‹ MélangesChapitre 221 sur 269 · I. HERMÈS. — DISCOURS PRÉLIMINAIRE · texte numérisé non relu

I. HERMÈS. — DISCOURS PRÉLIMINAIRE

langue parlée, c'est-à-dire, Taccent, la quantité et l'aspiration, qui constituent la prosodie, n'est pas moins indispensable pour donner au poète et à Torateur les moyens d*embellir leurs productions des charmes de Tharmonie, à laquelle il n'y a point d'être bien organisé qui ne soit plus ou moins sensible. L'abbé d'Olivet donna, en 1736, un Essai véritablement intéressant sur cette matière ; le style en est généralement pur et correct, et la marche philosophique et très-instructive. L'auteur commence par déterminer comment et jusqu'à quel point on s'était occupé en France d'éclaircir le sujet qu'il traite ; ensuite il entre en matière : il parle des trois objets que comprend la prosodie, comme nous venons de le dire ; il donne des définitions claires, précises, et un grand nombre d'exemples propres à étendre et à déterminer nos connaissances sur ces objets, et il finit par développer l'utilité et les avantages de ce genre d'étude, relativement à la poésie et à l'art oratoire. Cet ouvrage de labbé d'Olivet est aussi un monument précieux pour la langue française, parce qu'il contribua, jusqu'à un certain point, à la fixer ; et l'auteur peut être compté parmi les plus habiles grammairiens de notre siècle. Il faut convenir néanmoins que les Essats de grammaire qu'il publia depuis son Traité de la prosodie n'ont pas le même mérite. L'auteur avait été chargé par l'Académie d'écrire sur nos quatre espèces de mots déclinables qui sont le nom, Yariicle, le verbe et le pa^Hicipe: mais, quoiqu'il y ait dans tout ce qu'il dit une connaissance assez approfondie de l'usage et des principes de notre langue, des observations fines et des détails instructifs, on n'y trouve ni autant d'exactitude, ni autant de justesse de raisonnement que dans les écrits de Dumarsais sur les mêmes objets.

On peut porter à peu près un jugement pareil sur le livre intitulé : Vrais Principes de la langue françoise^ publié, en i7i7, par l'abbé Girard. Le véritable titre de cet écrivain à l'estime de la postérité est son Traité des Synonymes. On a peine à concevoir comment deux ouvrages aussi différents peuvent être sortis de la même main : non pas que le livre des Principe* soit mauvais ; il y a même beaucoup de vues neuves, ingénieuses, et qui décèlent un homme versé dans l'étude des langues, un philosophe qui avait secoué beaucoup de préjugés anciens ; et quand il n'aurait que le mérite d'avoir senti que la science avait besoin d'être entièrement renouvelée, et d'avoir tenté d'établir un système plus conforme au génie des langues modernes, ce mérite-là, du moins, ne saurait lui être contesté. Mais cet ouvrage ne remplit ni l'espoir, peut-être un peu exagéré, que

l'auteiir en avait conçu, ni même l'atlcnte légitime que le public éclairé pouvait en concevoir. Le style en est souvent peu conforme au sujet, et dégénère en afTeclalion, en tours précieux et recherchés ; les dénominations nouvelles paraissent quelquefois multipliées sans sujet, &t sont rarement heureuses : enfin, l'ensemble du système ne porte aucun de ces caractères frappants qui accompagnent In vérité ou du moins les idées qui en approchent ; l'esprit n'est ni éclairé ni même séduit assez pour y donner sou assentiment.

11 est une science sans laquelle on ne peut guère se flatter de pénétrer fort avant dans la théorie générale de la parole, science dont le but est d'analyser les langues en recherchant leurs origines, leurs éléments radicaux, les combinaisons dont ils sont susc«ptil>les, et par laquelle on parvient à pouvoir les comparer entre elles sous toute sorte de rapports, grammatical, philosophique, histoiique, etc.; c'est la science des étymologies. C'est d'elle que dérivent, dit un philosophe moderne (I), les règles de cette grammaire générale qui gouverne toutes les langues, à laquelle toutes les nations s'assujettissent en croyant ne suivre que les caprices de l'usage, et dont les grammaires particulières ne sonlque des applications partielles incomplètes {i). La .science étymologique, malgré les travaux successifs de plusieurs savants illustres, parmi lesquels on compte Ménage, Huel, Caseneuve, le P. Bcsnier, était encore fort imparfaite, lorsque l'ouvrage du président Debrosses parut, en 1763. Une érudilion vasieet bien digérée, mie philosopliie saine et lumineuse, des recherches profondes surl'organe vocal de l'homme et sur l'influence naturelle et nécessaire de son organisation dans la formation et le progrès des langues ; un système où tout est lié, dont toutes les parties se prêtent un appui réciproque, et s'éclairent, pour ainsi dire, d'une lumière mutuelle : tels sont les caractères qui distinguent le Tn-ité du la formation mécanique des langues, et qui placent son auteur nu premier rang parmi ceux qui ont écrit sur les principes de l'étymologie.

Court de Gébelin se montra, peu de temps après, dans la même carrière, et y débuta par un ouvrage dont le plan seul annonçait un génie hardi, capable d'embrasser la plus vaste étendue d'objets, et dont l'exécution montra non-seulement un écrivain laborieux el d'une érudition immense, mais, ce qui est très-rare en ce genre, un écrivain élégant el fleuri. Le Monde primitif , analysé et comparé avec

(i) rTurgot.)

(2) V07. l'article Ètymologù!,i« VEncyelopidie.

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