HORAT., A. P., Y
Si la Grèce, particulièrement à Tépoque ou florissait Euripide (1), produisit tant d'hommes d'un mérite éminent, dans la poésie, dans l'éloquence, dans la guerre, dans la politique et dans les arts, c'est qu'alors tout l'ensemble des connaissances que l'on pouvait avoir acquises, entrait dans le système d'une éducation libérale. Euripide, par exemple, ne s'était pas exclusivement livré à l'étude des lettres et de la poésie : aidé des leçons du sage Anaxagore, il avait tenté de pénétrer dans la connaissance des merveilles que la nature offre sans cesse à nos regards; il y avait appris à reconnaître qu'une intelligence suprême doit nécessairement présider à ce mystérieux enchaînement de causes et d'effets, qui décèle de toutes part une sagesse et une puissance infinies.
L'un de ces sophistes célèbres, qui méritèrent sans doute l'opprobre attaché à leur nom, puisqu'ils pervertissaient la morale, en introduisant dans la philosophie un scepticisme absolu, mais qui rendirent néanmoins d'importants services à la grammaire et à l'art oratoire, Prodicus de Céos, avait été son maître de rhétorique. Il s'adonna même avec beaucoup d'ardeur, dans sa jeunesse, à CCS exercices gymnastiques, auxquels on consacrait alors un temps considérable, et qui étaient une sorte de passion chez les Gxecs, mais il paraît qu'il s'en dégoûta de bonne heure : il fallait i\ un esprit aussi cultivé que le sien, et à une âme aussi élevée, d'autres objets d'intérêt.
Dans un gouvernement purement démocratique, et chez un peuple extraordinairement susceptible de se laisser influencer par le talent de la parole, la carrière de l'éloquence offrait à l'ambition d'Euripide une brillante perspective : mais ce peuple capricieux et
(1)11 naquit la l^c année de la 75** olympiade (480 ans avant le commencement de notre ère vulgaire}. Dans cette même année, Thémistocle gagna sur les Perses la bataille navale de Salamine; et c'est dans cette île, où les Athéniens avaient été forcés de chercher un asile, qu'huripide vit le jour. Vers la tin de sa vie, il se retira à la cour du roi Archelatls. roi de Macédoine; il y périt par un accident funeste : il fut, dit-on, déchiré par des chiens, à Tdge de soixante-treize ans, la 30 année de la 93° olympiade. — Voyez sa Vie, par Barnès,