, le traité des Tropes, qui devait, selon lui, terminer son grand ouvrage, et il mit en tête de ce traité un avertissement dont j'ai tiré ce que je viens de dire de sa doctrine.
(t) Un écrivain élégant, ingénieux et célèbre pKr plusieur» ourr&gea utiles à l'éducation de la jeunesse, l'abbé Pluche, la reproduisit, en ITSl, avec quelquei roocliBcalions, et appuyée des preuves les plus Tortea que purent lui fournir la raison et l'expérience : sa liicaniiiue de» laitgut* n'eut pas plua de snccè* que VErpositioi