‹ MélangesChapitre 247 sur 269 · V. QU'EST-CE QUE LA PHILOSOPHIE · texte numérisé non relu

V. QU'EST-CE QUE LA PHILOSOPHIE

Car, premièrement, elle a sur toutes les autres cet avantage unique, et singulièrement remarquable, que chaque homme peut, à tout moment, en trouver en lui-même tous les matériaux et toutes les données. Le botaniste, le physicien, le minéralogiste, ne peuvent jamais recueillir, après bien des fatigues et des soins, souvent même avec des dépenses très-considérables, qu'une partie plus ou moins incomplète des objets nécessaires à leurs travaux et à leurs observations ; mais pour ce genre d*étude si curieuse et si intéressante, dont Thomme lui-même est Tobjet, il suffit à chacun de nous de rentrer en soi-même pour y trouver tout ce dont il â besoin ; ou, pour mieux dire, ce n*est que de cette manière qu'il peut espérer de le trouver.

En second lieu, non-seulement il ne s'agit que d'observer des faits que nous pouvons, avec un peu d'attention, reconnaître en nous-mêmes ; mais ces faits sont ceux que les hommes de tous les pays et de tous les temps ont éprouvés, reconnus et marqués dans toutes les langues, quoiqu'ils ne se proposassent pas directement ce but, en sorte que ces faits ont été dès longtemps désignés par des noms vulgaires, dont la justesse et la propriété se dérobent quelquefois à notre observation, parce que leur acception première se trouve, par l'abus du langage, surchargée de plusieurs significations accessoires, qui en altèrent le sens véritable.

Voilà pourquoi j'éviterai, autant qu'il me sera possible, les termes étrangers ou purement techniques, m'appliquant, au contraire, à n'employer que des expressions du langage ordinaire, toujours prises dans le sens où elles sont le plus communément usitées.

Je vous ai fait connaître le but et l'objet essentiel de ce cours : à présent. Messieurs, je vais indiquer en peu de mots la marche que je me propose de suivre. J'examinerai d'abord de quels faits élémentaires, ou primitifs, se compose tout acte de connaissance, quel qu'il soit, et ainsi je ferai voir de quelles facultés particulières se compose la faculté générale de connaître. Car, à parler rigoureusement, aucun fait de notre entendement n'est simple ; et, dans ceux qui nous semblent le plus mériter cette qualification, une analyse exacte et une observation attentive nont font bientôt découvrir le concours ou l'influence simultanée d'un nombre plus ou moins grand d'autres faits, c'est-à-dire d'un nombre plus ou moins grand de facultés; car ce mot désigne proprement une certaine classe de faits ou de phénomènes d'une môme espèce.

Connaître la foule des objets c|ui l'environnent le plus habituellement et les rapports multipliés que très objets ont avec lui, est, comme nous l'ayons dit en commençant, une des conditions indispensables, non-seulement do l'existence de l'homme, mais encore de celle des animaux; car ceux-ci connaissent aussi un ^and nombre d'objets, et savent en dislinguor les qualités et les propriétés diverses ; en sorte qu» jusque-là, et sous ce rapport, tout semblerait à peu prÈs égal, et le serait en elTet, entre l'homme et les animaux, au motus ceux dont le mode d'existence un TorgHoisa- Uon a le plus d'analogie avec la sienne.

(Cependant il a t^ur eux tous une supériorité tâllemenl incontestable, qu'il est impos.tiblo de ne pas reconnaître, entre eux et lui, une différence qui tient, non-seulement à quelque degré de finesse, d'activité ou de perrecliun plus grand dans les facultés qui lui sont communes avec enx, mais qui indique nécessairement en lui l'esistonce de quelque Taculté rl'imc nature particulière, dont Us sont entièrement dépourvus.

Cette faculté. Messieurs, c'est la parole, à laquelle appurtienl l'ordre df faits ou d'idées que nous nommons abstractions, conceptions et notions. Car il ne sulBt pas, pour constituer l'abstraclion proprement dite, que l'ûtrc capablu de connaître sente ou remarque une qualité, une partie quelconque séparément du tout auquel elle appartient; il faut encore qu'il ait appris à ta voir et h la reconnaître dans un signe qui, ne lui ressemblant souvent en aucune manière, ne peut la rappeler à l'esprit qu'en vertu d'une convention et d'une association d'idées dont l'entendement de l'homme est seul capable.

Nous acquérons bientôt, par ce moyen, le pouvoir de combiner à volonté les rapports et les idées de tout genre que le langage met incessamment îi noire disposition; et, comme aucune des facultés d'où résulte l'existence de la vie purement animale n'agit, dans aucun cas, entièrement seule; comme un acte de connaissance, quel qu'il soit, est toujours le résultat de l'action simultanée d'un nombre plus ou moins grand des facultés de l'animal ; ainsi, dans l'homme parvenu à faire usage des signes du langage, cette nouvelle faculté se mêle sans cesse aux actes et aux déterminations de toutes les autres, en sorte que toutes en reçoivent un degré de précision, de force et d'étendue qui en change entièrement la nature, et qui caractérise ce qu'on peut appeler la vie inlellecluelle, esclusive ment propre à l'homme,

Après avoir ainsi reconnu les facultés propres à la vie animale

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