V. CORAY. — RECUEIL DE FABLES D'ÉSOPE
les habitudes des animaux, leurs ruses, leurs divers moyens de pourvoir à leur subsistance ou à leur sûreté. Il était impossible de méconnaître dans toutes leurs démarches une intention, un but déterminé, et de là à leur supposer une raison à peu près semblable à la nôtre, à leur prêter notre langage, il n*y avait, pour ainsi dire, qu*un pas. On supposa même et Ton alla jusqu'à croire qu'il y avait eu un temps où les animaux parlaient; l'aventure de Tânesse de Balaam et la fable du cheval d'Achille pourraient prouver que cette opinion fut, à une certaine époque, plus sérieuse qu*on ne serait porté à le croire d*abord.
Ésope fut, chez les Grecs, non pas le premier qui créa ce genre de fictions, mais celui qui, par Tusage heureux et fréquent qu'il en fit, parvint, en quelque sorte, à se l'approprier tellement qu'on appelait Fables d Ésope ou Ésopiennes toutes celles qui furent composées par quelques-uns de ses contemporains, et même par les auteurs qui le précédèrent ou le suivirent immédiatement. Les Athéniens attachèrent tant de prix au talent d'Ésope, il leur parut avoir si bien mérité de l'humanité en rendant la morale tout à fait populaire, et accessible même à Tenfance, qu'ils n'hésitèrent pas à lui faire ériger une statue par leur célèbre sculpteur Lysippe (1), à côté de celles des sept sages de la Grèce. « Ainsi, dit Phèdre, ils consacrèrent par un monument immortel la mémoire d'un esclave, afin de convaincre tous les hommes qu'il n'est personne qui ne puisse aspirer à la gloire, et qu'elle n'est pas le partage du rang ou de la naissance, mais celui de la vertu (â). »
Ce sont ces fables répandues autrefois parmi les Grecs sous
(1) Voyez, à ce sujet, une très-jolie épigramme grecque d^Agathias, dans les Anal. gr. de Branck, t. III, p. 45.
(2) ^sopo ingentem statuam posuére Attici , Sennimque collocàrunt œterna in basi, Patere honoris scirent ut cuncti viam, ^ec generi tribui, sed virtuti gloriam.
Pb»dr. Epil., I, 2,
le nom d*Ésope, dont un homme profondément versé dans la connaissance de leur langue nous a donné récemment un recueil extrêmement intéressant sons plusieurs rapports. Tandis que Tun des premiers corps littéraires de TEurope décernait aux nombreux et utiles travaux de M. Coray une récompense honorable, tandis que la médiocrité jalouse se consumait en vains efforts pour égarer Topinion sur son compte, ce savant modeste, loin de songer à repousser les attaques de ses adversaires, poursuivait en paix le cours de sa vie laborieuse^ et tout en continuant de donner ses soins à Tédition jies Vies de Plutargue, dont le troisième volume doit bientôt paraître, et à la traduction de Strabon, qui lui a été confiée par le gouvernement (1), il terminait cette édition des Fables d'Ésope, formant le septième tome de la Bibliothèque grecque, dont il a entrepris la publication il y a quelques années.
Ce volume se compose : l"" d'un discours préliminaire, en langue grecque moderne, sur Ésope et sur la présente édition des fables qui lui sont attribuées; 2" du texte grec, divisé en deux parties, dont Tune contient quatre cent vingt-six fables, et l'autre, sous le titre de Fables parallèles (içx^iiyrjkov ptûftoi), présente à peu près tous les mêmes sujets, au nombre de trois cent soixante-six, traités d'une manière un peu différente; des notes placées au bas des pages indiquent les sources où chacune de ces fables a été puisée, les imitations qui en ont été faites par les meilleurs écrivains et l'indication des divers endroits de leurs ouvrages où ils y ont fait allusion; 3'! vient ensuite une partie de trente-deux pages d'impression, en petits caractères, contenant de courtes annotations sur le texte de la partie précédente, puis une table comparative du textf3 donné par le nouvel éditeur, et de celui qu'avaient adopté les éditeurs précédents; 4" le volume est terminé par les index des auteurs cités, des fables, des noms et des mots remarquables, etc., et
(1) Concurremment avec deux savants célèbres, MM. Laporte-Dutheil et Oosselin, membres de Tlnstitut. Il en a paru deux volumes. Les livres III et IV, avec les notes qui les accompagnent, sont de M. Coray.