‹ MélangesChapitre 245 sur 269 · V. QU'EST-CE QUE LA PHILOSOPHIE · texte numérisé non relu

V. QU'EST-CE QUE LA PHILOSOPHIE

de faits que Ton considère existe, et se trouve fondée sur sa véritable base. Mais si Ton admet, ou si Ton suppose des faits qui n'existent pas, c'est-à-dire, dont aucune observation, aucune expérience n'attestent et ne confirment la réalité, dès lors Tesprit ne fait que flotter d'erreurs en erreurs, incessamment abusé par les plus ridicules ouïes plus dangereuses illusions. L'histoire des sciences nous offre de toutes parts la preuve de cette vérité.

Ainsi l'astronomie n'est devenue une science certaine et dont la marche progressive a été assurée que lorsqu'on a été bien convaincu qu'elle devait se borner uniquement à l'observation des phénomènes célestes, à la description du cours des astres, de leurs révolutions constantes et de tous les faits de ce genre qu'une attention soutenue pourrait révéler au talent de l'observateur. L'application de la plus sublime géométrie n'a môme été d'une grande importance pour les progrès de cette science, qu'en ce qu'elle oflrait un moyen puissant d'arriver à des déterminations plus rigoureuses dans l'appréciation des phénomènes.

Mais tant qu'on s'imagina qu'il était possible d'expliquer par des hypothèses tout à fait arbitraires les faits qu'on avait déjà constatés ; tant qu'on s'obstina à supposer que le cours des astres, et leurs situations respectives, observées dans un moment donné, avaient quelque rapport assignable avec les destinées futures des hommes qui naissaient dans ce moment-là; tant qu'on persista, dis-je, dans ces déplorables illusions, l'étude des corps célestes, connue alors sous le nom d'astrologie, n'offrit qu'un amas d'absurdités puériles et d'erreurs dangereuses.

11 en fut de même de l'étude des corps de toute espèce qui s'offrent sans cesse à nos regards sur la terre ou dans son sein ; tant que l'avarice ou le charlatanisme ne se proposèrent pour but, dans cette étude, que la recherche d'un prétendu grand œuvre, de cette ptefTe chimérique, dite des philosophes, qui devait avoir la propriété de convertir en or les autres métaux, de guérir comme par enchantement toutes les maladies, et de prolonger indéfiniment la vie des hommes ; Ton n'eut, sous le nom d'alchimie, qu'un mélange impur de recettes empiriques et d'énigmes obscures, au milieu desquelles se perdaient quelques faits curieux et importants, que l'on n'avait pu s'empêcher de remarquer.

Mais du moment où, renonçant aux chimères que l'on avait si longtemps et si péniblement poursuivies, on eut commencé à comprendre qu'on ne peut rien apprendre sur la nature et les propriétés des corps qu'en observant avec une constance infatigable les phéno-

m^nes de Lout gcnri! qu'ils manisfestent ; du momenl où Toq eut reconnu qu'il n'y a [inint d'antre moyen d'arriver à la connaissanre des parties cuDslittiunles de» corps, que rexamcn des composés formés par la combinaisun de ces parties; que c'est l'unique voie par laquelle puisse se révéler à notre intelligence la nature ou le mode d'action de la puissance en vertu de laquelle ces conibioaisons ont lieu ; de? lors, exista une science nonvello et positive, /a chimie, dont les progrès rapides ont ai fort illustré la dernière moitié du siècle précédent, et dont les applications multipliées ont si prodigieusement arrrn, etaccroissenlencuiechaque jour noLie industrie, nos richesses et nos jouissances.

Il me serait facile. Messieurs, d'appliquer des rétlesions du même genre à toutes les autres branches de la connaissance humaine, à la physique, à la médecine, et mémo aux sciences morales et pohtiques, et vous devinuz d'avance que je serais conduit au m^mo résultat. U est donc évident que toute science réelle, toute connniKKiincc positive, ne consiste qu'en des séries plus ou moins étendues de faits soigneusement observés, et dont l'ordre i^t la succession ont été constatés par des expéricoces nombreuses et diverses, qui nous mettent à m&me de prévoir, dans bien des cas, avec certitude, ce qui doit suivre de telles ou telles circonstances données ou connues ; circonstances qui ne sont elles-mêmes que des liiits de la réalité desquels nous sommes assurés, soit immédiatement, soit d'une manière indirecte.

Un m'objectera peut-être ces longues suites de raisonnements et de déductions dans les sciences qui ne sont fondées, dil-on,que sur des délinitions arbitraires ou sur des notions abstraites; comme l'arilhmétique. l'algèbre, la géométrie, et ce qu'on appelle en général les mathématiques pures, ou comme les théories d'un grand nombre de métaphysiciens sur l'inlini, l'absolu, l'essence, la substance, les catégories, l'être et d'autres dénominations de ce genre. Ce ne sont, me dira-t-on, ni les faits, ni l'observation qui conduisent à une grande habileté dans ces sortes de combinaisons; elles consistent essentiellement dans un travail de l'esprit qui tire tout de son propre fonds.

Mais je répondrai, premièrement, que les définitions qui servent de base aux sciences mathématiques ne sont point du tout arbitraires, et qu'au contraire elles sont fondées sur des données de la nature, sur des faits primitifs de notre sensibilité et de notre constitution intellectuelle; en second lieu, que leur utilité, comme moyen d'arriver à la connaissance de la vérité, vient uniquement

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