‹ MélangesChapitre 226 sur 269 · I. HERMÈS. -~ DISCOURS PRÉLIMINAIRE · texte numérisé non relu

I. HERMÈS. -~ DISCOURS PRÉLIMINAIRE

Note 6, page 542.

François Bacon, grand chancelier d'Angleterre sous le roi Jacques l^*, naquit à Londres en 1560. Je ne veux que donner ici une idée sommaire de sa doctrine sur les principales parties de la grammaire, telle qu'il Ta exposée dans le chapitre I«r du sixième livre de son ouvrage intitulé : De la dignité et de V accroissement des sciences, « Venons maintenant, dit-il, à Tart de transmettre, d'exprimer et d'énoncer nos idées, nos jugements, et les faits déposés dans notre mémoire ; art que nous appellerons, en général, traditif^ et qui embrasse tous ceux qui ont rapport aux mots ou au langage... Nous le diviserons en trois parties : doctrine de Vorgane, doctrine de la méthode, et doctrine de Yomement du discours.

« La doctrine de l'organe du discours est ce qu'on appelle aussi grammaire; elle se divise en deux parties : l'une, qui a le langage pour objet; l'autre, relative à Vécriture; car c'est avec raison qu'Aristote a dit : « Les mots sont les signes « des idées, les lettres sont les signes des mots. » Nous regarderons ces deux

choses comme étant du domaine de la grammaire Celle-ci est, en quelque

sorte, le lien commun des sciences, comme le voyageur l'est des pays qu'il parcourt ; elle n'occupe pas le rang le plus distingué, mais elle est très-nécessaire, dans un temps surtout où la connaissance des langues savantes peut seule conduire à la science Un ouvrage véritablement précieux et intéressant, à ce qu*il

me semble, serait celui où un homme qui posséderait parfaitement le plus grand nombre ppssible de langues savantes et vulgaires, traiterait des propriétés de chacune d'elles, montrant avec précision en quoi elle excelle, et en quoi elle est défectueuse ; car, de cette manière, les langues pourraient s'enrichir par des échanges mutuels; et l'on pourrait se faire le modèle d'un langage parfait, et propre à exprimer avec noblesse et dignité toutes nos pensées; d'un langage enfin qui, comme la Vénus d'Apelle, réunirait tous les genres de beauté propres

à chacune des autres langues Je regarde comme du ressort de la grammaire

toutes les propriétés accidentelles quelconques des mots, comme le son, la quantité, l'accent Peutrétre pourrait^on remarquer, sur ce sujet, que l'on a jusqu'ici

traité avçc un grand détail de l'accent des mots, et jamais de celui des pensées (Vaccent oratoire). »

« L'orthographe vulgaire a donné lieu aune difficulté ; il^s'agit de savoir s'il est nécessaire d'écrire les mots comme on les prononce, ou suivant la manière ordinaire; mais ces réformes que l'on prétend introduire dans l'écriture, pour la rendre conforme à la prononciation, me paraissent du genre des subtilités inutiles ; car la prononciation elle-même s'altère tous les jours et n'a rien de stable ; et l'origine des mots, surtout de ceux qui sont tirés des langues étrangères, finit par s'obscurcir tout à fait ; enfiu, comme l'orthographe ordinaire n'empêche pas qu'on ne prononce suivant l'usage reçu, et laisse toute liberté à cet égard, quel avantage peuvent procurer des innovations de cette espèce f »

Bacon passe ensuite à l'explication de ce qu'il appelle doctrine de la méthode, c'est le sujet du chapitre II ; à la doctrine des ornements du discours, qui n'est autre chose que la rhétorique, et c'est la matière du chapitre III. Il y a beaucoup d'excellentes choses et de vues profondes dans ces deux chapitres, et principalement dans celui de la méthode. « Il faudrait, dit-il entre autres, que Ton suivit, pour enseigner les sciences, la marche qu'ont suivie, dans l'origine, les inventeurs. Cela même est très-facile dans les connaissances acquises par induction ;

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mais pour les connaissances anticipéei et prématurées, comme le sont communément celles dont nous faisons usage, il serait difficile de dire par quelle voie on est parvenu à les acquérir. Cependant on pourrait toujours apprécier en plus ou en moins ses idées acquises, en repasser pour ainsi dire les traces, reyenlr sur les motifs de Tassentiment qu*on y a donné, et b^naplanter la science dans Tesprit des autres, par des moyens analogues à ceux par lesquels on Ta acquise. »

Le citoyen Garât, dans le discours que j'ai déjà cité (p. S58), a su apjffécier le g^nie, le style et la philosophie de Bacon d^une manière vraiment digse de ce grand homme, et avec une éloquence proportionnée au sujet. II a Tramient Tari, qu*il attribue lui-même au chancelier d* Angleterre, de rendre la raison plus éclatante sans la rendre moins exacte, u La méthode de Bacon, dit-il, a changé la foce

des sciences, et les sciences, depuis Bacon, ont changé la face du monde

L*ancienne mythologie, parmi ses divinités, en avait une qu'elle représentait avec deux tètes. Tune tournée vers les siècles écoulés, qu'elle embrassait d*un seul regard ; l'autre vers les siècles à venir, qu'elle embrassait aussi, quoiqulls n'existassent pas encore : on dirait que c'est l'image et l'emblème du génie de Bacon. »

Note 7, page 585.

Jean Locke, né, en 1632, à Wrington, dans le comté deSommeraet, mourut en 1704. Il parait qu'il n'avait encore rien publié avant l'an 1685, oh Ton imprima sa première Lettre iwr la tolérance; et c'est en 1689 que parut, pour la prei^ière fois, son Estai sur l'entendement, ouvrage qui le place parmi les écrivains qui ont le plus contribué au perfectionnement de la raison humaine. Tout le troisièma livre de VEssai sur l'entendement est consacré à des considérations importantes sur las mots, et Locke est le premier, dit Condillac, qui ait écrit en véritable philosophe sur cette matière. Les mots sont les signes de nos idées, et ils ne peuvent représenter que des idées générales : telle est Tidée principale, dont les développements occupent une partie de ce troisième livre. L'auteur montre ensuite combien les mots sont souvent imparfaits, et pourquoi ils le sont.; combien Tabus qu'on en fait dans un très-grand nombre de circonstances est funeste et dangereux la plupart du temps, et comment cela arrive; il finit par proposer des vues sur les moyens de remédier à cet abus et à cette imperfection des mots.

On s'étonne, en voyant combien la philosophie avait fait des progrès en Angleterre, que la grammaire en eût fait si j)eu avant le milieu de ce siècle, où l'ouvrage d'Harris a paru. Le docteur Swift, dans une lettre adressée, en 17H, au lord grand trésorier d'Angleterre, se plaint qu'il n'y ait pas encore un bon livre élémentaire sur la grammaire. Cette lettre intitulée : Projet pour corriger, perfectionner et fixer la lanyue^ n'est pas un des morceaux les moins curieux des nombreux et intéressants ouvrages de cet illustre et ingénieux philosophe; j'en vais extraire quelques passages relatifs à l'histoire de la langue anglaise : c Dans le xi« siècle, Edouard le Confesseur, (pli avait longtemps vécu en France, commença à introduire quelques mots français dans l'idiome saxon...*.. Guillaume le Conquérant tenta de rendre universel l'usage de la langue française en Angleterre ; c'est du moins l'opinion généralement reçue. Mais je suis convaincu que l'usage de cette langue devint plus gênerai encore parmi nous, dans le siècle suivant, sous le règne de Henri II, qui ayant possédé dans le continent de vastes

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