II. ROSCOE. - LETTRE AU C. LECOUTEULX
sister, c'est d'établir et de maintenir .cette égalité par tous les moyens qui sont' en son pouvoir. Or , le moyen le plus sûr et le plus efficace pour parvenir à ce but , c'est de propager les lumières et la vérité sur tous les objets. Voilà pourquoi tout, dans une république, même les lois, même la constitution, doit être l'objet d'un examen continuel. Les lois, tant qu'elles ont la sanction des pouvoirs qui les ont établies et qui sont chargés de les conserver, doivent enchaîner les actions du citoyen ; mais sa soumission ne saurait s'étendre plus loin sans devenir absurde ou funeste : les lois ne peuvent enchaîner ni sa raison ni ses lumières ; autrement, il n'y aurait plus d'amélioration possible ; et la plus noble faculté de l'homme, sa perfectibilité indéfinie, se trouverait, sinon anéantie, du moins prodigieusement entravée. Cette vérité est sensible, et doit être admise sans difficulté parla masse du peuple, dans un État libre, parce que l'intérêt de tous est que les lois soient égales, et les meilleures possibles pour tous. Mais il ne saurait en être de même dans les États où le système absurde de l'hérédité est admis; car il est évident que, là, les lois, les institutions étant établies pour et par un petit nombre de familles et d'individus au préjudice du reste de la nation, ceux-ci ont le plus grand intérêt à faire du respect pour les lois une espèce de culte dont ils sont les ministres, et qui ne souffre de modifications que par les empiétements continuels, mais presque insensibles, du pouvoir despotique sur le peu qui reste de droits et de libertés à la nation. En un mot, chez les peuples libres, le respect pour les lois est un calcul de l'intérêt général et individuel bien entendu. Chez les peuples esclaves, c'est une religion qui, comme toutes les autres, ne souffre point d'examen, parce qu'elle ne saurait le supporter.
Ces réflexions peuvent servir à nous faire comprendre pourquoi les modernes, qui, depuis la renaissance des lettres, ont égalé et souvent même surpassé les anciens dans certaines parties des sciences et de la littérature, n'ont point encore eu d'historiens que l'on puisse comparer aux Thucydide, aux Tite-Live, aux Tacite, etc. En général, il me semble que nos écrivains ont rarement envisagé l'histoire sous son point de vue le plus important ; il me semble que cette science, traitée par des hommes de génie avec la méthode rigoureuse que l'on a déjà portée dans quelques autres sciences de faits, pourrait fournir un corps complet de doctrine propre à fonder le bonheur social sur sa véritable base, c'est-à-dire sur la connaissance positive des rapports qui lient les hommes entre eux. L'histoire, présentée sous cet aspect, ferait disparaître sans retour un