IV. CORAY. — VIES DE PLUTARQUE
examen, qui a duré une semaine, a été constamment suivi par une affluence si iiombreuse de spectateurs de toutes les classes que les bâtiments de Técole pouvaient à peine les contenir; Tévèque, à la tète de son clergé, n'a cessé d'encourager par sa présence et par ses applaudissements les talents et les efforts du maître et des élèves, et a prouvé ainsi que le véritable amour de la religion s'allie dans les âmes honnêtes avec celui de la science, parce que Tune et Tautre sont des bienfaits pour rhumanité. C'est au milieu de ces séances où la joie de voir les lumières rappelées enfin dans leur antique séjour, se manifestait tantôt par de bruyants applaudissements, tantôt par un silence d'attendrissement^ où tous les yeux mouillés de larmes exprimaient d'une manière encore plus vive les sentiments dont on était animé; c'est dans un de ces moments qu'un vieillard, frappé des avantages qu'offrait cette intéressante institution, s'écria avec enthousiasme : « 0 Dieu ! c'est une seconde raiaon que tu donnes à l'honne !»
J'ai cru pouvoir donner quelque étendue à ces détails puisés dans des lettres écrites par des témoins oculaires des faits que je raconte, parce qu'il m'a semblé que ces faits ne seraient pas tout à fait déplacés dans un journal spécialement consacré à suivre et à signaler les progrès de Tesprit humain dans tous les genres de connaissances et dans tous les pays. Si pourtant quelques personnes ne me trouvaient pas suffisamment justifié par cette considération, j'oserais leur rappeler cet adag^e si connu, et qui exprime un sentiment dont on ne saurait trop se pénétrer :
Homo sttm : htimani nihil a me alienum puto.
cherché à alarmer les Turcs sur cette espèce d*essor que prend la nation grecque. A quel degré de bassesse la fureur de nuire peut faire descendre des hommes qui pourtant sont sans doUte fiers de leur rang et de la civilisation de leur patrie !
90 mélan(;es de fel François thuhot.
Mii9a>v 'Aiacoi7eî(ov auvaY<(>Y^* Recueil de fables d'Ésope, imprimé aux frais des frères Zosima, pour ceux qui étudient la langue grecque, 1 vol. 8", de près de 600 pages, à Paris, de rimprimeric d'fcberhart, 1810. {Mercure de France, avril 1811, t. XL VII, page 7.)
Qui ne sait combien notre esprit trouve plus de charme dans la contemplation des vérités morales, lorsqu'elles lui sont offertes sous le voile transparent de la fable ou d'une ingénieuse allégorie, que lorsqu'on les lui présente dans un langage simple et austère, plus propre à convaincre la raison qu'à toucher le cœur ou à séduire l'imagination ? En effet, soit que le léger effort que nous faisons pour apercevoir ce qu'on veut nous faire entendre, et qu'on ne nous dit pas, nous rende plus attentifs, ou que notre amour-propre soit flatté de deviner ce qu'on avait Tair de vouloir nous déguiser; soit enfin que cette lumière de reflet, si Ton peut s'exprimer ainsi, qui semble se porter comme par hasard sur nos défauts, nos vices ou nos ridicules, nous blesse moins qu'une lumière directe qui viendrait les frapper tout à coup, et étaler aux regards tout ce qu'ils ont de hideux ou de choquant; il est certain que les fables nous plaisent et nous attachent souvent plus que la vérité même, et que, par leur moyen, celle-ci se grave plus sûrement et plus profondément dans notre esprit.
Tous les peuples de l'antiquité ont connu Tusage de cette sorte de fictions que nous désignons plus particulièrement par le nom à' apologue, et qui consiste à prêter aux animaux, aux plantes même et quelquefois aux êtres inanimés, un langage, des passions ou des actions analogues à celles des hommes. Dans cette vie toute champêtre des premiers peuples, soit pasteurs, soit cultivateurs, on avait sans cesse occasion d'observer